‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 57 sur 294 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

(privatio virium) , Calvin y reconnaît une dépravation forcée et prédominante qui incline toutes les facultés humaines au mal sans qu'elles puissent jamais, malgré tous leurs efforts, se relever vers la pratique du bien. D'après Calvin, Dieu, auteur primordial du bien et du mal , a, de toute éternité, rejeté une partie de ses créatures et les a destinées à des peines éternelles , afin de manifester en elles sa justice. Pour avoir de justes motifs de haine et de punition , il a contraint le premier homme à la chute par le . péché , et a enveloppé toute la postérité d'Adam dans sa révolte. Les péchés actuels sont imposés aux hommes par la volonté divine qui pousse au crime ceux qu'elle prédestine à la damnation. Tel est le sens de cette sombre théorie qui s'appela la doctrine des Décrets nécessitants. Le libre arbitre n'existe plus. L'homme est fatalement voué à des actes dont il subira le châtiment et qu'il n'est pas en son pouvoir de commettre ou de ne commettre pas. La tyrannie d'un Dieu qui punit des péchés dont il est lui-même le premier auteur n'effrayait pas Calvin. Il la professait ouvertement, expliciteOient* « Parmi les hommes, disait-il, les uns sont » créés pour la vie, les autres pour la mort éternelle. Leur sort est » irrévocablen* nt fixé, quelle que puisse être leur conduite. » Par un parallélisme rigoureux , Calvin suivait la même route , dans un sens opposé, pour expliquer la doctrine de la justification. L'homme est forcément sauvé, de même qu'il est damné malgré lui. Il n'y a pas plus de mérite à être un saint qu'un réprouvé; tous deux sont les instruments passifs d'une volonté qu'ils subissent sans pouvoir la modifier. On comprend dès lors l'orgueil excessif du calviniste qui se croit élu, et la licence effrénée du calviniste qui se croit condamné. Malgré la rigueur exclusive de ses opinions et son caractère inflexible, il ne paraît pas avoir pris parti pour l'une ou l'autre des idées protestantes sur la Cène. «Je » le déclare , dit-il , il n'est pas moins absurde de placer le corps » dn ( Ihrist sous le pain, que de l'unir avec le pain, que de transit mhstnnlier le pain en son corps. » Enfin Calvin se montra le constant ennemi des formes, l'ardent destructeur de toute cérémonie extérieure, le détracteur amer de tout ce qui embellit If culte, élève l'esprit et nourrit le sentiment.

15. La sombre doctrine de Calvin paraissait devoir en éloigna

118 paul m (1534-1549).

les hommes. Mais Terreur a besoin de côtés spécieux pour séduire. L'austérité apparente du nouveau dogmatisant fut précisément le point par lequel il s'attira des sectateurs. Calvin s du reste, apportait au service de ses doctrines une logique serrée et une érudition qui pouvaient facilement faire illusion aux esprits faibles. Loin de vouloir, comme les réformateurs saxons, s'élever contre toute l'antiquité ou bannir du monde chrétien la littérature classique et la philosophie grecque, il reconnaissait tout ce ipi'il y a de science, de trésors d'éloquence et de dialectique dans les Pères de l'Église et dans les théologiens de l'école ; il estimait les auteurs grecs et latins, poètes et philosophes, et faisait en toute occasion preuve de sagacité. S'il ne fui pas tout à fait original, et s'il emprunta certaines idées à Luther, il les développa du moins avec précision et dans un ordre méthodique. Du reste, il se servit trop souvent, comme Luther, de paroles grossières, injurieuses et blasphématoires. C'est la même intolérance et la même haine du catholicisme. Ses adversaires étaient toujours des fripons , des ânes, etc. , et sa controverse est perpétuellement émaillée d'épi— thètes de ce genre.

16. Après un assez long séjour à Bâle, Calvin se rendit à Genève, qui fut dès lors le principal théâtre de ses entreprises schismatiques. Il y fut retenu par Guillaume Farel et Pierre Viret, deux prédicants luthériens qui répandaient les nouvelles doctrines religieuses dans la Suisse française, et surtout dans le pays de Vaud. Le duc de Savoie voulant faire valoir ses droits sur Genève, les Genevois s allièrent avec le canton de Berne, et forts de •on appui, parvinrenit à échapper à la domination du duc. Mais cette alliance ouvrit la porte au protestantisme. L'évêque lança l'excommunication sur la ville rebelle. Ce fut le signal d'une violente réaction contre le catholicisme. Les autels furent renversés, les images détruites^ les fidèles emprisonnés ou bannis ; et ainsi le culte nouveau fut inauguré au milieu et sur les ruines des églises. Calvin venait d'arriver à Genève (1536) ; il acheva ce que Farel et Viret avaient commencé. Il fit passer un décret qui obligeait tous les citoyens d'abjurer la religion catholique. H interdit tout spectacle, toute danse, tout plaisir bruyant, a indignes, di- » sait-il, de la grivité da chrétien. » Les conversations mêmes

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