CHAPITRE IV. 1VS
10. Charles - Quint est un des plus grands princes de l'histoire moderne. Elevé par des hommes naturellement pacifiques , il montra dans ses premières années plus de talents pour l'admini* tration et la politique que pour la guerre. Dans sa lutte avec Frap çois I" et les protestants d'Allemagne t il fit voir qu'il n'était pa» moins grand capitaine qu'homme d'Etat. Plus capable de réflexiot que de résolution, il savait mieux concevoir un plan que l'exécuter. Si quelquefois il s'est trompé dans ses combinaisons politique* c'est qu'il ne calcula pas assez l'effet des forces morales et ne crut pas à la possibilité d'un héroïsme désintéressé. Le bonheur de ses armes le rendit entreprenant à l'excès. Habile dans la connaissance des hommes, il savait bien choisir ses ministres et ses généraux ; il se les attachait par ses bienfaits et son affabilité. Il avait sans cesse sous les yeux les écrits de Thucydide et de Tacite ; mais, au milieu du tumulte des passions et des événements, il ne put ou ne sut rester fidèle à leurs préceptes. Dissimulé, il ne vit ians l'histoire que des leçons de dissimulation, et confondit la politique avec l'art de tromper ses alliés comme ses ennemis. Méfiant, il n'accordait sa confiance qu'à peu de personnes. Ses revers et ses souffrances le rendirent opiniâtre , irascible et vindicatif. Son ambition était sans bornes. On lui a attribué l'idée d'une monarchie universelle , et si , par cette expression , on entend , non pas une domination immédiate , mais seulement une suprématie générale sur les Etats de l'Europe , il s'en fallut tellement que cette idée puisse être regardée comme une chimère, qu'elle sortait naturellement de la situation de Charles-Quint. Sa manière de vivre, comme celle de presque tous les grands conquérants, avait beaucoup de simplicité. Il parlait cinq langues : le flamand, l'espagnol, l'italien, le français et l'allemand ; il ne savait que peu de latin. La réunion des deux partis religieux, illusion de si politique, l'occupa toute sa vie. Absolu par caractère, il s'efforçait de secouer les entraves que lui imposaient les constitutions de ses états ; mais, s'il se permit quelques actes arbitraires , rien ne justifie les épithètes de tyran et de despote que l'esprit de parti lui a prodiguées.
Vi. Pendant que le protestantisme , à la suite des événements f jprenait d'effrayantes proportions en Allemagne, une heureuse ré-
ÎK jules m (1550-1555).
rolution , dont les résultats furent trop passagers , rétablissait en Angleterre la foi catholique. Le jeune Edouard YI était mort (1 553}„ après six ans d'un règne consacré à établir dans ses Etats la religion schismatique imposée par le tyran , son père. La princesse Marie Tudor, tille de Catherine d'Aragon et de Henri YÏÏI , fu* appelée au trône. Son arrivée à Londres ressembla à un triompha Elle avait èïé élevée dans les sentiments de la foi la plus pure. Le parlement, aussi empressé à seconder un gouvernement catholique qu'il s'était montré servile sous des princes favorables à Terreur, «e hâta de révoquer toutes les lois d'Edouard YI. Il annula l'acte le divorce prononcé autrefois entre Catherine d'Aragon et flenri Vin, et déclara leur mariage seul valide et légitime. Suppliée de se choisir un époux afin d'assurer à sa famille la perpétuité de la couronne, Marie se détermina à donner sa main à Philippe D, fils aîné et héritier de Charles-Quint, déjà veuf d'une première femme qui l'avait rendu père de plusieurs enfants. Cette alliance était un trait d'habile politique. Elle pouvait réunir sous la même domination la plus grande partie de l'univers chrétien et consolider le trône de Marie que Jeanne Gray, arrière-petite fille de Henri VII , cherchait déjà à lui disputer. L'ambition de Jeanne fut punie du dernier supplice. Le mariage de Philippe II et de Marie eut lieu à Londres, au milieu des transports de l'allégresse publique. Marie, en montant sur ie trône, s'était proposé, comme le premier objet de ses soins , le rétablissement de « cette antique » religion qui , pendant tant de siècles , dit le protestant Cobbet , » avait fait le bonheur et la puissance de l'Angleterre , et dont » la destruction a été pour le pays le signal de l'invasion , de la » discorde , de la misère et de tous les genres de calamités. » Le principal obstacle que cette grande œuvre rencontra , devait venir ie la multitude des détenteurs de biens ecclésiastiques , enrichis par le pillage des évêchés et des monastères. Depuis dix-huit an* que ces biens avaient été arrachés à leurs légitimes propriétaires, ils avaient été divisés et subdivisés à l'infini. Il fallut entrer en arrangement avec les nouveaux détenteurs. Cette transaction à l'amiable s'accomplit mieux qu'on n'aurait pu l'espérer. « Ainsi, » ajoute l'auteur que nous venons de citer, le monde entier put se » convaincre que la soif du pillage avait été le seul motif de la