CHAPITRE TH
savaient de relever le drapeau des paysans , abattu à la sanglante bataille de Franken-Haren. L'illuminisme paraît avoir fait le fond de leur doctrine ; ils affectaient de prêcher la mortification et la pénitence , tout en pratiquant la polygamie ; ils rejetaient l'autorité de l'Eglise, ses lois, ses institutions et ses dogmes, prétendant que l' Esprit-Saint les instruisait lui-même dans des extases et des visions céleste». Le peuple , effrayé de leurs menaces et de leurs cris lugubres, netarda pas à grossir le nombre de leurs adhérents. Une foule immense se pressait chaque jour autour de Jean de Leyde pour recevoir de lui le baptême. Le prophète se fit bientôt le ministre des vengeances célestes qu'il annonçait. Quand il se crut assez fort, il attaqua à main armée les troupes du prince de Waldeck, évêque de Munster, et parvint à se rendre maître de la ville. Il signala sa victoire par xt pillage et l'incendie des églises et des monastères. Tous les livres et les manuscrits autres nue la Bible, lui furent apportés avec les images et les statues des saints. Il ordonna qu'on détruisît tous ces « instrument/ de l'idolâtrie catholique. » Ces auto-da-fés s'exécutèrent au milieu de danses et de pompes profanes. Quelques jours a^rès la ville de Munster reçut solennellement le nom de Cité de Sion , et Jean de Leyde , le titre de Roi du nouvel Israël. Mathiesen , un boulanger de Munster, prit le titre officiel de Prophète, et Knipperdolling fut nommé généralissime des armées du Seigneur. Jean de Leyde entoura sa royauté éphémère de splendeurs orientales ; il eut des gardes , un^ cour brillante et un sérail. Ce dernier point excita quelques murmures ; un malheureux s' étant permis quelques critiques à ce sujet, fut saisi par ordre du nouveau roi, et eut la tête tranchée. Cependant le prinre, évêque de Munster, était venu, avec une armée catholique levée à ses frais, mettre le siège devant la ville rebelle. Jean de Leyde se défendit pendant six mois, après lesquels il tomba entre les mains des assaillants. Son supplice et celui de ses adhérents délivrèrent Munster de sa tyrannie et turent le digne châtiment de tant de monstruosités et de crimes (23 janvier 1536).
12. Le protestantisme, comme un torrent dévastateur, étendait ses progrès dans toute F Allemagne. Les fureurs des paysans déchaînés, les extravagantes folies des anabaptistes auraient dû rv. *
111 paul m (1531-1549).
retenir les princes dans une voie si dangereuse pour leur autorité^ mais ils cédèrent à d'autres motifs. L'électeur Frédéric de Saxe, le landgrave Philippe de Hesse et le prince d' A nhalt s'étaient déclarés les premiers. On vit ensuite entrer successivement dans la Réforme, les Etats du Nord, la Prusse (1523) par l'apostasie d'Albert de Brandebourg, grand- maître de l'ordre teutonique, qui consentit ainsi à acheter une couronne au prix d'un sacrilège. Sa défection entraîna celle de la Livonie, de la Courlande et de la Silésie. La Suède, pervertie par son roi, Gustave Vasa, le Dane— marck, par Christiern H et son successeur Frédéric Pr (1523), embrassèrent également la Réforme. La Norwège suivit immédiatement leur exemple , et l'Islande , quelques années plus tard, recevait aussi la nouvelle hérésie. Les souverains étaient surtout attirés au luthéranisme par les possessions du clergé que la Réforme livrait entre leurs mains. Les nobles y voyaient un moyen de se soustraire à l'autorité des évêques , et de s'emparer des richesses monastiques qu'ils convoitaient ; les mauvais clercs et les religieux indignes de leur vocation , ambitionnaient la liberté de suivre leurs penchants. Les populations égarées à la vue de tant de scandales, suivaient le mouvement qui entraînait le monde vers la corruption et le débordement des mœurs, fl faut dire encore que les peuples du Nord récemment convertis au christianisme , et dont l'instruction était trop souvent négligée par un clergé infidèle à ses devoirs, se trouvaient livrés par leur ignorance même à toutes les séductions des novateurs. A ces causes générales se réumssaient des causes locales , les rivalités , les raisons politiques et autres, même les plus légères, qui décidèrent en plus d'un lieu la révolution religieuse. Malgré toutes ces causes 9 réunies ou séparées , la Réforme rencontra souvent une opposition vigoureuse qui en retarda le triomphe. Ce ne fut, en certains états, qu'après une lutte de plusieurs années qu'elle parvint à s'établir définitivement et à se f^'Menir par l'oppression des catholiques.
13. Les luthériens avaient envoyé leurs émissaires en France; mais la vigilance du gouvernement et l'attachement de la nation à la foi de ses pères, avaient jusque-là réussi à rendre inutiles tous leurs efforts. François Ier, à la tête de sa cour et accompagné