‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 168 sur 332 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

dans sa fuite, fut précipité du haut de la colonne de Théodose. Six nobles Vénitiens et six électeurs Francs, les Avéques de Soissons, <ie Troyes, d'Halberstadt, de Bethléem, de Ptolémaïs et l'abbé Tlrerry de Loos furent chargés de donner un maître à la nouvelle conquête. Leurs suffrages s'arrêtèrent sur le comte de Flandre, qui fut sacré solennellement à Sainte-Sophie (23 mai 1204), et inaugura l'empire latin de Constantinople sous le nom de Baudoin lw . Le royaume de Thessalonique ou de Macédoine fut érigé m faveur de Boniface, marquis de Montferrat, le régime fèudal iut appliqué aux provinces conquises; on proclama la réunion définitive de l'Eglise grecque et latine. Cependant deux simulacres d'empire grec se fondaient : le premier à Nicée, sous Théodore Lascaris; le second, sous David Conmène., à Trébizonde. Ces royautés de l'exil inquiétaient fort peu alors les croisés triomphants. Innocent III avait pleuré de douleur en voyant la Terre-Sainte oubliée pour des conquêtes étrangères au vrai but de l'expédition. Après la prise de Constantinople, il ne songea plus qu'à assurer l'autorité du Saint-Siège en Orient. Malheureusement l'empire latin de Constantinople, seul fruit de la quatrième croisade , ne devait subsister qu'un demi-siècle , et sa mute replongea l'Orient dans le schisme.

17. Le Pape n'avait pu envoyer les chevaliers d'Occident combattre les Sarrasins en Palestine; mais il réussit à former uue ligue puissante contre les Maures d'Espagne. A sa voix Pierre II, roi d'Aragon, Alphonse IX, roi de Castille, Sanche VII, roi de Navarre, oubliant leurs querelles particulières, réunissent leurs efforts contre l'émir Mohammed. La fameuse victoire de Las Navas de Tolosa, comparable, pour ses résultats, à la bataille de

la cathédrale d'Amiens, sa patrie, les reliques dont la Providence l'avait rendu possesseur. Les princes et les barons ne dédaignèrent pas ces saintes dépouilles. Dandolo ayant eu en partage un morceau de la vraie croix, que l'empereur Constantin faisait porter devant lui à la guerre, en fit présent à la république de Venise. Baudoin garda pour lui la couronne d'épines de Jésus-Christ et plusieur» autres reliques trouvées dans le palais de Bucoléon. 11 envoya à Philippe-August* uft morceau de la vraie croix , qui avait un pied de long , les cheveux de Jésus- Cairist enfant, et le linge dont l'homme-Dieu fut envelonoé dans l'étabie *tf d naquit.

118 INNOCENT m (1198-1216).

Poitiers, couronna les princes confédérés d'une gloire immortelle {1212). Elle porta à la domination musulmane d'Espagne un cou^ dont elle ne se releva jamais.

18. Pendant que les armes catholiques allaient combattre sur les frontières de l'Europe les ennemis de la foi , au sein même de la France uiip confédération puissante par le nombre , forte de sa haine, se préparait à ruiner à la fois toutes les croyances, tous les principes religieux, la civilisation et les mœurs. Les Albigeois, assemblage monstrueux des sectes si souvent condamnées sous les noms divers de Cathares, de Patarins, de Vaudois, etc., s'étaient perpétués dans le Languedoc malgré les foudres de l'Eglise et l'horreur que leurs désordres inspiraient à toutes les consciences honnêtes. 11 s'est trouvé de nos jours des historiens qui ont voulu réhabiliter les Albigeois et les faire passer pour des martyrs de la liberté de conscience et de l'indépendance religieuse. La vérité est que ces sectaires n'ayant d'autre principe que celui de la négation de toute autorité, de toute hiérarchie, de toute morale obligatoire, étaient réellement les précurseurs des divers systèmes socialistes qui se sont reproduits à toutes les époques de l'histoire. Les Albigeois parcouraient les villes et les campagnes , pillant les églises , brûlant les prêtres, dévastant les monastères, outrageant et profanant les choses saintes. Cette armée dévastatrice eût promptement disparu devant l'indignation publique soulevée par ses forfaits, si elle n'eût trouvé un chef puissant et un protecteur avoué dans l'ambitieux Raymond, comte de Toulouse. Ce prince, par un calcul politique facile à comprendre, crut grandir sa puissance de tout ce qu'on retrancherait au pouvoir spirituel, et augmenter ses domaines de tous les biens qu'on arracherait à l'Eglise. Ce furent plus tard les mêmes motifs qui déterminèrent les princes allemands à embrasser la cause du protestantisme. Mais Raymond VI devait être victime de cette politique odieuse. La portée de ce mouvement révolutionnaire ne pouvai échapper à la vigilance d'Innocent III. Ce grand Pape allait entrer dans ta lutte, et, comme toujours, il devait en sortir victorieux. Il voulut d'abord essayer de l'apostolat, faisant ainsi précéder la justice par la miséricorde. Il nomma Pierre de Cas'elnau, son légat en

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JLaiigjaecloe, et lui adjoignit des missionnaires cfe l'ordre de Ci— teaux. L'^vêque d'Osma, Diego, accompagné d'un chanoine régulier de sa cathédrale, dont le nom devait être à jamais dlustre, saint Dominique, vint volontairement partager les fatigues de cette mission. Les hommes de Dieu parcoururent, nu-pieds, les principales villes du Languedoc , prêchant partout I& foi catholique et faisant respecter leur, doctrine par l'exemple des plus hautes vertus. Les conversions opérées par leur zèle attirèrent sur eux la vengeance des principaux sectaires. Pierre de Castelnau avait dif souvent : « La cause du Christ ne refleurira » point dans ces contrées jusqu'à ce qu'un des missionnaires ait » versé son sang pour la foi, Puissé-je être la première victime » de la persécution ! » Ce vœu héroïque allait être exaucé. Le 5 janvier 1208, deux officiers de Raymond de Toulouse atteignent le légat sur les bords du Rhône , et l'un d'eux le frappe mortellement d'un coup de lance, le saint martyr tomha en s'écriant à plusieurs reprises: « Seigneur, pardonnez-lui comme je lui pardonne ! » On peut facilement se représenter l'impression produite dans toute la France à cette horrible nouvelle. L'indig nation publique chargea Raymond VI de cet exécrable attentat. S'il ne fut pas juridiquement convaincu, il fut du moins, suivant l'expression d'Innocent IH, « très fortement suspect » , valdè suspectus , car il accueillit à sa cour les meurtriers du saint martyr. Le Pape écrivit aussitôt une lettre énergique adressée « aux » nobles horaa>es, comtes, barons, seigneurs et chevaliers des » provinces de Toulouse, Narbonne, Arles, Embrun, Àix et * Vienne. » 11 y déclarait Raymond VI excommunié, ses vassaux et ses Sujets déliés du serment d'obéissance, sa personne et ses terres mises au ban de la «chrétienté. Il enjoignait à tous les fidèles de prendre les armes contre l'ennemi de l'Eglise, et accordait pour cette expédition les mêmes indulgences que pour les autres croisades. La France catholique répondit à son appel en envoyant 40,000 hommes combattre le tyran. r<es Sarrasins n'étaient plus seulement à Jérusalem , ils n'étaient plus seulement uans les provinces méridionales de l'Espagne; ds occupaient le plus riche territoire de la France , sous un prince qui avait la cruauté <at, la mollesse des émirs de l'Orient» Le corn-

mandement général de ia croisade contre les Albigeois fut donné à Simon de Montfort . aussi brave soldat que capitaine babile 9 Vxvi des plus beaux types de la chevalerie du temps. Simon d* Montfort descendait de la maison de Hainaut; il avait épousa AJice de jlontmorency , femme héroïque comme son nom. On ne pouvait choisir un guerrier plus hardi , ni un chrétien plui fidèle. Il joignait la bravoure de Richard Cœur-de-Lion à la piété d'un religieux. La prise de Béziers, de Carcassonne. signala sa valeur. Les comtés, enlevés aux hérétiques, furent dévolus au chef de la croisade. Toute la campagne (de 1209 à 121 3) fut un« suite d'attaques de villes et de châteaux, etPétendard de la croix fut promené en triomphe dans tout le Languedoc. Raymond VI, partout vaincu, appela à son secours Pierre II, roi d'Aragon, son beau-frère. 100,000 hommes vinrent présenter la bal aille à Simon de Montiurt. Ce fut le moment sublime de la vie du héros chrétien. Il n'avait, sous ses ordres, qu'environ 25,000 soldats; mais Dieu combattait pour lui. Le matin du combat il déposa son épée sur l'autel : « Seigneur, dit-il, c'est de vous que je veux » aujourd'hui recevoir mes armes, puisse c'est pour vous que » je vais combattre. » La victoire de Muret (1213) récompensa tant de foi. Le roi d'Aragon tomba mort dans la mêlée. Son armée prit la fuite; la cause du comte de Toulouse était perdue. Les Albigeois luttèrent encore quelque temps pour s'éteindre sans retour sous le règne de saint Louis.

19. Simon de Montfort avait été le héros de la conquête; saint Dominique fut le héros de la conversion. Dieu l'avait choisi pour être le père d'une génération de saints. Ses armes, contre les Albigeois, furent une charité immense, un dévouement inépuisable, une éloquence persuasive et des prières ferventes. Plein de dévotion pour la Vierge immaculée, a qui a vaincu » toutes les hérésies, dans la suite des siècles (1), » il eut recours à elle pour en obtenir le succès de sa mission contre des héré«< tiques obstinés. Sa confiance en Marie se traduisit par l'institution du Rosaire, humble et pieuse prière qui a répandu tai de grâces et de bénédictions sur le monde. Les luttes conti«

Hl • vSoia cuncias haereses interemisti in universo mundo. • {Brev. rem.)

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