‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 56 sur 294 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

du cl ergé de Paris, avait, dans une procession solennelle , rétabli une image de la sainte Vierge , outrageusement mutilée par un protestant. Il avait déclaré que, « roi très chrétien , il ne soufîri- » rait pas dans son royaume rétablissement d'une secte qui ne se » proposait rien moins que l'anéantissement de l'Eglise. » Ce prince, après une nouvelle guerre, glorieusement soutenue contre Charles-Quint, par le maréchal, puis connétable de France, Anne de Montmorency (1536) , avait, par la médiation de Paul III , signé, à Nice, une trêve de dix ans avec son rival. Le Pape s'était rendu en persor.ie à cette conférence célèbre et avait voulu suivre lui-même toutes les négociations pour mieux en assurer le succès, B avait exigé, après la ratification du traité, que les deux princes se vissent à Aiguës-Mortes. Les ennemis, naguère irréconciliables, et qui s'étaient traités jusque-là d'une manière si outrageante, se donnèrentalorstouteslesassurancesd'imeamitiéfraternelle (1538). Pour fournir à l'Europe une preuve plus évidente encore de la sincérité de leurs dispositions bienveillantes, l'année suivante (1539) , Charles-Quint était reçu à Paris, par François Ier, avec une ma*mifîcence toute royale, lors d'un voyage en Flandre, où il allait combattre les Gantois révoltés. Le roi de France pro* fita des loisirs que lui laissait la trêve pour remédier aux désordre» qui s'étaient introduits dans ses états, à la suite de guerres si longues et si désastreuses. L'âge et l'expérience avaient mûri son caractère ; une sage économie avait remplacé ses prodigalités ; enfin, à la légèreté de la jeunesse avaient succédé l'application et le soin des affaires. A l'exemple de Léon X et des Médicis, il encouragea les sciences, les lettres et les arts par de nombreuses récompenses accordées à ceux qui les cultivaient, & ne voulant pas, » disait-il, que les lettres fussent des filles sans dot. » Il ouvrit dans son royaume un asile aux savants étrangers, enrichit la Bibliothèque d'une infinité de manuscrits précieux, fonda Y Imprimerie royale et créa le Collège de France pour l'enseignement du latin , du grec , de l'hébreu , des mathématiques , de la médecine et de la philosophie. L'amour des sciences et le goût des lettres entrèrent peu à peu dans les habitudes nationales, et signalèrent ce mouvement des esprits en France qui s'appela 1» renaissance»

116 *àul m (1534-1549).

14. Malheureusement, au milieu de cette vie intellectuelle qui renaissait de toutes parts, au sein.de la prospérité matérielle que la paix venait de rendre au royaume, la France eut aussi son Luther. Jean Calvin (son vrai nom était Cauvin) naquit à Noyon, en Picardie (1500), d'un tonnelier qui obtint la charge de notaire fiscal et de secrétaire de l'évêché. Grâce aux secours qu'il reçut de la noble famille de Montmaur, il put se livrer à l'étude des lettres et du droit canonique, dans les universités de Paris , d'Orléans et de Bourges. Si nous exceptons la théologie, qu'il étudia moins, le jeune écolier eut généralement des succès. Mais il joignait un mauvais caractère à des mœurs infâmes (1). Il se lia, à Bourges, avec un jeune homme dont les poésies licencieuses avaient déjà fait une des célébrités scandaleuses de l'époque. C'était Théodore de Bèze, originaire de Yézelai en Bourgogne, et qui était destiné à devenir l'un des patriarches du protestantisme en France. Des esprits de cette trempe goûtèrent facilement les nouvelles doctrines que les luthériens importaient alors d'Allemagne. Elles leur furent communiquées par Wolmar, un de leurs professeurs à Bourges, et Calvin en devint bientôt un partisan zélé. Le dogme de la justification le préoccupa surtout. Ses discours trop libres en faveur de la Réforme l'obligèrent , sur la réquisition de la Sorbonne , de quitter Paris. Après de nombreuses migrations, il vint à Bâle (1534), où il entreprit d'implanter son nouveau système religieux, qu'il fer* mula dans son grand traité des Institutions de la Religion chrétienn ,'. La pensée de Calvin suit les traces de celle de Luther et de Zwingle (2). Cependant tout y est dans un ordre plus sévère et plus rigoureux. Calvin s'éloigne de Luther quand il accorde à l'homme une sorte de liberté que le réformateur saxon lui refuse entièrement. Toutefois il soumet, plus formellement encore que Luther et Zwingle, ce reste de liberté à la prédestination divine ; car ce qui domine dans Calvin et le caractérise , c'est la doctrine de la prédestination absolue, développée avec une rigueur fanatque jusqu'à deè conséquences absurdes. Tandis que Luther ne *oit dans le péché originel au'une simple privation de forces

(1)M. Blanc, t. II, p. 273.

(2) M. Alzog,t. III, p. 92.

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