‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 59 sur 294 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

l'historien, dans ce siècle d'agitations politiques et religieuses. Durant l'invasion du calvinisme en Suisse et en France, dont le récit a un peu anticipé sur l'ordre chronologique, toute l'attention du Pape Paul III fut portée sur l'Allemagne et le schisme qui la désolait. Les catholiques se faisaient encore illusion ; ils pensaient qu'une réunion œcuménique des évêques étoufferait les derniers germes de la révolte. Luther ne cessait d'en appeler au concile. Que de fois, depuis ses thèses, il avait proclamé à la face de son pays qu'il était prêt à rendre compte de sa foi devant un concile général. Paul III avait résolu de convoquer ennn les grandes assises de la chrétienté pour mettre un terme à tant de débats, de scandales et de luttes sanglantes. Il subordonna tous les actes de son pontificat à cette grande pensée. Son intervention pour ménager une trêve entre Charles-Quint et François I" n'avait pas d'autre but. Dès Fan 1535, son légat, Yergerio, eut ordre de partir pour l'Allemagne et d'annoncer à Charles-Quint et aux princes de la chrétienté que le concile œcuménique, appelé par tant de vœux, s'ouvrait enfin à Mantoue. Yergerio, appelé à Wittemberg, manifesta tout d'abord le désir d'entretenir Luther. Le moine saxon n'épargna, dans cette entrevue, ni les grossièretés ni les injures, mais il ne réussit point à altérer la patience grave et sereine du légat. La conversation de Yergerio et de Luther est une des pages les plus saillantes du protestantisme. Elle met à jour la perversité du chef de la Rétorme. « C'est une déri- » sion que votre concile ! s'écria Luther. Si le Pape en tient un, » ce sera pour traiter de capuchons, de moines, de tonsures cléri- » cales, de viandes et de vin, et*Û' autres niaiseries de cette force ; » mais de la foi, de la pénitence, du lien de charité qui doit un f » tous les chrétiens, graves et solennels enseignements dont t » Réforme , illuminée par la lumière du Saint-Esprit, s'est préoc- » pée seule jusqu'à ce jour, il n'en sera pas même fait mention. » Qu'avons-nous donc besoin , nous autres, de votre concile, qui » n'est bon que pour les pauvres nations que vous tenez en capti- » vite? Vous autres papistes, vous ne savez pas même ce que » vous croyez. D'ailleurs, assemblez votre concile, si vous le » voulez : j'irai, je vous le promets, même quand je saurais qu'on » m'y destine le bûcher ou la potence 1 » Le légat ne récrimina

122 paul m (1534-1549).

sur aucune de ces amères paroles. « Dites-moi, docteur, demanda- » t-il, où voudriez-vous que le concile se réunît? — Moi, reprît » le Saxon en riant, où vous voudrez, à Mantoue, à Florence, à » Padoue. Que m'importe ? — Et à Bologne ? ajouta le légat. — » A qui appartient cette ville ? dit Luther. — Au Pape, répondit » Yergerio. — Bon Dieu ! s'écria Luther. Encore une ville que le » Pape a volée ! Va pour Bologne. J'irai, et j'y porterai ma tête » et mes épaules. » Tout cet entretien ne fut ainsi qu'une raillerie insolente.

19. Cependant les princes rèlormes s'étaient réunis à Smalkalde pour s'opposer à toutes les tentatives que Rome essaierait dans l'intérêt de la paix des consciences. A l'instigation de l'électeur de Saxe, Luther, Mélanchton et les autres chefs du protestantisme, dans une série de conférences ttaïues à Wittemberg, avaient rédigé un nouveau formulaire de foi en vingt-quatre articles. Mélanchton , dont le cœur valait mieux que la tête, et qui espérait toujours arriver à une réunion définitive signa le formulaire, en stipulant cette réserve expresse que « si le Pape vou- » lait reconnaître Y Évangile (c'est ainsi que les luthériens appe- » laient leur nouvelle doctrine), il admettrait, de son côté, la 1» primauté pontificale sur les évêques. » Il y avait quelque cou*rage de la part du professeur à reconnaître, même dans les termes qu'il posait, la juridiction spirituelle du Pape, que ses collègues les plus modérés regardaient comme l'antechrist. La diète de Smalkalde fut nombreuse. Les protestants y comptaient l'électeur de Saxe, le landgrave de Hesse , les ducs Ernest et Frantz de Lunebourg, le duc Ulric de Wurtemberg, les princes Wolf, Georges et ioachim d'Anhalt, les comtes Gebhard et Albert de Mansfeld, les comtes de Nassau et de Reichlingen, le duc Henri de Mecklembourg, les princes Rupert des Deux-Ponts et Philippe de Grubenhagen. Luther, Mélanchton, Bucer s'y rendirent également. Vainement le vice-chancelier de l'empire, Mathias Held, voulut faire entendre des paroles de conciliation et de paix. Ses efforts turent inutiles ; et il rompit la diète, en ordonnant qu'on observât la trêve signée à Nuremberg, jusqu'à la tenue du prochain concile général, où l'empereur avait l'intention d'assister en personne. Mais les princes protestants ne voulaient pas de concile.

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