‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 50 sur 294 · CHAPITRE III. If · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. If

roix de Dieu qui l'appelait ; il quitta sa famille et se retira dans une solitude près de Manrèse (1). Bientôt les désirs d'une vie plu» active le poussèrent vers Jérusalem pour y travailler à la conversion des infidèles. Ce projet ayant échoué , il revint en Espagne, d'où il passa en France pour y suivre les cours de l'Université et se livrer à Pétude de la théologie. La liaison qu'il y contracta avec Pierre Faber, de Savoie, et François Xavier, acheva de décider sa vocation. Les trois amis se rendirent un jour à l'église Montmartre , avec quelques autres jeunes gens qu'ils avaient gagnés. Après la messe que célébra Faber, ils firent vœu de chasteté et de pauvreté, puis ils jurèrent de consacrer leur vie entière à secourir \bs chrétiens et à convertir les Sarrasins. L'ordre des Jésuites date 4e ce jour mémorable (15 août 1534). En 1537, nous retrouvoni Loyola à Venise avec quelques-uns de ses compagnons ; il y reçut la prêtrise et se mit à prêcher avec eux les vérités du salut. Un an après, ils voulurent partir pour Rome, centre de toutes les grandef choses, foyer de toutes les œuvres vitales du catholicisme ; mais , avant de se séparer, ils résolurent de s'imposer certaines règlea. Ce fut alors que saint Ignace leur donna le nom de Compagnie de Jésus. Arrivés à Rome, ils eurent à vaincre les obstacles les plu* insurmontables pour faire reconnaître le nouvel institut; leur zèle, leur courage, leur patience, leur humilité en triomphèrent Paul III leur donna d'abord une approbation verbale , qu'il renouvela officiellement, en 1543, par une bulle solennelle où i) constituait définitivement Tordre des Jésuites. Les premières difficultés une fois vaincues, il fut possible aux compagnons de saint Ignace de former une société plus nombreuse. Ils ajoutèrent au? vœux qu'ils avaient déjà faits,, celui d'obéissance, et s'imposèrent l'obligation rigoureuse de suivre en tout temps les ordres du Pape, de parcourir if monde, dt aller prêcher chez les Turcs , les païens et les infidèles, à son commandement, sans objection, sans condition, sans salaire et sans retard, « Quelle admirable oppo- » sition aux tendances de cette époque ! dit Ranke. Ainsi, lorsque

(1) Manrèse est une petite ville à trois lieues de Mont-Serrat , fameuse aujourd'hui par la pénitence de saint Ignace , par le livre admirable àes^Exerctcm tpirituJs qu'il y composa , et par la piété de?, peuples qui y accourent en pèlerinage.

104 paul m (1534-1549).

» de tous côtés s'élevaient contre le Pape la résistance , l'esprit » d'examen, d'abandon, une société pleine d'enthousiasme et de » zèle se lève spontanément et se voue à son service. »

3. Les événements se pressaient en Angleterre, Henri VIU ne mettait plus de bornes ni à sa tyrannie , ni à sa rébellion contre l'Eglise. Le parlement, après avoir aboli la juridiction du Pape, rendit un décret qui déclarait illégal et invalide le mariage de Catherine d'Aragon et du roi , confirmait celai d'Anne de Boulen et déclarait les enfants qui en naîtraient légitimes héritiers du trône, au préjudice de la princesse Marie, fille de la malheureuse Catherine. Il fut enjoint de plus à tous les sujets du roi d'Angleterre de prêter serment d'obéissance à cet acte, sous peine d'être jugés comme coupables de haute trahison. Cette dernière clause devait faire verser des torrents de sang. L'évêque de Rochester, le vertueux Fisher et son illustre ami , le chancelier Thomas Morus , s'étaient montrés, dès le principe, opposés au divorce. Sommés de prêter le serment exigé par la nouvelle constitution, ils refusèrent et furent jetés dans les cachots de la tour de Londres. Cromwell et Cranmer leur furent donnés pour juges. — « Vous devez croire, » dit-on au chancelier, que votre conscience est erronée quand » vous avez contre vous tout le conseil de la nation. — Je le croi- » rais, répondit Morus, si je n'avais pour moi un plus grand con- * seil encore, tout le conseil de la chrétienté. » Dans sa prison, Morus eut à subir une lutte plus terrible encore que celle qu'il ivait soutenue avec tant d'énergie et de dignité en présence d'un tribunal inique. Marguerite, sa femme, qu'il aimait tendrement, lui fut amenée fondant en pleurs. Elle le supplia à genoux de se soumettre à la volonté de Henri YÏÏT, et de se conserver dans l'intérêt de ses enfants. « Voulez-vous donc \" répondit Morus avec » l'héroïsme d'un martyr, que j'échange l'éternité contre les vingt » années qui me resteraient peut-être à vivre ! » Quand on viné lui notifier la sentence de mort, on lui représenta comme une marque singulière de la clémence royale, la commutation *3u supplice de la potence en celui de la décapitation. « Dieu préserve » mes amis d'une pareille faveur ! s'écria-t-il. J'espère que mea » enfants n'en auront jamais besoin. » Le 6 juillet 1535, il montait sur l'échafaud et disait à un des valets du bourreau : « Donne*

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