‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 261 sur 294 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

et son nom corse pour celui de Napoléon , écrivait de sa main à Pie VII la lettre suivante : « Très saint Père , l'heureux effet

* qu'éprouvent la morale et le caractère de mon peuple par le

* rétablissement de la religion chrétienne, me porte à prier Votre » Sainteté de me donner une nouvelle preuve de l'intérêt qu'elle » prend à ma destinée et à celle de cette grande nation, dans une » des circonstances les plus importantes qu'offrent les annales du » monde. Je la prie de venir donner, au plus éminent degré 9 le » caractère de la religion à la cérémonie du sacre et du couron- » nement du premier empereur des Français. Cette cérémonie » acquerra un nouveau lustre lorsqu'elle sera faite par Votre » Sainteté elle-même. Elle attirera sur nous et sur nos peuples la » bénédiction de Dieu, dont les décrets règlent à sa volonté le sort » des empires et des familles. Votre Sainteté connaît les senti- » ments affectueux que je lui porte depuis longtemps, et, par là, » elle peut juger du plaisir que m'offrira cette circonstance de lui *> en donner de nouvelles preuves. » Pour faciliter la négociation, Napoléon avait fait rendre au Saint-Siège les principautés de Bénévent et de Ponte-Corvo ; il avait fait don à Pie VII de deux bricks de guerre pour protéger son commerce, et envoyé à Rome, sn qualité d'ambassadeur, son oncle, le cardinal Fesch. Le 25 novembre 1804 Pie VII arriva à Fontainebleau. Napoléon était allé à sa rencontre ; ils s'embrassèrent affectueusement et montèrent dans la même voiture. Le ministre de la police ayant demandé au Pape comment il avait trouvé la France , Pie VII répondit : « Béni soit le ciel, nous l'avons traversée au milieu d'un » peuple à genoux ! Que nous étions loin de la croire cfans un tel *> état! » Arrivé à Paris, il reçut les députations du Sénat, du Corps législatif et du Tribunat. C'était comme une réparation nationale des outrages faits au successeur de saint Pierre par la révolution. Quatre évêques constitutionnels, Lecoz de Besançon, iLacombe d'Angoulême, Saurine de Strasbourg, Raymond de 'Dijon , voulaient à tout prix se trouver présents au sacre , sans avoir souscrit aux conditions que le Pape avait stipulées à leur égard. Pie VII fut inflexible. Les évêques se soumirent, vinrent 6e jeter aux pieds du Pontife et protestèrent devant lui de leur parfaite obéissance. Une autre difficulté plus délicate s' opposait

522 pie vu (1800-1823).

au couronnement. Napoléon, marié civilement, en 1796, avee Joséphine de La Pagerie , veuve du vicomte de Beauharnais , n'avait pas reçu la bénédiction nuptiale de l'Eglise. Le Pape exigea que le mariage fût célébré ecclésiastiquement; Napoléon craignait le scandale et s'y refusait; mais Pie YII déclara que, •'il avait pu accorder toutes sortes de concessions dans les choses fui tenaient à l'ordre civil , il ne pouvait pas transiger avec les doctrines de l'Eglise. Seulement il consentit à concilier, dans cette affaire, toutes les susceptibilités. En conséquence, la veille du couronnement, à onze heures du soir, on dressa une chapelle dan 3 les appartements de l'empereur, et, à minuit. ? le cardinal Fesch donna la bénédiction nuptiale à l'empereur et à l'impératrice. Les témoins furent MM. Portalis et Duroe, grand maréchal du palais ; rien ne transpira au dehors. Lorsque le cardinal Fesch arriva près du Pape , celui-ci se borna à lui demander : « Mon » cher fils, le mariage est-il célébré? — Oui, très saint Père. — » Eh bien, alors nous ne nous opposons plus au couronnement de » l'auguste impératrice. »

7. Le sacre eut lieu, le 2 décembre , à Notre-Dame de Paris. « Promettez-vous, dit le Pape à Napoléon , de maintenir la;paix » dans l'Église de Dieu ? — Je le promets , répondit le conqué- » rant d'une voix assurée. » Il oublia trop tôt cette promesse solennelle. Le Pape consacra les derniers moments de son séjour à Paris au bien de la religion qui était le principal objet de son voyage. Il présenta une série de demandes toutes relatives aux besoins de l'Eglise, à. la liberté du ministère pastoral, à la suppression de plusieurs des articles organiques. Quelques cardinaux auraient voulu que l'on profitât de cette circonstance pour réclamer la restitution des trois légations ; mais le Pontife désintéressé ne voulait point mêler des intérêts temporels à des nécessités plus pressantes ; et uniquement attentif à l'avantage de la religion, il sollicita, de vive voix et par écrit, des mesures qui réparassent les maux passés, rendissent à l'Eglise et à la France son lustre ancien et des établissements que la révolution avait ruinés. On ne se lassait point de voir et d'admirer ce vieillard vénérable, en qui la dignité s'alliait si bien avec la douceur et qui augmen* tait le respect dû à son caractère par celui qu'inspirait sa piété.

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