CHAPITRE III
jfavoris de la cour. Cette dispersion des biens de l'Église devint la vraie source du paupérisme en Angleterre. En présence d'excès qui révoltaient tout ce que l'Europe comptait de cœurs honnêtes, Paul in lança de nouveau une sentence d'excommunication contre Henri VIII ; mC^ le tyran ne s'en inquiéta pas autrement, et persista à se déclarer un fils soumis \e l'Eglise catholique. Il écrivait .encore des livres contre Luther, iî avait fait continuer l'usage de l'eau bénite et descendras, le culte des saints ; un acte royal avait pourvu à la conservation du dogme et maintenu , comme article de foi, la transsubstantiation, et comme obligation indispensable, le célibat ecclésiastique, « fondé, disait le pontife-roi, sur un comf> mandement du Christ. » Mais les images et les reliques ne trouvèrent point grâce à ses yeux ; elles furent brûlées partout où Ton en put découvrir ; le temps des Iconoclastes semblait revenu.
6. Le bourreau de Fisher et de Thomas Morus avait encore une victime qu'il réservait à sa vengeance. L'Angleterre voyait alors, à la tête de son clergé, un homme aussi illustre par sa naissance que par ses talents et ses vertus. C'était le cardinal Polus. Sa mère, la comtesse de Salisbury, issue du sang royal des Plantagenets, était le dernier rejeton de cette célèbre dynastie. Le cardinal se trouvait ainsi proche parent de Henri VIII, qui l'avait jusque-là comblé de ses.faveurs et qui s'honorait de l'avoir pour ami. Quand la question du divorce fut proposée à la Chambre des lords, Polus se prononça ouvertement contre l'injustice que la passion du roi voulait faire sanctionner. Cette opposition fut considérée ccmme un crime de lèse-majesté. Poursuivi par les émissaires de Gromwel, le cardinal se vit obligé de se soustraire à la vengeance royale en se cachant chez des amis dévoués. Sa retraite, gardée par la fidélité, demeura un secret pour la police de Henri VIII, qui résolut de punir la mère du courage du fils. La comtesse de Salisbury, âgée de plus de soixante-dix ans, et courbée sous le poids du malneur plus encore que sous celui de h vieilleese, fut je'ée au fond d'un cachot. « Le roi voulait, di- » sait-il, la retenir en otage pour qu'elle répondît de la conduite » du cardinal, son fils. » Après une année de captivité, une sentence barbare la condamna à être décapitée. Quand le bourreau lui ordonna de pencher la tAtp. sur la hillqt : « Non, s'écria t-elle,
108 paul m (1534-1549).
» jamais ma tête ne fléchira devant la tyrannie ; si tu îa veux,* » tâche de l'atteindre comme tu pourras. » A ces mots, le bour® reau lui asséna un violent coup de hache, qui, toutefois, manqut; son effet. La malheureuse comtesse, égarée par la douleur, ses longs cheveux blancs flottants sur ses épaules, se mit à courir autour de l'échafaud; mais le bourreau la poursuivit et ne fit sauter sa tète qu'après l'avoir frappée de sa hache à plusieurs reprises. « Quelle horrible scène ! s'écrie le protestant Cobbet. Tout » Anglais doit rougir en réfléchissant qu'elle se passa dans soir » pays. »
7. Le règne de Henri VIIT, à partir de cette époque, ne tut qu'un enchaînement de cruautés et d'exécutions sanglantes. Anne de Boulen, la première cause de tant de crimes, ne tarda pas à exciter la colère et à éprouver la vengeance de son redoutable époux. La légèreté de sa conduite fournit sans doute des présomptions contre elle ; mais la rigueur du supplice auquel elle fut condamnée avait surtout pour motif la nouvelle passion d'Henri VIII pour Jeanne Seymour. L'Angleterre vit tomber la tête d'Anne de Boulen et ne s'étonna pas que , dès le lendemain , sans même laisser au temps le pouvoir d'affaiblir par quelque éloignement le souvenir de cette image lugubre, l'impudique monarque célébrât avec des pompes inouïes son mariage avec Jeanne Seymour. Celle-ci mourut l'année suivante, en donnant le jour à un prince, qui fut depuis Edouard VI. Anne de Clèves parut un instant sur ce trône funeste. Henri VIII la répudia sous un prétexte ignoble, et crut sans doute la traiter assez généreusement en lui faisant grâce de la vie. Moins heureuse qu'elle, Catherine Howard, qui lui succéda, ne tarda pas à monter sur l'échafaud d'Anne de Boulen. Thomas Cromwell, l'infâme ministre de tant de vengeances, disgracié à son tour, avait été emprisonné en 1540, sous îa double accusation d'hérésie et de crime de lèse-majesté. Il se montra aussi lâche dans le malheur qu'il avait été cruel dans la prospérité, et fut exécuté malgré ses hypocrites protestations. Veuf de cinq épouses, dont deux avaient été répudiées, deux autres décapitées, Henri VÏÏI songeait encore à contracter de nouveaux liens. L'historien se demande comment il se put trouver encore une femme qui ait consenti à courir le risque d'kne pa-