‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 214 sur 332 · CHAPITRE X. élt · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. élt

d'atroces souffrances. Les Trinitaires, qui échangèrent plus tard ct> nom pour celui de Pères de la Merci, parce qp'ih se placèrent sous la protection de Notre-Dame-de-la-Merci {de Mercede) , s'étaient voués , au commencement du xme siècle , au rachat des chrétiens captifs chez les infidèles. — A côté de ces milices pacifiques du cloître, des hôpitaux, des léproseries, des œuvres de charité de tout genre , nous avons vu se former à la suite des croisades, les ordres militaires qui défendaient de leur épée la foi que leurs frères faisaient briller a l'ombre des solitudes. La vie chrétienne se développait ainsi sur toutes les plages , sous toutes les bannières , partout où la charité trouvait une larme à sécher, une blessure à guérir, une douleur à soulager. Pour mieux faire comprendre à notre siècle frivole et léger, la vie intérieure et les habitudes saintes d'un monastère au xnf siècle, nous empruntons à un chroniqueur contemporain , un passage souvent reproduit. Ce tableau ne ressemble guère aux calomnieux récits qu'une philosophie hostile a popularisés pour dénigrer ces héros de la solitude et flétrir leur mémoire. « Je passai huit » mois à Marmoutiers , écrit Guibert de Gemblours , et j'y fus » accueilli non comme un hôte, mais comme un frère. Les » haines, les jalousies, les animosités, sont inconnues dans ce » paisible séjour; la loi du silence, observée avec exactitude et » maintenue avec une prudence paternelle , les en bannit à ja- » mais. Un coup-d'œil de l'abbé suffît pour rappeler la règle, et d en prescrire l'observation. Les charges sont exercées par des » religieux d'une vertu éprouvée. Où trouver plus de recueille- » ment aux offices , plus de piété dans la célébration des saints » mystères, plus de bienveillance et de charité pour les étran- » gers? La modestie, la douceur, le calme d'une bonne cons- » cience régnent sur tous les visages; on respire en ce lieu la » véritable paix de Jésus-Christ. La déférence, les égards mu- » tuels maintiennent une harmonie céleste, le fort supporte le » faible, le supérieur se dévoue au service des inférieurs qui lui y> rendent en reconnaissance et en respects sincères, ce qu'il leur * donne de sollicitude et de soins. C'est ici que le chef et les d membres forment véritablement un seul et mune corps. Les » souvenirs du wonde sont restés à la porte du monastère: nul

4 là RÉSUMÉ DE LA CINQUIÈME ÉPOQUE.

» ne se vante de sa naissance, des emplois ou des «Mgralës dont

r> il fui revêtu dans le siècle ; la seule noblesse^ 5a se>ile milice

» reconnue ici est d'être les serviteurs et les soldats de Jésus-

» Christ. Les travaux, les jeûnes et les veilles, domptent le corps

» avec ses passions et ses convoitises et le réduisent en servitude.

» Toutes les actions, toute la conduite extérieure sont soumises

* à une règle pleine de sagesse, qui a tout prévu et tout ordonné.

» Aux champs, à l'église, à l'atelier, rien ne se fait qu'avec la

r> mesure et au temps prescrit. La présence de Dieu domine toute

*> la vie et anime toutes les actions. Le repos strictement néces-

» saire est accordé à la nature ; et le reste du temps est consacré

» au Seigneur. Il semble que dans cette milice céleste, les sol-

» dats font retentir leurs armes spirituelles , depuis la naissance

» du jour jusqu'à la sixième heure. Dieu seul sait le secret de

» leurs abondantes aumônes. Chaque jour, à la porte du mo-

» nastère, il se fait une distribution de vivres aux indigents; et

» de plus, l'abbé fait manger à ses côtés trois pauvres, comme

» les représentants de Jésus-Christ. Pendant la durée des repas,

» une lecture pieuse sert d'aliment spirituel aux religieux , qui

» sont plus attentifs à cette nourriture céleste qu'à celle du corps.

» — Un grand nombre d'entre eux est occupé , pendant la jour-

y> née, à la transcription des manuscrits précieux. Ce sont là

» leurs trésors, où chaque jour ils viennent puiser la science et

» la vertu. Outre les instructions quotidiennes, à chaque grande

» fête des prédicateurs éloquents rompent à leurs frères le pain

» de la parole évangélique. J'entendais ces pieux habitants de la

» solitude s'exhorter mutuellement à la pratique de la vertu, se

» consoler, se rappeler les voies du ciel. Murailles saintes ! Pieux

» habitants! Avec quelle douleur je me séparai de vous. Mais

> vous avez garde la meilleure partie de moi-même; pendant

t> que mon corps s'éloignait de vous, ma pensée et mon cœur

» vous restaient fidèles. » <

Tels étaient ces ordres religieux , contre lesquels on a depuis déchaîné la haine et les colères des générations qui nous ont précédés. Sans doute, et nous ne craignons pas d'en faire l'aveu, car la faiblesse humaine imprime son caractère à soutes les iBuvres des hommes, sans doute, dans le cours des âges et parffti

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