CHAPITRE VI
de soldats revêtus d'habits pontificaux ; ils étaient suivis d'hommes du peuple , rangés sur deux lignes , et couverts de chapes , de chasubles, de dalmatiques : paraissaient ensuite, sur des brancards, grand nombre de calices, de ciboires , d'ostensoirs d'or ou de vermeil. La pompe défila , au son des airs patriotiques , et les acteurs de cette scène sacrilège finirent par abjurer publiquement tout culte autre que celui de la liberté. De pareilles scènes se renouvelèrent dans toutes les provinces. On ne rencontrait partout que des bûchers ou brûlaient des livres d'église, les chaires , les confessionnaux , les ornements sacrés , les tableaux , les reliques des saints , et Ton voyait autour de ce feu , la populace , ivre de vin et d'impiété, danser en blasphémant le Dieu de ses pères. On mutila les statues des saints, on brisa les croix, on enleva le fer des grilles, on fondit les cloches on abattit même quelques clochers , sous prétexte que , par leur élévation , ils contrariaient l'égalité républicaine. Les tombeaux ne furent pas respectés , les cendres royales de Saint-Denis furent jetées au vent, la patronne de Paris ne put trouver grâce aux yeux de ces forcenés , et la châsse de sainte Geneviève fut brûlée sur la place de Grève. La divinité nouvelle de ce peuple en délire fut ia Raison , qui reçut, dans le temple du vrai Dieu, sous les traits de statues vivantes, l'encens d'adorateurs abrutis. Les prêtres furent déportés à la Guyane et sur les pontons. La plupart moururent martyrs de leur fidélité, de leur dévouement, de leur foi. Bon nombre de prêtres et d'évêques de l'église constitutionnelle résignèrent alors leurs fonctions, apostasièrent et se marièrent. Cependant les prêtres fidèles, expatriés, recevaient partout, notamment en Angleterre, le plus touchant accueil, et donnaient, en échange, une édification qui porta plus tard ses fruits. La mort de Robespierre (28 juillet 1794, —^ thermid jr an III) mit un terme à tant d'horreurs.
17. Le Directoire succéda à ia Convention. La France n'avait conservé , de ses traditions antiques, que la bravoure guerrière. Toutes les puissances de l'Europe , l'Allemagne , la Prusse , la Hollande, l'Angleterre, l'Espagne et la Sardaigne, avaient dé~ claré la guerre à la Convention. Des généraux improvisés, des soldats sans vêtements et sans pain. Avaient repoussé l'Europe
508 pie vi (1775-1709).
coalisée. La guerre de la Vendée, où un peuple de géants avait pris en main la cause de la justice et de la monarchie vaincues, ne réussit pas davantage à détourner la France du sentier du crime, de l'opprobre et de l'infamie. En ce moment, du milieu de toutes ces ruines , du sein de tous ces désordres , surgissait un nom , que l'histoire devait placer plus tard à côté des noms d'Alexandre, d'Annibal et de César. Un jeune Corse, élevé à l'école militaire de Brienne, allait se tailler un manteau impérial dans les débris des monarchies écroulées, et promener sa gloire des Pyramides au Thabor', du Nil jusqu'à l'Euxin. Bonaparte , dont le génie s'était déjà signalé au siège de Toulon, est nommé général en chef de l'armée d'Italie (mars 1796).
18. Pie YI avait opposé à la série des actes révolutionnaires un courage vraiment apostolique. Il s'était vigoureusement élevé contre la confiscation des biens du clergé ; contre la prise de possession du comtat Venaissin, au nom de la république; contre l'émancipation scandaleuse des ordres religieux, la loi du divorce, celle du mariage des prêtres, le massacre ou la déportation du sacerdoce fidèle. Il n'avait employé, contre ces attentats inouïs, que les armes spirituelles, et avait, du reste, strictement observé, en politique, une neutralité que l'affaiblissement du pouvoir temporel du Saint-Siège rendait indispensable. Au moment même où les troupes républicaines envahissaient le territoire de l'Italie, le Pape, tout entier appliqué au soin du gouvernement des âmes, venait de publier la bulle Auctorem fidei, où il condamnait les doctrines du synode de Pistoie , comme renouvelant les erreurs plusieurs fois a^athématisées de Wicleff, Luther, Baïus, Jansénius, Quesnel et les tendances schismatiques de la déclaration du clergé de France de 1682. Telle était F attitude du souverain Pontife au printemps de 1796 , quand, du sommet des Alpes, le général Napoléon Bonaparte adressa sa première harangue à ses troupes. « Soldats, vous êtes nus, mal nourris. Le Directoire vous * doit beaucoup, il ne peut rien vous donner. Regardez ces belles » contrées ; elles vous appartiennent. Vous y trouverez honneurs, » gloire et richesses. » Les victoires de Montenotte , de Lodi , de Castiglione, de Rivoli, d'Arcole, répondirent aux accents de cette éloquence militaire , dont l'écolier de Brienne avait surpris le se-