‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 75 sur 294 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

conduits aussi explkjtes qu'ils pouvaient le désirer leur furent expédiés : mais les événements devaient prouver bientôt leur mauvaise foi.

6. Une armée luthérienne dirigea, dans F intervalle, sa marche sur Inspruck, ville peu éloignée de Trente. A cette nouvelle, quelques prélats prirent la fuite. Le Pape , promptement averti que le dessein des hérétiques était d'essayer une irruption sur la ville de Trente, se hâta, dans un consistoire tenu le 1 5 avril 1551, de suspendre le concile. Les Impériaux se refusèrent à reconnaître la décision pontificale. Mais ceux des Pères restés à Trente, réunis en congrégation générale (24 avril 1551), arrêtèrent la suspension prononcée par le Pape pour deux années. Un décret , rédigé dans ce sens , fut lu et approuvé dans la dix-septième session. Douze Espagnols s'opposèrent à cette mesure; mais ils agirent bientôt contre leur propre protestation en pourvoyant à leur salut par la fuite.

7. Charles-Quint était resté à inspruck malgré la tentative des protestants. Ses forces l'avaient abandonné avec la jeunesse , et on eût dit que son génie se ressentait lui-même des atteintes de l'âge. Par une confiance aveugle, il avait cru pouvoir sans danger disposer de ses troupes pour les envoyer, soit en Italie contre les Français, soit en Hongrie contre les Turcs. Une circonstance particulière lui inspirait surtout une telle sécurité à l'égard des protestants. Il avait comblé de faveurs Maurice , le nouvel électeur de Saxe , croyant se l'attacher ainsi par les liens de la reconnaissance. Maurice, en effet, lui en donnait d^s assurances continuelles. Cependant l'ingrat le trahissait en secret et préparait contre son bienfaiteur une expédition formidable , de concert avec les autres protestants d'Allemagne et le roi de France. Dans la nuit du 22 mai 1552, on vint avertir Charles-Quint que Maurice approchait d'Inspruck à la tête de toutes ses forces. L'empereur était au lit , horriblement souffrant de la goutte. Il se fit transporter dans une litière, et, par les sentiers des montagnes , se dirigea sur Villach , en Carinthie , éclairé par des flambeaux de paille, et suivi de quelques serviteurs fidèles qui ne s'étaient pas enfuis à l'approche du danger. Cependant Maurice entra dans Inspruck qu'il abandonna au pillage de ses troupes.

152 jtjles m (1550-1555).

8. Charles-Quint, si mal servi par la fortune et trahi par rhomme dont il avait le moins de raison de se défier, sentit alors le besoin de recourir aux négociations pour rétablir son autorité chancelante. Des* conférences s'ouvrirent à Passa w entre les ambassadeurs impériaux et les député? des princes luthériens d'Allemagne. Elles aboutirent à une transaction qui s'appela le Traité de la paix publique. Il fut conclu, malgré les déclamations énergiques de Jules III , qui ne cessa de protester contre les clauses qu'il renfermait. Yoici les principales : Le landgrave Frédéric de Hesse , prisonnier de l'empereur, sera immédiatement mis en liberté. Une diète de l'empire sera assemblée dans six mois pour chercher le moyen de terminer toutes les querelles de religion f soit par un concile général ou national , soit par des conférence» entre les deux partis , soit par une diète ordinaire. Les délibérations de la diète seront adoptées, d'après l'avis d'une commission composée , à nombre égal , de protestants et de catholiques. Jusqu'à l'entière pacification, les deux religions devront conserver tous leurs droits anciens, une entière liberté de conscience et une égalité parfaite. Ferdinand, frère de l'empereur- et roi des Romains , ainsi que son fils Maximilien , prendront l'engagement solennel de faire valoir toutes les plaintes de la nation germanique contre les violations de ses libertés. Toutes les troupes devaient être licenciées de part et d'autre. Une amnistie générale devait être publiée. Le roi de France, qui avait secondé le rétablissement de la liberté religieuse en Allemagne, c'est-à-dire le triomphe de l'hérésie , était invité à faire connaître ses griefs contre l'empereur, pour participer ensuite à la pacification générale.

9. Charles-Quint ne signa ce traité qu'avec une profonde douleur. Les revers semblaient se multiplier pour faire contre-poids aux éclatants succès qui avaient si longtemps couronné ses armes» Le vainqueur de François Ier, le détracteur des pirates algériens, la terreur des Musulmans, le g.Wieux empereur qui occupait, depuis un demi -siècle , la renommée du bruit de ses triomphes, n'était plus qu'un monarque vieilli, infirme et malheureux. Aucun de ses rêves de grandeur ne se réalisait plus. Il aurait voulu léguer à Philippe II ; son fils , J empire , ses états héréditaires i' Espagne, les Pays-Bas, la Bourgogne, le Milanais, le royaume

CHÀMTKE r».

de Naples , la Sicile et le Nouveau-Monde, possessions immenses* «sur lesquelles le soleil ne se couchait jamais. » Il eut fallu pour «la que Ferdinand, son frère , depuis longtemps investi du titre de roi des Romains avec future succession à l'empire , se désistât de ses prétentions et de ses droits en faveur de son neveu. Il ne voulut pas y consentir. Cependant Henri II , roi de France , à la lavevir de son alliance avec les protestants d'Allemagne, avait sun^is à i'empire les villes de Toul, Metz et Verdun, qu'on nommait les Trois-Èvêchés. Charles-Quint essaya de les reprendre ; il n'y réussit pas. La fortune le trahissait de même en Italie où une révolte venait de lui faire perdre Sienne. L'empereur, en proie à tant de chagrin, se retira à Bruxelles. Accablé par ses ennemis, tourmenté par des infirmités qui ne lui laissaient pas un moment de repos, il tomba dans une sombre mélancolie et se déroba tellement à tous les regards , pendant plusieurs mois , que le bruit de sa mort se répandit dans toute l'Europe. La diète d'Augsbourg, de 1555, confirma cependant le traité de Passaw. Cette honte fut la dernière. Charles-Quint prit une résolution définitive. Les Etats des Pays-Bas s'assemblèrent par son ordre au mois d'octobre 1555. En leur présence, l'empereur, dans une harangue pompeuse, rappela toutes les phases de sa vie laborieuse et agitée, ses fréquentes expéditions en Italie, en Allemagne et en Afrique^ les guerres qu'il avait soutenues, les victoires qu'il avait remportées : il insista particulièrement sur le sacrifice qu'il avait fait de son temps , de ses plaisirs , de sa santé , pour défendre la religion et travailler à la paix publique. « Tant que mes forces me l'ont » permis, ajouta-t-il, j'ai porté le poids de ces accablantes charges ; » mais aujourd'hui, atteint d'une maladie incurable, mes infirmi- » tés m'ordonnent le repos. Le bonheur de mes peupl es, m'est plus » cher que l'ambition de régner. Au lieu d'un vieillard qui a déjà » un pied dans la tombe, je vous donne un prince dans la fleur de » l'âge, un prince doué de sagacité, actif et entreprenant. Quant à » moi, si j'ai commis quelques fautes, si quelques erreurs se sont » glissées dans le cours d'un si long règne , n>r les imputez qu'à * ma faiblesse. Votre ex-empereur vous prie de les lui pardonner» » Je conserverai à jamais une i ive reconnaissance de votre fidé- » lité ; votre bonheur sera le premier objet des vœux que j'adres*

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*> serai au Dieu tout-puissant à qui je consacre le reste de ma vie. » Se tournant ensuite vers Philippe II , qui s'était jeté à genoux et qui baisait la main de son père, il lui adressa les conseils les plus touchants sur les devoirs des princes , et le conjura de travailler sans relâche à la félicité de ses peuples. En finissant son discours, il bénit le jeune prince et le pressa fortement contre son sein ; épuisé de fatigue et vivement ému des larmes de l'assemblée, il retomba sans forces sur son trône qu'il venait d'abdiquer. Quelques mois après il envoyait, par le prince d'Orange , le sceptre et la couronne impériale à Ferdinand Ier, son frère, puis il s'embarquait pour les côtes de Biscaye et vint ensevelir son front découronné au monastère de Saint-Just, dans FEstramadure (1556). Ce fiit là que Charks-Quint voulut cacher, dans la solitude et le silence , sa grandeur, son ambition et tous ses vastes projets qui , pendant la moitié d'un siècle, avaient rempli l'Europe d'agitations et d'alarmes. Ses amusements se bornaient à quelques promenades à cheval, à la culture d'un jardin et à des ouvrages de mécanique. Il faisait des horloges, et, ayant éprouvé la difficulté de les accorder, il disait : « Quelle n'était pas ma folie , de vouldh- concilier » les intérêts des peuples et des empires, quand je ne puis réussir » à accorder seulement deux horloges ! » Sa mélancolie dégénéra bientôt en une austérité sombre et impitoyable. Il renonça dès lors aux plaisirs les plus innocents de sa retraite. Peut-être le regret d'avoir quitté le trône se mêla-t-il à ces accès de noire tristesse. D voulut célébrer lui-même ses propres obsèques. Il se fit élever an tombeau dans la chapelle du monastère • ses serviteurs et les moines s'y rendirent en procession, portant des cierges Sioirs; il les suivait enveloppé d'uu linceul. Un cercueil était prêt: on l'y étendit avec solennité en chantant sur lui l'office des morts. Il joignit sa voix , il mêla ses larmes et ses prières à celles des religieux. L'office terminé, on jeta l'eau sainte sur le cercueil, lî. foule découla et l'on ferma sur lui les portes de la chapelle. Chan«s alors se souleva du fond de sa bière et se retira dans son appartement , plein d'idées lugubres et d'images funèbres. L'impression de cette cérémonie lui fut mortelle. La fièvre le saisit le lendemain, et il expira, le 21 septembre 1558 , à l'âge de cinquante-neuf ans.

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