CHAPITRE PREMIER
w capable do mo faire coniirmer un premier mensonge par un » second; en présence d'une condition aussi infâme, je renonce o dfe bon cœur à la vie. » Guy, dauphin d'Auvergne, fit la même rétractation. Cependant leurs deux coaccusés, Hugues Peyraud, visiteur de France , et Geoffroy de Gonneville, visiteur d'Aquitaine, persistèrent dans leurs premiers aveux. Sur-le-champ, sans passer outré , les cardinaux commissaires remirent les prisonniers entre les mains du prévôt de Paris , et renvoyèrent au lendemain la décision de cet étrange incident. Mais pendant que les juges délibéraient , Philippe-le-Bel , qui venait d'apprendre ce qui s'était passé, sans s'inquiéter du Pape ni de ses représentants, ordonna le supplice des deux Templiers réfractaires. En vertu d'un arrêt émané de la cour , Jacques Molay et Guy d'Auvergne furent brûlés vifs, dans une petite île de la Seine qui forme maintenant le terre-plein du Pont-Neuf (11 mars 1314). Les assistants les entendirent, jusqu'à leurs dernier» instants, protester de leur innocence et de felle â* l'ordre entier (1).
24. Les Templiers avaient duré cent quatre-vingt-quatorze ans. Leur chute a retenti et retentira encore longtemps dans l'histoire, dont elle est une des plus obscures énigmes. Bossuet a dit : « Les Templiers avouèrent dans les tortures , mais ils nièrent » dans les supplices. » Cette antithèse a plus d'énergie et d'éclat que de vérité., puisqu'il est incontestable que tous les aveux ne furent pas arrachés par les tortures. L'illustration des Templiers, leur gloire, leurs souffrances, leur catastrophe, nous intéressent encore , bien que le temps ait mis cinq siècles entre eux et nous. Tel est le pouvoir du malheur, qu'il attire la sympathie, lors même qu'il serait mérité : aussi les Templiers ont-ils trouvé de nombreux défenseurs. La pitié porte avec elle je ne sais quelle
(1) Il est faux, comme on l'a répété , d'après Mézeray, que Jacques Molay, au milieu des flammes et n'ayant plus que la langue de libre, ait ajourné le Pape et te monarque à paraître devant Dieu, l'un à quarante jours, l'autre à un »n d'intervallt. La mort de Clément V et de Philippe-le-Bel, qui suivit de près le grand-maîtrè au tombeau (20 avril et 29 novembre 1314), a seule accrédité ceHe version populaire et donné lieu à la fable de l'ajournement prétendu dont ne^rW aucun auteur contemporain.
gloire dont on est jaloux. Mais il faut se défier de ces justifications tardives, où le principal triomphe qu'on semble ambitionner, est de pouvoir accuser un Pape. La ligne de démarcatio: i tracée entre la conduite de Philippe-le-Bel et celle de Clé ■ ment V, dans ce long et triste procès, nous paraît assez nettement accusée , pour qu'il ne soit pas possible d'incriminer L mémoire du souverain Pontife. Les Templiers étaient-ils innocents? c'est le problème de l'histoire. L'ordre des Templiers était devenu nuisible à l'Eglise., c'est là un fait incontestablement acquis à l'histoire : Clément V a supprimé l'ordre; Philippe-le- Bel a brûlé les Templiers. La postérité doit faire à chacun la part de ses œuvres.
25. Le concile général de Vienne eut à s'occuper d'autres affaires, qui intéressaient plus directement le maintien de la foi. Les sectes manichéennes des Albigeois, combattues avec tant de vigueur, et vaincues enfin dans le midi de la France , où elles avaient concentré toutes leurs forces , s'étaient transformées en un faux mysticisme, aussi dangereux que coupable. Sous les noms de Fratricelles , Béguards , Béguines , Bizoques, Dulcinistes, etc., elles avaient abouti au quiétisme le plus impur, et disaient que l'homme pouvait parvenir à nn tel degré de grâce et de perfection, qu'il atteignait alors à ^ioipeccabilité. Arrivé à ce point , il ne devait plus s'exercer dans la pratique des vertus ; le jeûne, la prière lui devenaient inutiles; il n'était plus soumis à aucune loi humaine , à aucune autorité , en vertu de la liberté qui se trouve partout où est l'esprit de Dieu ; enfin , il pouvait donner aux sens et à la nature toutes les jouissances imaginables, sans recevoir dans son âme aucune souillure. Tel était le nouveau développement, le dernier mot de ces sectes infâmes, qui, par un abus impie des plus sublimes idées de la morale évangélique, en faisaient comme un assaisonnement raffiné de leurs plus grossières voluptés. Le concile de "Vienne anathématisa les nouveaux doctrinaires, — Il eut ensuite à s'occuper d'une grave division, qui venait d'iclater au milieu de l'ordre de saint François. Les plus rigides observateurs de la règle primitive avaient obtenu, en Italie, du pape saint Célestin V, la permission de se reunir, et de suivre l'étroite observance, sous le nom de Pauvres*