CHAPITRE n. 9T
ainsi conçu : « Nous reconnaissons Sa Majesté comme le pro- » tecteùr, le seul et suprême seigneur, et, autant que le permet
* la loi du Christ, le chef suprême de l'Eglise et du clergé d'An- » gleterre. » - La restriction : Autant que le permet la loi du Christ, était le seul échappatoire qui permît à la conscience de* évêques catholiques de signer une telle proposition .-^Ils le comprirent, et pour mieux constater le sens de leur souscription, Far* chevêque de Cantorbéry et ï evèque de Durham la firent suivra d'une protestation plus explicite, conçue en ces termes : « Si cette » clause signifie seulement que le roi est le chef du temporel, à j> quoi bon le dire, puisque tout ie monde en convient? Si elle tend
* à établir que le roi est aussi le chef du spirituel, elle est con- » traire à la doctrine de l'Eglise catholique, hors de laquelle il n'y » a point de salut. Je proteste donc contre ce sens, et soumets lt » tout au jugement de notre sainte mère l'Eglise ; je demande que i ma protestation soit inscrite sur le* SâgiMres de l'assemblée, et î vous en prends tous à témoins. »
24. Jusque-là Henri VIII n'avait ^oint cherché précisément à briser avec Rome : il avait voulu seulement effrayer le Pape afin d'en obtenir l'approbation de son divorce. Mais sa conduite prit bientôt les proportions les plus hostiles. Le 25 janvier 4»533, le docteur Lée, un de ses chapelains, reçut ordre de célébrer la messe de très grand matin dans une chapelle du palais ; c'était pour marier Henri VIII avec Anne de Boulen. La crainte d'une naissance illégitime faisait précipiter cette cérémonie. Le chapelain fit quelques difïicultés, mais le roi l'assura que le Pape venait de prononcer en sa faveur, et que l'acte s'en trouvait dans ses archives. Cependant Guillaume de Warham , archevêque de Cantorbéry , mourut. Il importait au roi que ce siège fût rempli par une de ses créatures. Il jeta les yeux sur Thomas Cranmer, prêtre de mœurs infâmes, qui n'avait pas craint,. depuis son entrée dam les ordres sacrés,' d'épouser, en Allemagne, une parente du lu* thérien Osiander. Cette circonstance , d'ailleurs , était restée se* crête , ^,t Cranme-r, attaché à la famille dr Anne de Boulen , avai| pris les' plus grandes précautions pour que sa turpitude ne fût f>oint dévoilée. Cependant i\ i*4inait 9 dans le fond de son âme , pour les doctrines protestantes et s'était fait remarquer parmi les théokx
iv. 7
giens anglais qui avaient écrit en faveur du divorce. Préseofé pa^ le roi pour le siège de Cantorbéry, il fut agréé par le Pape**qui ne connaissait pas ses antécédents scandaleux , et prit ainsi régulier rement possession du premier siège d'Angleterre. Il crut devoir inaugurer son pouvoir par une lettre pastorale qu'il écrivit au roj sur son mariage incestueux avec Catherine d'Aragon , « mariage,] » disait-il, qui scandalise tout le monde, et que nous sommes ré- » solu, pour l'acquit de notre conscience, de vous faire rompre » par tous les moyens canoniques en notre pouvoir. » Le roi consentit , de la manière la plus gracieuse , à prendre en considération cet avis du pieux primat de son royaume. « Nous croyor.s, » disait-il, pour le salut de notre âme, devoir accéder, sans délai, » aux prières de notre père spirituel, l'archevêque de Cantorbéry.» En conséquence , Cranmer demanda à instruire immédiatement une procédure ecclésiastique contre Catherine d'Aragon. Cette reine infortunée était alors exilée dans un château du comté de Bedfort , près de Dunstable. Cranmer y transporte son tribunal ; il cite le roi et la reine à comparaître. Catherine s'abstint de répondre à cette sommation sacrilège. L'archevêque la condamna par contumace , déclara son mariage avec le roi , nul et de nul effet , en vertu de l'autorité apostolique de légat du Saint-Siège , dont il se prétendait revêtu comme titulaire du siège primatial de Cantorbéry. A son retour à Londres, il supplia gravement Henri YIÏÏ de se résigner à la volonté de Dieu qui lui était notifiée par une sentence rendue conformément aux lois de la sainte Eglise. Henri VIII fit alors connaître officiellement son mariage avec Anne de Boule», et l'hypocrite Cranmer confirma cet adultère « en vertu de l'autorité qu'il tenait, disait-il, du successeur » des Apôtres. »
25. Il était temps de mettre un terme aune si odieuse comédie, et d'apprendre à l'Europe catholique, que le Saint-Siège n'était pas disposé à~.en accepter la complicité par son silence, La 23 mars 1534, Clément VH tint un consistoire solennel où il exposa >Sans tous ses détails l'affaire du divorce et les négocieront auxquelles elle avait donné lieu. Sur vingt-deux cardinaux, dixneuf se prononcèrent pour la validité du mariage de Catherine S Aragon, trois seulement proposèrent un nouveau délai. En pré-