‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 169 sur 332 · CHAPITRE VH · texte numérisé non relu

CHAPITRE VH

Quelles avec les Albigeois, firent comprendre à saint Dominique la nécessité d'un apostolat permanent au sein de l'I^lise. ï'i réalisa cette pensée en fondant un nouvel ordre religieux exclusivement voué à la prédication. Les frères prêcheurs, ou Dominicains, furent donc établis, sous la règle de saint Augustin, avec les modifications particulières nécessitées par leur vocation spéciale. Les ordres militaires défendaient l'Eglise par leur épée, les frères prêcheurs la défendirent par la parole. L'expérience a prouvé la haute sagesse du fondateur. La plupart des ordres religieux ont subi avec le temps des réformes qui les ont partagés en divers rameaux : celui des Dominicains a traversé, toujours un, les vicissitudes de six siècles d'existence. Il a poussé, dans tout l'univers, ses branches vigoureuses, sans qu'une seule se soit jamais séparée du tronc qui l'avait nourrie. La France, de nos jours, a revu les fils de saint Dominique dignes de leur père ; elle a béni leurs vertus et salué de ses acclamations leurs voix éloquentes.

20. Une autre colonne de l'Eglise s'élevait alors en Italie. Un jeune homme de la ville d'Assise, élevé dans les douceurs de l'opulence, entendit un jour ces paroles de l'Evangile : « Ne * portez ni or ni argent, ni aucune monnaie dans votre bourse. * Ce fut pour lui comme une apparition de la riche et noble pauvreté évangélique. « Voilà ce que je cherche, s'écria-il, voilà ce » que souhaite mon cœur; » et aussitôt saint François d'Assise (1), car c'était lui, jeta sa bourse et son bâton, quitta ses souliers, prit une tunique grossière, se ceignit d'une corde, et alla prêcher la pénitence, à ses concitoyens. Dès ce jour (1208), l'ordre des Frères mineurs était fondé. Les disciples de saint François, en embrassant la pauvreté de l'Evangile, répondaient noblement aux déclamations des Vaudois contre le luxe de l'Eglise. Appelés à vivre avec le peuple, à se contenter d'aumônes, à supporter les plus rudes fatigues, leur mission était de réconcilier le peuple avec la foi, de lui donner l'exemple de la patienci

(1) La vie merveilleuse de saint François d'Assise, l'histoire d^ stigmates sacrés de la Passion, que Dieu voulut imprimer sur le corps de son serviteur, ont été écrites avec autant d'élégance que d'érudition par M. Ghavin de MalàN, Tout le monde connaît Y Histoire de saint Dominique, par le P. Lacordaire. m. 21

322 innocent m (1198-1216).

chrétienne, du dévouement et de l'abnégation. La règle que leur donna saint François pourrait s'appeler la grande charte de la pauvreté. Innocent III approuva le nouvel institut. « Ce pauvre, p disait-il en parlant du saint fondateur, est la colonne destinée * à sor>nn l'Eglise. » Ce que saint François venait de faire pour îe*> hommes, mainte Claire le fit pour les femmes. L'ordre religieux qu'elle institua prit le nom de Pauvres Clarisses (1212), et reçut une règle des mains de saint François. Un tel amour de la pauvreté évangélique s'étai* emparé des âmes que tous les fidèles voulaient participer aux grâces et aux faveurs spirituelles de ce renoncement parfait. Pour répondre à ce besoin unanime, saint François fut obligé d'instituer, en faveur des personnes du monde , un tiers-ordre , auquel il prescrivit certaines règles de mortification et de pénitence, qui introduisaient dans la vie séculière quelque chose de la régularité du cloître. Heureux âge de l'Eglise où ce n'était point l'esprit du monde qui envahissait les monastères, mais où l'austérité des monastères pénétrait jusqu'au milieu du monde pour y faire éclore des fruits de salut et de sainteté. Les deux ordres des Franciscains et des Dominicains formèrent avec ceux des Carmes et des Augustins, ou Ermites de saint Augustin, ce qu'on appela les Quatre ordres mendiants. La France, depuis près d'un siècle, déshéritée de leurs vertus, les voit aujourd'hui fleurir de nouveau dans son sein Lors de leur première apparition dans le monde, au xii* siècle, ils furent salués par la reconnaissance et l'admiration publiques; et le douzième concile général, quatrième de Latran, allait leur donner une consécration solennelle.

21. Innocent III avait voulu couronner les actes glorieux de son pontificat par une réunion solennelle des grandes assises de l'Eglise catholique au palais de Latran. L'Orient et l'Occident représentés par 412 évêques, tous les patriarches en personne, ou par leurs légats; les principaux chefs d'ordre, une multitude d'abbés, de prieurs; les députés d'une infinité de collégiales et de chapitres; les ambassadeurs des empereurs d'Allemagne et de Constantinopte; ceux de tous les souverains de la catholicité; en ttn mot, tout ce que le monde chrétien comptait de plus illustre et de plus érudit s'y trouva rassemb1^, sons la présidence de

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1* immortel Pontife. Les questions dogmatiques, qui y furent traita, étaient reluti ires aux points attaqués par les Albigeois^ les'Vaudois, Patarins, etc.; on y renouvela les condamnations si souvent portées contre eux. Raymond VI, comte de TouWse, accompagné du jeune prince son fils, vint faire sa soumission entre les mains d'Innocent III, qui le reçut avec bonté et lui rendit ses Etats. La politique que le grand Pape avait fait prévales? en Europe fut approuvée et confirmée sur tous les points. Jusque-là, l'Eglise romaine avait toujours refusé au siège de Constantinople le titre de patriarchat, malgré les instance! réitérées des empereurs grecs et les ambitieuses prétentions des titulaires. La fondation du nouvel empire latin deByzance, et la réunion de l'Orient à l'Eglise romaine, avaient changé l'état dei choses. Innocent III donna aux évêques de Constantinople le second rang parmi les patriarches, immédiatement après celui d'Antioche. L'œuvre sans contredit la plus remarquable du concile de Latran, douzième général, est la partie disciplinaire qui embrassa, dans un ensemble complet de règlements, tous le» besoins de l'Eglise. Les bases de la grande réforme opérée par saint Grégoire VII reçurent une nouvelle consécration; et l'on peut dire que le génie de ce grand Pape inspira , par .la voix d'Innocent III, cette auguste assemblée. Les désordres des clercs furent solennellement flétris par un canon spécial qui établissait le célibat ecclésiastique comme la sauvegarde et la colonne de la foi, de la morale, etc. Les élections simoniaques, les abus persistants encore dans les tribunaux ecclésiastiques, furent condamnés sévèrement, et l'on prévint leur retour par des règlements pleins de sagesse. — Un décret important, et dont il convient de préciser exactement le sens, fut rendu par les Pères de Latran , au sujet de la confession annuelle et de la communion pascale. Jusqu'à cette époque, la ferveur des fidèles, qui s'approchaient fréquemment des sacrements, avait rendu inutile une loi de ce genre. Nous avons vu que les chrétiens des premiers siècles participaient aux saints mystères, toutes les fois qu'ils y assistaient, Peu à peu le relâchement s'introduisit dans les mœurs, et queiqnes chrétiens indignes de ce nom laissaient écouler un laps de temps considérable , sans aller puiser les forces spirituelles de

la grâce divine dans les sacrements qui en sont les canaux. Ce fut ce^ motif qui détermina le concile de Latran à formuler ce canoh célèbre par lequel, sous peine d'excommunication,-' il enjoignait à tous les fidèles, de l'un et de l'autre sexe, de recevoir le sacrement de pénitence, et de communier au moins une fois Tannée, au temps de Pâques. Quelques hérétiqàes ont prétendu que, par cette ordonnance, le concile avait introduit une coutume nouvelle , et que jusqu'au xme siècle l'obligation de communier n'existait pas. Cette erreur a été reprise et répétée par les philosophes et les incrédules de nos jours. La notion la plus vulgaire de l'histoire ecclésiastique suffit pour repousser cette calomnie. — Pour perpétuer et répandre la discipline vigoureuse qu'ils voulaient faire prévaloir, les Pères de Latran ordonnèrent pour chaque année la tenue des conciles provinciaux. Ils pensaient avec raison que les erreurs ou les abus ne pourraient échapper, par ce moyen, à la vigilance des évêques, réunis fréquemment dans ces saintes assemblées, et inspirés par l'Esprit- Saint, selon la promesse de Jésus-Christ : « Toutes les fois que » vous serez rassemblés en mon nom , je serai au milieu de » vous. » Comme corollaire des conciles provinciaux, les Pères de Latran ordonnèrent la réunion triennale des chapitres dans les monastères et dans les écoles des cathédrales , pour que tous les membres du corps de l'Eglise pussent profiter du même avantage de réforme intérieure et de l'uniformité de discipline qui devait animer tout l'ensemble. Enfin, on fixa au 4e degré de parenté l'empêchement pour le mariage ; et ainsi se trouva terminée la législation canonique qui fait la gloire de cet immortel concile (1215).

22. Le Pape avait dirigé les travaux du concile avec sa vigueur accoutumée et une infatigable activité. On eût dit qu'il se bâtait d'achever son œuvre. Il ne survécut pas longtemps à ce dernier acte d'un pontificat si fécond en grandes choses. L'Europe tout entière était soumise à sa domination. Il avait donné k titre de roi au chef des Bulgares, Primislas, prince de Bohême; à Piert^ d'Aragon, qui vint lui faire hommage de ses Etats, et qui voulut être couronné de sa main. Jamais la Papauté n'avait rayonné d'un plus puissant éclat sur le monde. La mort d'Inno-

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