CHAPITRE VI. 49P
àti public des nations. Le cardinal -archevêque de Toulouse, Loménie de Brienne, succéda à M. de Galonné. Prélat ambitieux, ne voyant dans cette fortune inespérée que l'éclat nouveau qu'elle allait faire rejaillir sur son nom, il rêvait la gloire de recommencer un autre ministère de Mazarin; du reste, comme idées sérieuses et pratiques, il n'apportait au roi que des systèmes incomplets d'économie politique, réunis au hasard dans Iss nombreux auteurs qui traitaient alors de préférence cette matière. Le cardinal, à nos yeux, eut pourtant un mérite que l'on a trop oublié; il offrit à Louis XVI de le débarrasser du Parlement rebelle , et de remplacer cette institution par une cour plénière, dont tous D«s membres, choisi* par le gouvernement, seraient inamovibles. Mais Louis XVI était l'homme des demi-mesures; le plan du cardinal de Brienne l'épouvanta ; le ministère fut renversé ; peutêtre emportait-il avec lui la dernière espérance de salut, Necker porta le dernier coup à la monarchie ébranlée en suggérant à Louis XVI la funeste idée de réunir les Etats-généraux pour leur soumettre la triste situation des finances , et s'en remettre à leur sagesse sur les mesures nécessitées par cette crise.
9. Ils s'ouvrirent donc à Versailles le 5 mai 1789 : ce jour-là, la révolution faisait son avènement dans le palais des rois. Un. mois à peine s'était écoulé depuis leur réunion, que les Etatsgénéraux, changeant leur nom, leur but, leur mission, leur mandat, s'appelèrent l'assemblée nationale, faisant serment de ne se séparer qu'après avoir donné une constitution à la France , et répondant, par la voix de Mirabeau, à l'officier royal qui leur enjoignait de se dissoudre : « Allez dire à votre maître que noua » sommes icir#ar la volonté du peuple, et que nous n'en sortirons » que par la force des baïonnettes. » Le peuple, c'était maintenant l'unique, la grande, l'absolue puissance. Soixante mille hommes, après avoir promené le brigandage et l'effroi daos Paris, vont, le 14 juillet 1789, faire le siège de la Bastille. On Luille ces cachots qui regorgeaient, disait-on, des victimes de la tyrannie; il s'y trouve deux prisonniers. Un des héros de l'expédition républicaine d'Amérique, homme sans valeur, sans courage, dont tout le mérite consistait dans une popularité sans prétexte , Lai ayette* organise une milice nationale , insulte permanente pour l'armée,
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ridicule institution, ruineuse pour l'Etat et les particuliers, et s* fait donner le titre de commandant-général des gardes nationales du royaume. Le 4 août 1789, l'Assemblée nationale abolit les titres de noblesse à la demande et aux applaudissements des plus grands seigneurs eux-mêmes. Sans discussion, sans délibération, on abolit en trois heures l'ouvrage de dix siècles. Nous ne raconterons pas les horribles scènes du 5 octobre 1789 et des autres journées, de si lamentable mémoire, qui ensanglantèrent alors les pages de nos annales. Prisonnier dans ses propres états, insulté dans ses affections les plus légitimes , tremblant pour les jours de l'auguste princesse à qui il avait uni ses destinées, et dont les Français ne payaient l'amour que par des outrages, la vertu, les bienfaits, que par les plus révoltantes calomnies, Louis XVI sut se grandir, par une résignation héroïque , de toute la grandeur même de ses infortunes.
10. Il était impossible, dans ce bouleversement universel, que l'histoire de l'Eglise et sa constitution fussent respectées. Le 1 3 février 1790, un décret de l'Assemblée constituante supprima les ordres religieux et les vœux monastiques, déclara que les biens du clergé seraient mis à la disposition de la nation ; enfin , le fameux arrêté connu sous le nom de Constitution civile du clergé, ordonna qu'à l'avenir les évêques seraient nommés par les électeurs, et seraient investis de leurs fonctions par le métropolitain, choisi de la même manière : il leur serait permis d'écrire une lettre de politesse au Pape pour lui notifier leur élection. Le même décret supprimait les cent trente-cinq évêchés, existant en France , et les remplaçait par quatre-vingt-trois évêchés civils, suivant le nombre des nouveaux départements que l'Assemblée venait de substituer à l'ancienne division , si populaire , des provinces. On voulut faire ratifier ce décret tyrav nique par Louis XVI ; le roi s'y refusa; il en référa au souverain Pontife. Pie VI comprenait parfaitement la situation du malheureux monarque. On dirait que le Pape écrit à un prisonnier et non à un roi. « Pre- » nons confiance dans la Providence divine, lui dit-il, et, par un # attachement inviolable à la foi de nos pères, méritons d'en ob- » tenir ie secours dont nous avons besoin. » H renvoyait, du teste, le roi, pour la solution demandée aux deux archevêques de