CHAPITRE V
leur culte dans une ville de chaque bailliage. Les hostilités ne recommencèrent pas moins en 1567. L'amiral de Coligny et le prince de Condé formèrent le projet d'enlever le roi, qui se trouvait alors à Monceaux, en Brie. Charles IX et Catherine de Médicis en eurent avis et se retirèrent d'abord à Meaux ; mais ils en partirent le lendemain avant le jour, et prirent le chemin de la capitale, escortés d'un corps d'infanterie suisse. Cette troupe ^ commandée par le connétable Anne de Montmorency, fit si bonne contenance, que le prince de Condé , n'osant l'attaquer ouvertement, se contenta de la harceler pendant la marche, qui fut longue et pénible. Le jeune monarque, qui n'avait que dix-sept ans, resta seize heures à cheval sans manger. Insensible à la faim comme à la fatigue, il animait lui-même son escorte. « Courage, » mes amis, leur disait-il, j'aime mieux mourir avec vous, libre » et roi, que de vivre captif. » Rien ne l'aigrit tant contre le parti calviniste que cet odieux complot, tramé contre sa personne ; il ne l'oublia jamais (29 septembre 1567). Alors commença la seconde guerre civile. Les réformés avaient pris leurs mesures. Dès le même jour, ils s'étaient emparés d'Orléans, et leur fureur n'avait pas épargné la cathédrale, respectée dans les premiers troubles. Cependant on entama des négociations infructueuses, et le 25 octobre suivant, l'armée royale en vint aux mains avec les rebelles qui s'étaient portés dans la plaine de Saint-Denis , comme pour braver le prince jusqu'aux portes de sa capitale. La victoire resta aux catholiques, mais elle coûta la vie au connétable de Montmorency. Investi de toutes parts, le héros n'avait pas voulu se rendre. Renversé de cheval, criblé de blessures, il criait aux siens qui venaient le secourir : « Poursuivez l'ennemi , ne perdez point » votre temps près de moi : je veux mourir sur le champ d'hon- » neur. » On lui accorda les honneurs de la sépulture royale ; et la France pleura sa mort comme celle d'un sauveur et d'un père. Catherine de Médicis, profitant de la victoire de Saint-Denis, parvint à négocier la paix avec les rebelles. Les conventions en furent signées à Long jumeau, le 27 mars 1568. Elle ne pouvait être qu'une courte trêve, au milieu de l'exaspération générale qui régnait dans les partis. Aussi le peuple la nomma pittoresquement la paix boiteuse ou la paix mal assise, par allusion aux
138 s. pie v (1566-1572).
deux plénipotentiaires de Charles IX , Gontaut de Riron, qui était boiteux, et de Mesme, seigneur de Malassise. Cependant le pontificat de Pie, IV venait de s'achever à Rome. Dieu lui réservait n successeur digne de continuer son œuvre (9 décembre 1565).
§ Z. Pontificat de saint Pie V H janvier 1566-ler maj 1572).
14. La papauté allait voir resplendir un nom à jamais glorieux dans les annales de l'Eglise, une mémoire aussi chère aux fidèle» catholiques que redoutable aux ennemis de la foi Le concile de Trente avait formulé la magnifique théorie de la grande Réforme religieuse ; saint Pie V va se charger de la faire passer dans les mœurs, et de l'appliquer dans toute son étendue. « Le seizième * siècle, dit M. le comte de Falloux (1), fut traversé tout entier » par trois politiques bien distinctes : la politique protestante qui » s'agite convulsivement dans le désordre intellectuel et social; » la raison d'État des souverains, qui argumente, combat ou plie, » selon les chances accidentelles du moment ; la résistance de l'É- » glise, qui invoque des principes éternels et divins. » Saint Pie V fut l'hommeje la résistance catholique. Il dévoua son pontificat à cette glorieuse tâche. En France, il soutint de ses conseils, de son autorité, de ses trésors, la cause de la vraie foi contre les efforts des schismatiques. En Angleterre, il prit ouvertement la défense de Marie Stuart, cette innocente victime des vengeances sanguinaires de la protestante Elisabeth. Dans les Pays-Ras, il seconda les mesures d'ordre et de répression ordonnées contre les Gueux, par Philippe II, roi d'Espagne. Enfin il couronna cette carrière <te luttes extérieures par l'alliance contre les Turcs et la glorieuse victoire de Lépante. A l'intérieur, il réforme l'administration ecclésiastique ; rétablit l'unité de la liturgie ; proscrit les erreurs de Raïus; s'élève, comme un rempart d'airain, contre la corruption des mœurs ; travaille avec un zèle infatigable à la répression des abus, des désordres et des crimes. Son règne est un continuel combat : le souffle de saint Grégoire VII et d'In* nocent III anime toute sa conduite et inspire tous ses actes, replace le souverain pontificat à ce rang élevé d'où il domine
(I) Histoire de saint Pie V (2 yoI. in-8°, Angers, 1844), t. i, p. 248.