CHAPITRE vn
» de donner au général de Saint-Cyr, d'occuper avec les troupe* » françaises une ville de nos domaines , écrivit Pie VII à l'em-
• pereur, nous a causé autant de surprise que de douleur. Nous » ne pouvons dissimuler que c'est avec une vive sensibilité que
• nous nous voyons traité d'une manière qu'à aucun titre nous » ne croyons avoir méritée. » Napoléon ne répondit qu'avec aigreur à ces plaintes du Pape. « Je ne suis pas seulement, disait-' j il avec une insolente fierté, le guerrier du siècle; si j'étais » encore davantage le maître je me déclarerais Pontife suprême, » et moi je ne laisserais pas périr les âmes. » L'irritation de l'empereur allait croissant ; il rappela le cardinal Fesch de son ambassade de Rome, et le remplaça par le sieur Alquier, protestant et régicide. Le motif de ses nouvelles rigueurs était le refus du Pape de prendre part au blocus continental. Les principautés pontificales de Bénévent et de Ponte-Corvo furent enlevées au Saint-Siège et enclavées dans le royaume de Naples. Napoléon donna Bénévent à son ministre des relations extérieures, Talleyrand, ex-évêque d'Autun, qu'on pouvait combler de grandeurs et de richesses, mais qu'il n'était au pouvoir de personne de réhabiliter dans l'opinion. Ponte-Corvo fut donné au général protestant Bernadotte , qui devint plus tard roi de Suède. Vers le même temps, l'empereur ordonna au général Lemarrois d'occupé* Pesaro, Fano, Sinigaglia, tout le littoral de l'Adriatique dépendant de l'Etat pontifical. Un corps de troupes françaises part du royaume de Naples, marche sur Civita Vecchia, s'empare du fort et de la forteresse. Un des employés ayan> demandé à l'officiel de quel droit il agissait ainsi , l'officier répondit : « Vous servea » un petit prince et moi un grand monarque, voilà mon droit. » Pie VII dit , en cette occasion, à l'ambassadeur Alquier : « Nous » vous prévenons que si l'on veut s'emparer de Rome, nous re- » fuserons l'entrée du château Saint- Ange. Nous ne ferons au- » cune résistance, mais vos soldats devront brisor les portes à » coups de canon. L'Europe verra comment on nous traite, et D nous aurons du moins prouvé que nous avons agi conformé-a ment à notre honneur et à notre conscience. » Le 17 juin 18Ûfl le cardinal Consalvi donna sa démission et fut remplacé par lt. cardinal Casoni , vieillard de soixante-quatorze ans. Le gouver-
526 pie vîi (1800-1823).
nement pontifical , vivement blessé de l'inféodatioi> de Bénêvent et de Ponte-Gorvo, n'adressait plus d'instructions au cardinal Caprara , légat à Paris , et voulait régler toutes les affaires du Saint-Siège à Rome même.
10. La gloire dont Napoléon couvrait ses armes ne laissait pas a l'Europe le loisir de prendre attention à ces violences. Ulm , Austerlitz , léna , Eylau , Friedland , ces immortelles victoires couronnées par le traité de Tilsitt (8 juillet 1807), valurent à Eugène de Beauharnais la vice-royauté de Milan et de l'Italie septentrionale, et à Jérôme le royaume de Westphalie. Pendant les conférences de Tilsitt , l'empereur de Russie , Alexandre et le roi de Prusse , Frédéric III , pressaient Napoléon de se déclarer chef d'une religion nationale en France. Il se refusa à leurs instances; toutefois, s'il n'imita pas les souverains du Nord dans leurs empiétements sacrilèges sur la religion et la conscience de leurs sujets, s'il conserva le souverain Pontife comme chef spirituel de l'Eglise , il se promit d'en faire un instrument docile de sa politique , et de séduire par ce moyen tous les catholiques de l'univers. Nous verrons ce qu'il lui en coûtera pour avoir voulu combattre, à son tour, cette Eglise dont il a été dit : « Les portes » de l'enfer ne prévaudront point contre elle. » Afin de poursuivre son système d'intimidation contre le Saint-Siège, Napoléon fit dire à Pie VII : « Toute l'Italie est à moi par droit de » conquête. Si le Pape n'adhère pas à ma demande d'éloigner les » Anglais de ses domaines , de leur fermer ses ports et de consi- » gner ses forteresses à mes troupes, dans les cas de guerre entre » la France et l'Angleterre, je lui enlèverai son domaine tem- » porel, je ferai un roi de Rome , ou j'y enverrai un sénateur. » « — Que peut faire Pie VII en me dénonçant a la chrétienté? » écrivait encore Napoléon au vice-roi d'Italie , Eugène de Beau- » harnais. Mettre mon trône en interdit, m' excommunier? Pense" a t-il alors que les armes tomberont des mains de mes soldats ? t> Il ne lui resterait plus qu'à essayer de me faire couper les ched veux et de ni enfermer dans un monastère ! » En même temps la cour de France notifiait officiellement au Saint-Siège le mariage de Jérôme Bonaparte avec une princesse de Wurtemberg. Dans sa réponse, et le Pape devait en faire une, ou il parlera d«