CHAPITRE VII
que sa volonté, le dominaient de toutes parts et ne lui laissèrent pas le temps de se livrer à de nouvelles violences. La démission forcée des évêques de Gand, de Tournay et de Troyes, et l'usurpation de leurs sièges par des intrus impériaux, furent les der-* uiers actes religieux du règne de Napoléon.
23. Les aigles, qui s'étaient promenées victorieuses à travers toutes les capitales de l'Europe , refoulées au cœur même de la France, après l'héroïque campagne d'Allemagne en 1813, ne retrouvaient plus leur ancien élan, ni leurs chants de triomphe. Brienne, Montereau, Montmirail, Toulouse, Champaubert, Yauthamp, Nangis, Paris, furent les derniers eï gigantesques efforts d'une nation épuisée , d'un génie que la fortune avait abandonné et qui ne tombait qu'enseveli dans sa gloire. Le 23 janvier 1814, Pie VU était encore une fois enlevé par ordre de l'empereur, et prenait la route du midi de la France. Napoléon voulait empêcher les puissances alliées de se saisir du Pape et de le remettre en liberté. Mais Fontainebleau, à peine abandonné do souverain Pontife, attendait qu'un autre personnage y vînt donner en sa personne, à l'univers étonné, le spectacle de la fragilité, du néant des choses humaines. Napoléon, repoussé par les armées alliées, dans ce palais où Je Pape avait été si longtemps captif, y apprend que les empereurs de Russie et d'Autriche, le roi de Prusse et le duc de Wellington, son vainqueur, sont entrés à Paris, que sa déchéance a été prononcée le 1er avril au sénat, par l'influence de TaUeyrand ( 1 % son ancien ministre , comblé de ses bienfaits. Le 4 avril , pressé , contraint par ses confidents les plus intimes, les maréchaux Ney et Berthier, qu'il avait faits princes, il signa sa propre abdication pour satisfaire aux exigences de son beaupère, François d'Autriche, et de l'empereur Alexandre qui lui disait, six ans auparavant, à Tilsitt : «L'amitié d'un grand homme » est un bienfait des cieux. » Dans la cour d'honneur de Fon-
(•4) Arrivés à Paris, les souverains alliés étaient encore indécis sur l'usage qu'ils feraient de leur victoire. Le* uns songeaient -ù la régence de Marie-Louise au profit du roi de Rome-, le wia du duc d'Orléans fut prononcé par d'autres; TaUeyrand, de ce ton l'oracle politique que la victoire elle-même respecta, répandit : « La légitimité peut sieule sauver la France. » Son avis prévalut, et !«a Bourbons, qu'il devait trihir, lui durant- InMleur retour.
540 pie vu (1800-1823J.
iainebleau, il embrasse une dernière fois ses aigles , et part pour k'île d'Elbe, dont la petite souveraineté lui était accordée par ses vainqueurs, à lui, le conquérant du monde. Cependant Louis XVin, au milieu des acclamations et des larmes de joie de tout un peuple, revenait prendre possession de ce trône de France sur lequel son prédécesseur, Louis XVII, n'avait pu s'asseoir; Mme Royale, devenue duchesse d'Angoulême, était à ses côtés, comme le souvenir des anciens orages et le gage du pardon. La France était en ruines, mais le retour de son roi la réhabilitait aux yeux des souverains alliés. La paix fut conclue (30 mai 1814). La France gardait l'étendue quelle avait en 1792, et même elle s'accrut, tant au nord qu'à l'est, de quelques portions de territoire. Les Bourbons ne voulaient rentrer qu'en souverains respectés, et l'Europe en armes comprit cette nobie et généreuse susceptibilité. Louis XVIII, avant de rentrer dans sa capitale, avait voulu signer, à Saint-Ouen, la charte constitutionnelle, concession spontanée d'un cœur magnanime , qui prouva que le passé était oublié , mais qui ne fut pas une garantie assez forte pour l'avenir. Lasse d'un despotisme de quinze ans, la France accueillit avec enthousiasme un système qui lui donnait une représentation nationale , la liberté de la presse, la pondération des pouvoirs par les deux chambres des pairs et des députés. Trois articles de cette charte concernaient la religion, il y était dit : « Chacun professe sa religion avec une égale liberté et * obtient pour son culte une égale protection. Cependant la reli- » gion catholique, apostolique et romaine est la religion de l'Etat. » Les ministres de la religion catholique, apostolique et romaine, » et des autres cultes chrétiens, reçoivent seuls des traitements du » trésor royal. »
24. Pie VII était arrivé ).e 12 mai à Ancone. L'enthousiasme excité au milieu des populations, parle retour de ce vénérable Pontife, tint du délire. La voiture du Pape fut traînée par les habitants au milieu des cris d'allégresse, au bruit des détonations de l'artillerie et au son des cloches de toutes les églises. Le lendemain, le saint vieillard, les yeux baignés de larmes couronna, dans la cathédrale , l'image de la sainte Vierge , sous le titre de Regina sanctorum omnium; une garde d'honneur l'escorta jus-