CHAPITRE III
i de Luther, que rien n'égala jamais, suppose la folie : etunehu
> meur bouffonne comme la sienne ne s'allie point avec l'œuvre
> de Dieu. » Cependant les Luthériens accordèrent à la mémoire le leur père les honneurs que l'Eglise réserve aux saints , et dont ils avaient tant reproché la scandaleuse impiété aux catholiques. Le cardinal Pallavicini compare, avec assez de justesse, Luther à un géant , mais avorté. En effet , rien de complet dans le génie -ni' il déploya ; c'est une grandeur, mais informe ; une énergie, mais .sauvage ; une science, mais indigeste ; une force , mais téméraire et aveugle , qui ne songe qu'à détruire , sauf à s'irriter plus tard des ruines qu'elle a faites.
22. Au moment où il laissait l'Allemagne comme encombrée sous les débris que sa parole avait amoncelés , l'Eglise réunissait enfin en concile général tous ses évêques , tous ses docteurs , tous ses théologiens, pour asseoir, avec leur concours, ses fondements ébranlés par les sectaires, pour reconstituer son unité puissante, menacée par le schisme , pour faire resplendir de leur glorieux éclat ses dogmes attaqués par l'erreur. Mantoue, Bologne, avaient successivement été proposées par Paul III, comme le lieu de l'assemblée. L'influence des princes protestants les avait fait rejeter. Enfin le Pape et l'empereur avaient définitivement fixé leur choix sur la ville de Trente , dont la situation aux frontières de l'Allemagne et de l'Italie offrait l'avantage d'une neutralité politique favorable à tous les partis. Les négociations à ce sujet avaient entraîné des délais qui durèrent plusieurs années. Ce fut le 1 3 décembre 1545 que s'ouvrit le dix-huitième et dernier concile général. Sa tâche était immense. La Réforme luthérienne avait outragé toutes les institutions, sapé toutes les doctrines. Le concile de Trente , au nom de l'Eglise universelle dont il était le représentant , sous la présidence des légats apostoliques , pendant une durée de treize ans, la plus longue ae tous les conciles œcuméniques, consacra la forme définitive des institutions , fit triompher la vérité de tous les dogmes, et éleva, à la gloire de la religion catholique, le monument le plus complet, le plus victorieux, le plus inattaquable qui fut jamais (1545-1563). Quatre souverains Pontifes se succédèrent sur le Siège de saint Pierre dans cet intervalle. Mais l'esprit de Dieu, qu'ils se transmettaient par un glo-
126 faul m (1534-1549).
rieux héritage, inspira tous leurs actes et présida a toutes le» phases de cette immortelle assemblée. Jean Marie del Monte, cardinal-évêque de Palestrine ; Marcel Cervini , cardinal-prêtre , du titre de Sainte-Croix ; Reginald Polus , cardinal-prêtre , du titre de Sainte-Marie-in-Cosmedin, dont nous avons déjà raconté Thé* roïque résistance aux fureurs tyranniques de Henri VIII, roi d' Angleterre, ouvrirent le concile au nom du pape Paul III. Il ne se trouvait encore à cette première séance . sans compter les cardinaux, que quatre archevêques, vingt-deux évêques, cinq ou six généraux d'ordres, avec un grand nombre de docteurs tant séculiers que réguliers. Mais à eux seuls , les quatre archevêques représentaient les principales contrées de l'Europe chrétienne. Olaûs Magnus, archevêque d'Upsal, exilé de son siège par l'hérésie triomphante , apportait au sein du concile les derniers soupirs de la Scandinavie catholique. Robert Wanschop, archevêque d'Armagh, primat d'Irlande , vint rendre témoignage à la foi ancienne que , plus fidèle et plus généreuse que la Scandinavie , la pauvre Irlande conservera intacte, à travers les persécutions de la puissante Angleterre , pendant trois siècles. L'archevêque d'Aix s'y est rendu pour confesser la foi de saint Louis que la France catholique maintiendra comme son plus noble héritage au milieu de tant d'orages. Enfin Pierre Tagliava, archevêque de Palerme , représente l'Italie toujours fidèle et condamnant, par son exemple, l'infidélité de la Grèce, de l' Asie-Mineure, de la Syrie. L'Espagne et le Portugal qui, après avoir expulsé le Mahométisme de la Péninsule, travaillaient à porter la foi chrétienne dans le Nouveau- Monde, le Mexique, le Pérou, le Brésil, l'Inde et le Japon étaient représentés à Trente par plusieurs évêques. L'Allemagne catholique y comptait le cardinal-évêque de Trente et h* procureur de l'archevêque de Mayence. L'Allemagne protestante y enverra plus tard des députés qui n'y apporteront que leur obstination et leur mauvaise foi.
23. Avant d'entrer dans le récit des opérations du concile de Trente , il importe de fixer les idées sur la valeur des deux historiens qui nous en ont transmis le détail, et qui, appartenant à deux partis diamétralement opposés , présentent dans leur narralion la même divergence qu'ils avaient dans les principes. Le