‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 51 sur 294 · CHAPITRE AI · texte numérisé non relu

CHAPITRE AI

» moi la main pour monter, je n'en aurai pas besoin pour desi» cendre. » Après avoir fini sa prière et récité le psaume Miserere, il prit le peuple à témoin qu'il mourait dans la profession de la foi catnolique, apostolique et romaine. Un coup de hache fit tomber ensuite cette tête, digne de la couronne du ciel.

4. L'évêque de Rochester, son ami, l'avait précédé de quelques semaines au martyre. Arrêté en 1534 et mis à la tour de Londres, ce respectable vieillard (il était octogénaire) fut dépouillé de ses vêtements et déposé, recouvert de misérables haillons, sur la paille humide d'un cachot. Mais ces rigueurs ne purent lasser sa patience ni ébranler sa foi. Il passa un an dans ces tortures. Paul III voulut donner au prisonnier une marque éclatante de l'estime et des sympathies qui l'accompagnaient dans les chaînes. D le créa cardinal (12 mai 1535), et l'Europe entière applaudit à une faveur si bien méritée. Mais elle ne fit qu'aggraver le sort de Fisher. En apprenant sa promotion, Henri VIII s'écria • « Le î Pape peut bien lui envoyer le chapeau, mais j'aurai soin qu'il j n'ait plus de tête pour le porter. » La pourpre romaine devait en effet être teinte dans le sang du martyr. Il fut condamné à mort le 17 juin 1535, comme « coupable de haute trahison, pour » avoir dit que le roi n'était pas le chef de l'Eglise. » Son exécution eut lieu le 22 du même mois. Par un raffinement de cruauté, Henri VIII ordonna que le corps de sa victime fût dépouillé, et exposé aux outrages de la populace de Londres, puis enterré sans cercueil ni drap mortuaire. — Les ordres religieux d'Angleterre imitèrent le courage de Fisher et de Thomas Morus. Pour se venger de leur résistance, le tyran les fit chasser de leurs communautés et disperser, les uns en différentes prisons, les autres dans les maisons des frères conventuels, que leur lâcne condescendance fit échapper au despotisme du prince apostat. Il en périt plus de cinquante dans l'horreur des cachots, le reste fut banni en France et en Ecosse. Les enfants de saint Bruno se montrèrent aussi héroïques que les fidèles enfants de saint François. Les prieurs des trois Chartreuses de Londres, d' Axiholm et de Belval, sommés de prêter serment, se rendirent près de Cromwell pour lui exposer les motifs de conscience qui les empêchaient de reconnaître la suprématie du roi. Le 5 mai 1535 , ils furent exécutés à Tyburn, avec

10(5 paul m (1531-1549).

quatre autres moines et un prêtre séculier, qui avaient sollicité la permission de porter aux condamnés les secours de la religion. Cet acte de cruauté fut accompagné de circonstances qui eu augmentaient encore la barbarie. On les pendit d'abord, on les décrocha vivants, on leur arracha les entrailles, et leurs membres, mis en pièces, furent jetés sur la voie publique.

5. Après ces scènes sanglantes, le clergé d'Angeterre, sous te coup de la terreur qu'elles répandaient dans le royaume , sembla abdiquer son honneur et sa foi. L'apostasie fut générale. D'après le principe de suprématie religieuse qu'il s'arrogeait, Henri YIII crut devoir se donner un vicaire pour le Gouvernement ecclésiastique de ses états. Son choix tomba sur Thomas Cromwell, qui se montra digne de la confiance royale. Il signala le début de son pouvoir sacrilège par une visite générale des couvents, « dont les » richesses, disait-il, étaient un véritable scandale pour les fi- » dèles. » Alors commença le pillage des biens des monastères. Afin de régulariser ce brigandage, un acte du Parlement (1536) supprima d'abord trois cent soixante-treize maisons religieuses, « pour la gloire du Dieu tout-puissant et l'honneur du royaume, » et dévolut leurs biens à la couronne. Ce premier essai ayant produit de l'agitation et des désordres, on procéda avec plus de précaution et de ruse. On accusa les communautés religieuses de prendre part aux soulèvements et de s'opposer aux innovations royales. Mais de cette façon la spoliation étant trop lente, on en revint aux procédés violents. En 1 540, la sécularisation des couvents était accomplie ; on avait exécuté la volonté de Henri VHI avec un effroyable vandalisme ; on n'avait épargné ni les chefs-d'œuvre de l'art ni les monuments de la science. Dans une rage aussi aveugle qu'insensée, on s'en était pris même aux tombeaux des saints. L'apôtre des Bretons, saint Augustin, l'illustre martyr de Cantorbéry, le fondateur de la puissance des Anglais, Alfred-le-Grand, ne purent trouver grâce devant la stupide barbarie des révolutionnaires. Leurs cendres furent jetées au vent. C'est ainsi que Cromwell devint, comme le nomma Fox, « le vaillant champion de \ » Réforme. » Avec les biens résultant de ce pillage, Henri fonda six nouveaux évèchés et quatorze églises cathédrales et coïlegiaîes. Mais le principal bénéfice en resta aux visiteurs royaux et aux

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