CHAPITRE IDT. lit
fer, il épousa publiquement une ancienne religieuse, pervertie par ses doctrines, nommée Catherine Bora. H est vraisemblable qu'il se serait marié plus tôt, s'il n'eût craint d'encourir la disgrâce de Félecteur Frédéric de Saxe, qui s'était expliqué franchement sur le mariage des prêtres et des moines, qu'il appelait « un concubi— » nage déguisé. » Il redoutait aussi les railleries d'Erasme , qui s'était moqué si hautement de Carlostadt. Mais à la mort de rélecteur, Luther s'enhardit, et son parti fut pris si promptement, qu'il crut devoir expliquer à ses amis le motif de cette soudaine détermination , « C'est le Seigneur , dit-il , qui m'a inspiré une » telle résolution. En m'unissant à Catherine Bora , j'ai voulu j> réjouir les anges et faire pleurer les démons. » Ces dernières paroles font allusion au principe qu'il soutenait depuis quelque temps , de l'obligation divine et imprescriptible du mariage pour tous les hommes. L'Europe catholique poussa un nouveau cri d'indignation en apprenant cette infamie. Mais Luther n'écoutait que la voix de ses passions, qui parlaient plus haut dans son cœur que le monde entier. Livré, sans pudeur et sans remords , à leur tyrannique empire, il réunissait ses amis à la table de son foyer conjugal et s'abandonnait à toutes les saillies d'un esprit impudique sur l'Eglise romaine, dont il avait été autrefois le fils, et qu'il couvrait maintenant de ses grossières injures. Ses Propos de table (Tisch-rederi), recueillis par des admirateurs fanatiques, et colportés dans toute l'Allemagne protestante, allaient propager au loin le scandale et le cynisme des mœurs ; ils sont le monument le plus honteux de la Réforme.
10. Le mauvais exemple est contagieux. Le landgrave, Philippe de Hesse, le plus zélé et le plus puissant défenseur du pro» testantisme, prétendit bientôt tirer parti, à sa manière, du mariage du Réformateur. Quoique marié, il vivait depuis assez longtemps en concuhinage avec une seconde femme. Il crut le moment opportun pour faire régulariser et consacrer, en quelque sorte , an point de vue religieux, le désordre de sa conduite. Il adressa dont à Luther et à Mélanehton, une lettre dans laquelle il leur représentait que, marié depuis seize ans avec la princesse Christine^ fille du due Georges de Saxe, et père de huit enfants , il avait 1* désir d'obtenir l'autorisation d'épouser encore, et conjointement*
11* paul m (1534-1549),
Marguerite de la Sahl, fille d'honneur de sa sœur Elisabeth. Le* motifs sur lesquels il appuyait sa demande ne sont pas de nature à être reproduits par une plume qui se respecte. Luther et Mélanchton se trouvèrent dans une grande perplexité ; car Philippe d« Hesse les menaçait , s'ils refusaient leur adhésion , de revenir à l'Eglise catholique. Cependant il leur paraissait chose grave, après les paroles formelles de l'Evangile sur l'unité du mariage, de ramener le monde à la polygamie des patriarches. Après de longue» délibérations , les réformateurs consentirent enfin et signèrent un tcte qui accordait la permission demandée par le landgrave, « afin » disent-ils, de le mettre en état de pourvoir au salut de son cor » et de son âme, ainsi qu'à la gloire de Dieu. — Toutefois, » ajoutent-ils , comme il n'est pas encore d'usage général d'avoir » deux femmes en même temps, le landgrave devra contracter son » second mariage en secret, et seulement en"présence de quelques » témoins (3 mars 1540). » Le scandale fut grand en Europ lorsqu'on apprit cette étrange nouvelle. Il n'y eut qu'une voix pour flétrir la conduite du landgrave et la décision des chefs luthériens, qui l'avaient sanctionnée. Pour se justifier, le Réformateur parla de son autorité suprême, qui lui permettait, en certaines circons* tances, de s'élever au-dessus des lois ordinaires et de se prononcer en dehors des coutumes reçues. C'était affirmer son propre pouvoir quand il niait celui de l'Eglise catholique , et avouer solennellement qu'il n'avait voulu détruire la suprématie des Papes que pour la reconstituer à son profit. Du reste, toutes ces contradictions n'embarrassaient ni Luther, ni ses adhérents. On laissait aux théologiens catholiques le soin de les feire remarquer, et à peine se préoccupait-on de leur répondre,
1 1 . La Westphalie était devenue îe théâtre èe nouvelles luttes et de nouveaux excès* Dans les premiers jours de Tannée 1533, la ville de Munster avait vu entrer dans ses murs deux prédicants, revêtus d'un costume étrange, qui parcouraient les rues en criant : « Faites pénitence ; la vengeance du Père céleste approche ! » Lee nouveaux prophètes étaient l'aubergiste Jean Bockelson, si connu sous le nom de Jean de Leyde, et le bourreau Knipperdollmg. La réforme de Luther avait tout d'abord exalté ces deux fanatiques f qui s'étaient jetés depuis dans le j>arti des Anabaptistes, et e#-