CHAPITRE TU
Vénitien Pierre Sarpi, plus connu sous son nom de religieux servit» Fra-Paolo , composa le premier une Histoire du concile de Trente, qu'il fit publier à Londres, en 1619, sous le pseudonyme de Pietro-Soave-Polano , anagramme de Paolo-Sarpi-Veneto. Fra-Paolo était un de ces caractères hypocrites qui , sous des apparences respectables, cachent un esprit dangereux et corrompu. Les doctrines luthériennes l'avaient séduit ; il leur rendait un culte secret , tout en conservant le premier état qu'il avait embrassé. La république de Venise le nomma théologien consulteur dans ses démêlés av^e Paul V. « Fra-Paolo , a dit Bossuet, pro- » testant sous un troc, qui disait la messe sans y croire et qui de- » meurait dans une Eglise dont le culte lui paraissait une idolâtrie, » ne travailla qu'à porter la république de Venise à une entière » séparation, non-seulement de la cour, mais encore de l'Eglise » romaine. » *Son histoire du concile de Trente , qu'il n'osa ni signer de son véritable nom, ni publier dans sa patrie , refléta les sentiments hostiles que l'auteur nourrissait contre la vraie foi. Elle excita une réclamation générale en Europe parmi les catholiques. Les protestants, au contraire , l'accueillirent avec enthousiasme. A Rome , la congrégation de l'Index condamna cet ouvrage , en le notant des qualifications les plus sévères. La France s'émut des tendances d'un écrivain d'autant plus dangereux, que sa profession religieuse lui donnait un caractère plus honorable. Henri IV crut devoir exprimer son mécontentement au sénat vénitien, et le doge prescrivit à Fra-Paolo de mieux s1 observer à l'avenir. Cependant celui-ci , dans la crainte des graves conséquences qui pouvaient résulter pour lui d'un pareil scandale, écrivait à Casaubon de lui ménager, en cas de besoin, un asile en Angleterre.
24. Les catholiques ne pouvaient laisser sans réponse un ouvrage où la vérité était indignement outragée. L'an 1655 , une Histoire authentique du concile de Trente fut publiée sur les pièces originales conservées aux archives du château Saint- Ange. Elle valut le chapeau de cardinal à son auteur, le jésuite Pallavicini, né à Rome en 1607, d'une des premières familles de cette Tille (1). Esprit droit, intelligence limpide, caractère ferme et
(1) M. l'abbé Migne a donné , dans sa Bibliothèque universelle du clergé , une
128 pAUL m (1534-1549)
assuré, Pallavicini possède toutes les qualités d'un bon historien. Sa pensée est toujours servie par une expression aussi juste qu'heureuse. Les documents complets qu'il avait entre les manu, sont tous analysés avec la plus consciencieuse exactitude , dans son ouvrage. Les discussions si complexes d'une assemblée délibérante , aussi nombreuse que le concile de Trente, sont reproduites avec leur physionomie distincte. Les erreurs ^ de Fra-Paolo sont toutes relevées avec une lucidité victorieuse , une précision , une vigueur, une abondance de preuves qui ne laissent lien à aucune réplique. Le savant jésuite a donné, à la fin de son livre, une liste de trois cent soixante un points de faits sur lesquels Fra-Paolo est convaincu d'avoir altéré ou dénaturé la vérité , indépendamment d'une multitude d'autres erreurs qui ne sont pas susceptibles d'être indiquées dans une simple énumération, mais qui résultent de l'ensemble du récit. L'histoire de Pallavicini est un des plus beaux monuments du génie humain. Elle nous servira de guide dans le récit succinct des tr avaux du concile de Trente.
25. Dix sessions de cette immortelle assemblée se tinrent sous le pontificat de Paul IiT. Dans l'intervalle des trois premières, Charles-Quint, ne se bornant pas au rôle de protecteur armé de l'Eglise , voulut imposer des croyances comme il imposait ses ordres, à main armée. C'était l'idée de Zenon et des empereurs grecs qui avaient aussi , dans leur temps , espéré terminer les discordes religieuses par leur autorité. Il publia un formulaire de foi, sous forme de décret, dans lequel il concédait aux protestants la communion sous les deux espèces, et le mariage des prêtres jusqu'à ce que le concile général eût définitivement statué sur tous les points de controverse qui troublaient la paix de l'Eglise. Cette dernière clause fit donner à l'édit impérial le nom à' Intérim. Comme il était facile de le prévoir, le moyen term* *ie satisfit personne. Les catholiques soutenaient avec raison que l'empereur n'avait aucun pouvoir pour faire de telles concessions. Les protestants ne voulaient pas admettre que Charles - Quint pût leur poser des bornes qu'ils ne devaient pas dépasser. \J Intérim eut donc le sort de
traduction française du grand ouvrage de Pallavicini , à laquelle l'auteur dft l'Histoire générale de l'Eglise a travaillé. (3 vol. in-4«, Paris.)