CHAPITRE VI. 4t
Vienne et de Bordeaux , M. de Pompignan et IVf. de Cicé. Les deux prélats eurent le tort immense de conseiller à Louis XV! l'acceptation pure et simple. Du reste, le premier en mourut de douleur, et le second publia depuis une rétractation aussi humble qu'explicite. Louis XYI apposa sa signature à la constitution civile du clergé , et sanctionna ainsi un schisme dans le royaume qui s'était jusqu' alors honoré du *iom de très chrétien.
11. Cependant Louis XVI écrivit au Pape, pour le prier de confirmer, au moins provisoirement, quelques-uns des articles de la constitution civile du clergé. Le Pontife assembla une congrégation de cardinaux à ce sujet, et résolut, sur leur avis, de consulter les évêques de France, comme plus à portée de connaître toute la suite et l'esprit des décrets, en même temps que les moyens à prendre dans ces conjonctures difficiles. Le 30 octobre 1790, trente évèques français signèrent une profession de foi> devenue célèbre sous le titre d' Exposition des principes sur fa constitution civile du clergé. L'auteur, M. de Boisgelin;* archevêque d'Aix, et l'un des signataires, y avait défendu les vrais principes de l'Eglise , sans récriminations , sans amertume, avec une modération et une solidité qui eussent peut-être ramené des esprits moins prévenus. \1 Exposition réclamait la juridiction essentielle à l'Eglise, le droit de fixer la discipline, de faire des r& glements, d'instituer des évêques et de leur donner une mission, droit que les nouveaux décrets lui refusaient en entier. Elle n' oubliait pas de se plaindre de la suppression de tant de monastères ; de la violence qui prétendait anéantir des promesses faites à Dieu, qui s'efforçait d'arracher 4es barrières sacrées que la main de l'homme n'avait point posées. Les évêques demandaient, en finissant, qu'on admît le concours du Saint-Siège pour légitimer tous les changements qui seraient susceptibles de l'être ; qu'on s'adres» sât au Pape, sans lequel il ne se doit traiter rien d'important dans l'Eglise.
Ces considérations ne firent aucune impression sur l'opinion publique : le 27 novembre 1790, F Assemblée constituante décréta que tous les évêques et curés qui n'auraient pas prêté, sous huit jours, le serment de fidélité à la constitution civile du clergé, seraient censés avoir renoncé à leurs fonctions. Un article spécial W. 32
498 pie vi (1775-1799].
portait que, sur le refus du métropolitain ou de l'évêque le pb;sl ancien de la province, de consacrer les évêques élus suivant les formes révolutionnaires, cette consécration sera faite par quelque évêque que ce fût ; et que, pour la confirmation et l'institution canonique, l'administration civile indiquerait à Félu un évêque ipielconque, auquel il aurait à s'adresser.
Le i janyier 1791 avait été fixé aux ecclésiastiques de F Assemblée nationale pour la prestation du serment de défection et de schisme. Au milieu des vociférations d'une multitude égarée qui criait aux portes : « Mort aux prêtres qui ne feront pas le seri» ment! » le président appelle d'abord M. de Bonnac, évêque d'Agen. « Messieurs, dit le prélat, les sacrifices de la fortune rjî » coûtent peu; mais il en est un que je ne saurais faire, celui de i votre estime et de ma foi ; je serais trop sûr de perdre l'une et » l'autre, si je prêtais le serment qu'on exige de moi. » M. de Saint-Aulaire , évêque de Poitiers , monte à la tribune : « Mer- » sieurs, dit-il, j'ai soixante-dix ans; j'en ai passé trente-trois » dans Fépiscopat, je ne souillerai pas mes cheveux blancs par le » serment exigé ians vos décrets; je ne jurerai pas. » A cer» mots, le clergé de la droite se lève, applaudit et annonce qu'il est tout entier dans les mêmes sentiments. Cependant, Henri Grégoire, curé d'Embermenil (diocèse de Nancy) , connu par l'exaltation de ses principes révolutionnaires, avait donné l'exemple de la défection. H monte à la tribune et s'efforce de persuader au clergé de la cbvite, que l'intention de l'Assemblée n'a jamais été de toucher à la religion , ni à l'autorité spirituelle , et qu'en fai- «mt le serment on ne s'engageait à rien de contraire à la foi catholique.L' /^semblée ordonne ensuite, qu'au lieu d'interpellations individuelles , on fasse une sommation générale. Le président dit tlors . « Que ceux des ecclésiastiques qui n'ont pas encore prêté » le seraient se lèvent et s'avancent pour le prêter. » Pas un seul oe répondit à cet appel schismatique, et pourtant les cris de mort îâetentissaient plus furieux aux portesdel'Assemblée.Honneurau dergé de France ! D n'y a pas une plus noble page dans Fhistoo fe l'Eglise. Sur-le-champ l'Assemblée décréta que le roi ferait ■dominer de nouveaux évêques et de nouveaux curés, à la place de raux qui n'avaient pas prêté le serment, Sur trois cents ecclésiastiques députés à l'Assemblée nationale, il n'y en eut environ qm