CHAPITRE III
reille alliance. Maisïa perspective d'une couronne a pour l'ambition des attraits irrésistibles. Catherine Pair fut fiere de monter sur ce trône couvert de sang. Elle eut le bonheur d'échapper au bourreau. Son arrêt de mort était signé lorsque Henri VIII mourut (1547). Dans l'espace de trente-huit ans de règne, il avait fait exécuter deux reines, un cardinal, deux archevêques, dix-huit évêques, treize abbés, cinq cents prieurs et moines, trente-huit docteurs, douze ducs et comtes, cent soixante-quatre gentilshommes, cent vingt-quatre bourgeoïs, cent dix femmes. Il manque à ce nouveau Néron un autre Tacite. Qu'un pareil monstre soit devenu le chef d'une religion adoptée par l'Angleterre, ce pays où les intelligences sont si nobles, si élevées, où les esprits sont habitués à apprécier froidement les événements et les hommes, où l'histoire est étudiée, connue, comparée et jugée, où l'honneur national est un sentiment populaire si puissant et si vivace, c'est là un fait qui déconcerte tous les calculs, qui combat toutes les vraisemblances, qui confond la pensée et l'incline devant un de ces abîmes impénétrables de la justice divine , dont les jugements sont incompréhensibles et les voies insondables. Puisse ce peuple, auquel il ne manque, pour devenir peut-être le plu» grand de tous les peuples, que la vérité catholique, puisse-t-il ouvrir enfin les yeux et voir quelle honte, quelles barbaries, quelles atroces et dégoûtantes voluptés ont donné naissance, dans son sein, au schisme qui l'a violemment séparé de l'unité romaine ! Qu'il tbdique l'ignominieux héritage de Henri VIII pour redevenir le fils de saint Pierre. Quelle gloire l'attend dans ce rôle seul digne de lui! Ses vaisseaux, qui sillonnent en vainqueurs toutes les mers du gfbbe, iraient porter la vraie foi aux contrées les plut lointaines. Sa puissance participerait alors, en quelque chose, au* promesses d'immortalité que Dieu a faites à son Eglise. S'il s'obs* tine, au contraire, à marcher dans les routes de l'erreur, qui l'empêchera de subir le sort des Carthaginois et de finir comme ont fini ces antiques maîtres de l'Océan? La Rome des Papes, pour n'avoir pas les soldats de la Rome de Scipion, n'ea ôst pas moins invincible.
8. La mort de Henri VÏÏI n'améliora pas l'état religieux de ^Angleterre. Edouard VI, fils de Jeanne Seymour, monta sur le
110 paul m (1534-1549).
trône, en vertu du testament de son père et au préjudice de Marie, fille de Catherine d'Aragon. Le duc de Sommerset^nele du jeunp roi, fut mis à la tête de la régence, et fit élever son pupille dans la haine de l'Eglise ratjholi^ve. Le Parlement enleva *ux chapitres le droit n eiire les évéques pour F attribuer exclusivement à la couronne. Cranmer, nommé vicaire spirituel du royaume , rédigea , « sous 1 iiiup^cuion iu Saint-Esprit , » un Recueil d'Homélies, un Catéchisme anglican, une LUhurgie nou* velle, le Livre ae la Prière commune et de P Administration de$ Sacrements [Book of common prayer) (1549). La messe hit abolie, le mariage des prêtres autorisé, l'usage de la langue nationale introduit dans la célébration des offices ; on détruisit les objets de l'ancien culte, les images, les statues, les autels, les ornements sacrés, les chapelles privées. Les évêques récalcitrants furent dépossédés, leurs biens confisqués, et l'Eglise nouvelle, « l'Église » établie par la loi, » fut définitivement constituép à l'aide de troupes étrangères. Au lieu des aumônes abondantes que les mo» nastères, si riches autrefois, versaient parmi le peuple, on pro* mulgua des ordres sévères contre les mendiants ; on les condamna à la prison , à être marqués d'un fer rouge sur le tront et la poitrine. Sommerset, livré comme Henri VIII aux conseils de Cranmer, fit exécuter son propre frère, et bientôt après, accusé de trahison, il monta lui-même sur l'échataud et fut remplacé par Dudley, comte de Norwich et duc de Northumberland. Au bout de trois ans, ia liturgie de Cranmer fut révisée et autorisée par le Parlement, qui décréta des peines sévères, et jusqu'à l'emprisonnement perpétuel , contre ceux qui s'écarteraient de cette liturgie. Quarante-deux articles nouveaux, sanctionnés par le Parlement, remplacèrent les six articles de Henri VHI (1).
9. Pendant que ces graves événements, dont nous n'avons pas voulu interrompre le récit, se passaient en Angleterre, le réfor* mateur saxon, Luther, poursuivait en Allemagne son œuvre de destruction et de ruines. Dès l'an 1525, après avoir préparé le monde à ce nouveau scandale, par des écrits obscènes, où il déversait sur le célibat ecclésiastique des injures inspirées par l'en-
(1) M. Aizog, t. in, p. 132.