CHAPITRE 11. •3W
dont Léon X avait récompensé la belle apologie de la foi catho-» lique contre l'Ecclésiaste de Wittemberg avec tant d'éclat et d'àpropos, par le titre de Défenseur de la foi, se montra d'abord fidèle au rôle qu'il s'était lui-même assigné. Il composa un second opuscule, adressé à Luther, où il reprenait ses arguments contre la réforme, avec non moins de logique et de vigueur que dans le premier. Le retentissement de ces deux traités avait été immense. Satisfait de ce succès, l'orgueil du monarque semblait devoir le maintenir dans la ligne de soumission à l'Eglise, dont il avait si noblement défendu la cause. Le cardinal Wolsey, son ministre, avait jeté sur son règne un brillant éclat. Ses conseillers les plus intimes étaient deux personnages dont l'Europe entière admirait la vertu et le talent : Fisber, évêque de Rochester, et Thomas Morus, qu'il avait élevé à la dignité de chancelier d'Angleterre. Dès l'âge de dix-neuf ans, il avait épousé, avec la dispense du pape Jules H, Catherine d'Aragon, veuve de son frère Arthus, et tante de Charles-Quint, princesse accomplie, qui fit, pendant vingt ans, le bonheur de son royal époux. Si jamais position put setwbler assurée, ce devait être celle d'une reine, alliée de si près au trône impérial, dont l'Angleterre bénissait les douces et modestes vertus, auxquelles Henri VIII ss plaisait lui-même à rendre justice. Une passion criminelle vint troubler cette existence fortunée, et les suites en furent désastreuses. Le roi, livrant son cœur à des affections coupables, ne sut point résister aux charmes d'Anne de Boulen. Cette femme, aussi ambitieuse que belle, voulut être reine; elle le fut. La passion ne calcule pas* Henri YIH lui sacrifia une épouse légitime, un ministre fidèle, •on honneur, sa conscience, sa religion et sa foi. Le cardinal Wolsey essaya de lutter contre l'influence de la favorite ; il fut^ disgracié et n'eut pas le courage de survivre à la perte de sa forlune. En mourant, il prononça ces belles paroles : « Que n'ai-je » servi le Seigneur avec autant de zèle que j'ai servi le roi! Il ne *> m'aurait pas repoussé avec mes cheveux blancs (1530). » Il fallait faire ratifier ce divorce par la cour de Rome. Henri VIII en fit la demande à Clément VH. La position du Pape était pleine d'embarras. Catherine d'Aragon était tante de Charles-Quint, dont les troupes venaient de saccager Rome et d'occuper les états
9* clément vu (1523-1534).
de l'Église. Agir contre elle, en supposant qu'on l'eût pu, d'après les lois canonicpies, eût été s'attirer l'animadversion de l'empereur. D'un autre côté, Henri VIII insistait avec une vivacité qui faisait prévoir les plus fâcheuses extrémités. Dans l' emportement de sa passiuii, il pourrait se jeter dans les bras de l'hérésie et introduire le luthéranisme en Angleterre. Catherine d'Aragon venait, pour sa part, d'en appeler au souverain Pontife. Clément \H profita de cette circonstance pour évoquer l'affaire à son tribunaL D espérait que, dans l'intervalle qui s'écoulerait nécessairement entre l'instruction d'un procès, long et compliqué, et la sentence définitive, le temps pourrait amener des incidents favorables. Ses prévisions furent trompées.
21. Henri VIH se hâta de faire partir une députation pour Rome. Ses ambassadeurs avaient ordre de s'adjoindre les canonistes italiens les plus distingués, pour agir d'après leurs conseils. H leur fit discrètement demander leur opinion sur les trois questions suivantes : « 1° Si, lorsqu'une femme faisait vœu de chasteté » et embrassait la vie religieuse, le Pape ne pouvait, dans la plé- » nitude de sa puissance, autoriser l'époux à contracter un nou- » veau mariage ; 2° si, lorsqu'un mari entrait dans un ordre re- » ligieux et qu'il avait engagé sa femme à prendre le" même parti, » il ne pouvait ensuite être relevé de son vœu, et se trouver libre » de convoler à de secondes noces ; 3° enfin, si, pour des raisons » d'État 1p Pape ne pouvait autoriser un prince à avoir, comme » les anciens patriarches, deux femmes, dont l'une serait publi- » quement reconnue et jouirait des honneurs de la royauté? » Des émissaires du roi d'Angleterre parcouraient, en même temps, les diverses parties de l'Europe, pour acheter à prix d'argent les opinions des théologiens £i des universités en faveur du divorce : on devait les mettre sous le& yeux du Pape, comme l'expression du sentiment général. Mais leur nombre était comparativement fort restreint, et le Pape n'ignorait pas comment on les avait obtenues. Clément YH répondit qu'en définitive, « il était prêt à s'oc-
* cuper immédiatement de l'affairo et à user envers le roi de » toute l'indulgence, de toute la faveur compatibles avec la jus- » tice. Nous ne demandons en retour, ajoutait-il, qu'une seule
• chose, c'est qu'on veuille bien, sous prétexte de la reconnais-