‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 166 sur 332 · chapitre vin · texte numérisé non relu

chapitre vin

cerf, dit en plaisantant sur l'interdit qui frappait son royaume : « Cet animal se portait bien et pourtant il n'a jamais entendu la » messe. » Dans sa fureur contre le Pape et contre les princes chrétiens, il chercha un allié chez les Maures d'Espagne. Il envoya des députés à l'émir Al Moumenin, Mohammed-Be ri- Nasser, lui promettant de le reconnaître pour son suzerain , s'il voulait l'aider dans sa lutte contre le PapL Quand les députés anglais se présentèrent devant lui, l'émir ferma un livre qu'il tenait à la main : « Je lisais , dit-il , un ouvrage grec d'un sage » chrétien, nommé Paul, dont les actions et les paroles me » plaisent fort. Le seul reproche que j'aie à lui faire, c'est d'avoir » abandonné la religion dans laquelle il était né. J'en dis autant » du roi d'Angleterre , qui , par Constance , veut quitter la loi » chrétienne, si sainte et si pure. Dieu m'est témoin que si » j'étais sans religion, je choisirais celle-là de préférence. Votre

* maître est un misérable et un lâche, il est indigne de mon » alliance. » Innocent III, voyant l'opiniâtreté de Jean Sans- Terre, l'excommunia enfin nominativement, le déclara déchu du trône, et délia tous ses vassaux et sujets du serment de fidélité. Le Pape donnait en même temps la couronne d'Angleterre à Philippe-Auguste, et chargeait ce prince d'exécuter la sentence Le roi de France accepta. Une flotte de dix-sept cents voiles fut réunie à l'embouchure de la Seine. Philippe- Auguste allait ressusciter Guillaume-le-Conquérant. Le lâche Jean Sans-Terre , à la nouvelle de ce prodigieux armement, se soumit enfin. « Du » consentement de nos barons, écrivit-il au Pape, de notre » propre mouvement et pleine liberté, sans y être forcé par au-

* cune violence ni contrainte, nous remettons notre personne et » nos Etats , nos royaumes d* Angleterre et d'Irlande au souve- » rain Pontife et à ses successeurs catholiques , afin de les recela voir de nouveau de leurs mains, en qualité de vassal de Dieu » et de l'Eglise romaine. » La satisfaction était complète; Innocent III l'agréa; l'entreprise du roi de France n'eut pas d'autres «uites. Mais Jean Sans-Terre, humilié, furieux, tourna toute sa vengeance contre Philippe-Auguste; il lui suscita des ennemis dans tous les royaumes de l'Europe. L'ex-empereur Othon IV, les ducs de Saxe* de Lorraine et de Brabant, les comtes de

Hollande et de Limbourg, à la tête d'une armée de plus de 60,000 combattants, entrèrent en France par Tournay. Philippe n'avait que 55,000 hommes à leur opposer; mais c'éta1* l'élite de la noblesse française, commandée par des chefs tels que le duc de Bourgogne, le comte de Saint-Paul, Mathieu de Montmorenc> . et le brave chevalier de l'Hôpital, frère Guérin, évoque nommé de Sentis, qui assistait à la bataille, san» *pée ni lance, mais dont le conseil valait une armée. La victoire de Bouvines répondit à leur valeur. Philippe-Auguste, plus miissant que jamais, devint un objet d'admiration pour l'Europe vaincue. Othon IV alla mourir, sans gloire, dans son duché de Brunswick. Jean Sans-Terre retourna dans ses Etats, et se fit détester de ses barons, qui le forcèrent, en 1215, de souscrire la Grande- Charte , base des libertés anglaises. Le roi parjure ne tarda pas à violer ses serments. Les barons se révoltèrent de nouveau, et déférèrent la couronne à Louis de France, fils de Philippe- Auguste. Jean Sans-Terre mourut, digne de son nom, au moment où le prince français prenait possession de Londres (1216). 15. Dès le commencement de son pontificat, la pensée d'une nouvelle croisaJe avait préoccupé Innocent III ; il voulait reconquérir la Palestine , que les armes du puissant Saladin avaient récemment enlevée aux Latins. Foulques, curé de Neuilly-sur- Marne, se fit le prédicateur de la quatrième croisade, et trouva, pour soulever les populations, quelques-uns des accents d'éloquence de Pierre l'Ermite. Les principaux chefs des Français étaient Baudoin IX, comte de Flandre, Gauthier et Jean de Brienne, Mathieu de Montmorency (1), Simon de Montfort, dont le nom était appelé à tant de célébrité, Geoffroi de Villehardonin, maréchal de Champagne, qui a si pittoresquement et s fidèlement retracé les exploits de cette expédition; Boniface Tls marquis de Montferrat , qui fut proclamé généralissime. Entreprise avec une louable ardeur, cette expédition ne tarda pas à être détournée de son but , par des motifs complètement étran-

(1) Mathieu de Montmorency « était, dit Villehai douin, fun des meilleurs che» 9 valiers du royaume de France , l'un des plus estimés et des plus ornés. » I! ne devait pas revoir sa patrie. Quand la mort vint le frapper, sous les murs df Consta&hneple, « ce fut un grand deuil pour l'armée. »

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