CHAPITRE P fcl
» sance que la sainte Eglise doit à Henri VHi , ne pas nous con- » traindre à violer les imhiuables commandements de Dieu. »
22. Cette réponse accabla Henri VIÏI. Il voyait se briser sous sa main tous les subterfuges qu'il avait imaginés pour arriver au but qu'il sounaitait avec tant d'ardeur. Les créatures d'Anne de Boulen commençaient à désespérer du succès et à se détacher de sa cause, lorsqu'un de ces hommes dont l'intrigue est tout le génie, la cupidité toute la conscience, la servilité tout le caractère, Thomas Cromwell sollicita une audience du roi. Fils d'un foulon de Londres, Thomas Cromwell avait d'abord servi comme soldat dans les guerres d'Italie. Abandonnant ensuite la carrière de^ armes, pour se livrer à l'étude de la jurisprudence, il revint eu Angleterre, où son esprit délié, fécond en ressources , le lit employer par le cardinal Wolsey. Après la disgrâce de ce ministre, Cromwell s'était hâté de quitter son protecteur. La reconnaissance ne saurait, en aucun cas , être la vertu des ambitieux. En ap^ prenant les difficultés inextricables où une folle passion jetait Henri VIII, Cromwell se dit que sa fortune était faite s'il trouvait un expédient pour satisfaire le caprice royal. Or, un expédient était facile à inventer pour un homme qui « avait appris de Ma- » cmavel, disait-il, que le vice et la vertu sont des mots faits pour » amuser les savants dans leurs collèges, mais mutiles à ceux qui » veulent s'élever dans les cours des princes. Le talent d'un grand » politique, ajoutait-il, est de percer à travers les déguisements » dont les souverains ont coutume de voiler leurs inclinations » réelles et de découvrir les moyens les plus spécieux pour satis- * faire leurs désirs, sans outrager ouvertement la morale et la » religion. » Tel étaU l'homme qui allait ouvrir à Henri VIII des voies nouvelles, et Jeter FiLrsrleterre dans un schisme dont elle n'est pas encore sortie. « Les savants et les universités , dii-i. a& » roi, se sont prononcés en faveur du divorce. Il ne manque n^jg t> que l'approbation du Pape. Une telle mesure, de la part du sot* » verain Pontife, peut à la vérité exciter le ressentiment de 1 env» » pereur. Mais si Henri VHI ne l'obtient pas, duit-il donc aing| » abandonner des droits manifestes ? Ne doit-il pas plutôt imite! » les princes d'Allemagne, qui se sont soustraits au joug de Rome 1 » De l'autorité du parlement, ne peut-il pas se déclarer lui-même
tW5 CLEMENT VII (1 523-1 53f).
» chef de l'Eglise dans son royaume ? L'Angleterre est, en ce mo- » ment, un monstre à deux têtes ; si le roi n'hésite pas à prendre » en main l'autorité usurpée par le souverain Pontife, toute ano- » malie cessera, les difficultés présentes s'évanouiront, et les gens » d'église, attachés à leur existence et à leur fortune, se mettront
* à sa disposition et deviendront les plus serviles ministres de sa 3 volonté* a Henri YIH écoutait avec surprise, mais avec une joie mal dissimulée, un discours qui flattait à la fois sa passion impure, sa soif des richesses et son ambition de pouvoir, les trois concupiscences qui forment, par leur réunion, l'esprit du monde, E remercia Cromwell et le nomma immédiatement membre de ion conseil privé.
23. La politique du roi d'Angleterre devint dès lors toute différente de ce qu'on l'avait vue jusqu'alors. H se trouvait dans l'arsenal de la législation anglaise, une arme, rouillée depuis longtemps, et qui parut merveilleusement? propre à porter à l'Église les coups que le monarque se disposait à frapper. D'anciens statuts, d'origine fort équivoque, oubliés depuis longtemps, et connu» sous le nom de statuts de Prœmunire, défendaient, sous peine de haute trahison, d'exécuter dans le royaume, sans l'autorisation royale, certaines provisions ou sentences du chef de l'Eglise universelle. Tout l'épiscopat anglais avait reçu ses bulles de nomination et exercé la juridiction spirituelle dans le royaume, sans prendre au préalable la licence royale. Tout l'épiscopat anglais était donc, aux termes des statuts de Prœmunire, coupable de haute trahison. Telle fut la singulière prétention qu'à l'instigation de Thomas Cromwell les avocats du conseil royal élevèrent contr* le clergé, dès le commencement de 1531. La procédure s'instrui* sit, et une sentence de condamnation fut rendue contre tout l'épiscopat. Une députation du clergé, pour obtenir un plein pardon, offrit un présent de cent mille livres sterling. Mais ce n'était pas de l'argent que le roi voulait. Henri VIII refusa la proposition, à moins qu'on n'introduisît, dans le préambule de. l'acte d'offrande, nne clause qui reconnaîtrait le roi « comme le protecteur et le
* chef suprême de l'Église et du clergé d'Angleterre. » Des discussions s'engagèrent sur cette formule. L'archevêque Warham èe Cantorbéry proposa de la remplacer par un amendement