CHAPITRE V
ik n'attendaient qu'une occasion. Or, le 1er mars 1562, le duc François de Guise, passant un dimanche à Vassy, petite ville de Champagne, s'y arrêta pour entendre la messe. Les huguenots (1) tenaient en ce moment leur prêche dans une grange voisine de l'église , et ils entonnèrent des psaumes à l'instant même où le prêtre montait à l'autel. Le duc les envoya prier de suspendre leurs chants qui nuisaient à la célébration de l'office divin. Mais ils n'en voulurent rien faire. Quelques gentilshommes de sa suite s'étant alors approchés du prêche par curiosité, ceux qui gardaient la porte s'imaginèreDt qu'on venait les braver. On s'injurie de part et d'autre , le tumulte augmente et prend les proportions d'une émeute. Le duc, au bruit qu'il entend, quitte l'église pour rétablir Tordre ; mais il est blessé lui-même à la joue. A la vue du sang qui coule, ses gens, devenus furieux , ne ménagent plus rien ; en vain le duc essaie de les arrêter : sourds à sa voix , ils fondent sur les huguenots, en tuent une cinquantaine et dissipent le reste. C'est là ce que les écrivains protestants ont appelé le Massacre de Vassy. Ils veulent faire passer pour un odieux guetapens un événement où tout, au contraire, fut fortuit. Quoi qu'il en soit, ce fut l'étincelle électrique qui répandit dans tout le royaume , le feu de la guerre civile. « César , disait le prince de » Condé, a franchi le Rubicon. » Les calvinistes coururent aux armes, s'emparèrent des plus grandes villes, Lyon, Rouen, Tours , Orléans , commettant partout des ravages et d'horribles profanations. Ils dévastaient les églises, renversaient les autels, pillaient les vases sacrés et les faisaient fondre ; ils brisaient le» images et brûlaient les reliques des saints. A Tours, ils n'épargnèrent pas même la corps de saint Martin , ces restes augustes, vénérés de la France et de l'univers entier. En plusieurs endroits, les prêtres et les religieux étaient massacrés. En Dauphiné, le trop fam u^ baron des Adrets, à la tête des calvinistes (1562), *© distingua par Am ft$t§§ inouis de férocité. Toutes ces horreurs s'étendaient sur lg§ deux; tiers de la France. Dans cette première guerre civile ? le roi de Navarre, Antoine de Bourbon, réuni.
(1) Ce fut a T-POque; dg ta. conjuration d'Amboise que let calvinistes fure* ^pelés Huguenots. Parmi les (fover&s étymologies de ce mot, la plus probaïiie jprait être Eignosten, expression allemande qui signifie Cm(idéré*
106 pie nr (1559-1565).
comme nous l'avons vu, à la cause catholique, mourut d'une blessure au siège de Rouen (1562) (1) . Le prince de Condé , à la tête d'un renfort de réformés allemands, marchait sur Paris oour le surprendre. Mais il rencontra à Dreux l'armée catholique, commandée par le connétable Anne de Montmorency et le duc de Guise (1 9 décembre 1562). La victoire resta à ces deux généraux. Les protestants se déshonorèrent par l'assassinat du maréchal de Saint- André, Jacques d'Albon, qui se trouvait au nombre de leurs prisonniers; tandis que le duc de Guise, victorieux, partagea sa table et son lit avec le prince de Condé , son captif. La guerre continua, sous les auspices de Coligny, qui, maître d'Orléans, en avait fait le boulevard des calvinistes. Le duc de Guise, nommé, par Catherine de Médicis, lieutenant général du royaume, résolut de faire un dernier effort pour abattre les rebelles et courut investir la ville que défendait l'amiral. Il en poussa le siège avec sa vigueur ordinaire, et déjà l'un des faubourgs était en son pouvoir lorsqu'il fut assassiné, d'un coup de pistolet, par Jean Poltrot de Méré, gentilhomme calviniste. (2), et mourut en demandant grâce pour son meurtrier. Ainsi périt (18 février 1563) François de Guise « le plus grand homme de son siècle, de l'aveu même de » ses ennemis, » dit le célèbre historien de Thou. Le pardon qu'il avait voulu accorder à Poltrot ne fut point ratifié par la cour. L'assassin, interrogé, chargea Coligcy : l'amiral entreprit de se défendre ; mais les deux apologies qu'il publia ne réussirent point à laver sa mémoire de cette infamie. La mort du duc de Guise força la reine à traiter avec les rebelles. L'édit d'Amboise (19 mars 1563) accordait aux calvinistes une amnistie générale pour tout le passé, la liberté de conscience et l'exercice public de
(i) M. Blanc, t. il, p. 305,306.
(2) Au siège de Rome , le duc de Guise avait été, une première fois, victime d'une tentative d'assassinat dirigée contre sa personne par un calviniste. Le meurtrier fut saisi et amené devant le prince, qui lui demanda s'il, lui avait donné, aans le savoir, quelque raison de le haïr et d'attenter à sa vie. Celui-ci troua qu'il n'avait, dans cette entreprise, consulté que l'intérêt de sa religion. « Eh bien ! lui dit le duc, si ta religion t'oblige de tuer un homme, qui, de ton t propre aveu, ne t'i jamais offensé, la mienne m'ordonne de te pardonner; juge, » quelle est U meilleure des deux. » Et immédiatement il le fit mettre en li* fctrtl