CÉLESTIN V
rent de larmes II fallut l'arracher de force à sa chère solitude, et le sacre» malgré lui à Aquilée (29 août 1294). Il prit le nom de Célciin V. Arraché tout à coup aux extases de la contemplation, étranger au monde, à son mouvement, à ses passions, l'expérience des hommes lui manquait. Pendant qu'enfermé dans une cellule qu'il s'était fait construire à l'intérieur du palais, il vaquait à l'oraison et à la méditation des choses célestes, tout était en désordre dans le gouvernement de l'Eglise. Les mêmes grâces étaient accordées à deux, trois et même quatre personnes à la fois , et l'on employait à ces trafics scandaleux des parchemins marqués en blanc du sceau pontifical. Charles-le-Boiteux obtint un décret , qui le déliait du serment exigé de lui par les cardinaux, de ne point retenir la cour romaine dans les Etats napolitains. A son insu, Célestin V livrait ainsi le pouvoir pontifical aux mains de l'astucieux monarque. Les hommes sensés gémissaient d'un pareil état de choses. Leurs plaintes parvinrent aux oreilles du Pape. Il n'avait accepté le souverain pontificat que pour ne pas se montrer rebelle à la volonté de Dieu. Il crut entendre , dans ces voix accusatrices , l'expression de la même volonté divine, qui l'avertissait de déposer un fardeau trop lourd pour ses épaules. Le 13 décembre 1294, le sa it Pape convoqua les cardinaux à un consistoire solennel. Il parut devant eux, revêtu de tous les ornements pontificaux, et lut à haute voix l'acte de sa renonciation au Saint-Siège. Se dépouillant ensuite des insignes de la Papauté, il reprit le modeste habit de l'ermite Morone , et prit congé de l'assemblée , qui l'accompagnait en fondant en larmes et en recommandant à ses prières le veuvage de PEglisfe. Son abdication terminait la cinquième époque de l'histoire ecclésiastique.