CHAPITRE PREMIER
Ermites, i/exagération du rigorisme en jeta quelques-uns dans l'apostasie. Sous prétexte que la pauvreté n'était oas seulement un Conseil évangélique , mais un précepte rigoureux et universel . ils déclamèrent contre les richesses et les propriétés temporelles, dan* leucfuelles ils voyaient une sorte d'idolâtrie. D'un autre côté , les M<! tiges tombaient dans l'abus contraire , et voulaient introduire un relâchement scandaleux à la règle de la pauvreté , imposée par saint François, Les deux partis avaient leurs torts et leurs dangers. Le concile chercha , par une constitution modérée , à retrancher les coutumes abusives des monastères , et à y faire entrer ceux qui s'en étaient séparés. Mais ces sages mesures échouèrent , et la division continua. Les communautés laïques de Béguines soutinrent elles-mêmes du voisinage et d'une ressemblance apparente avec les faux Mystiques. Le» Pères du concile condamnèrent leur manière de vivre , et n'autorisèrent que celles qui consentiraient à revenir à la régularité primitive. Il y a un décret du concile de Vienne , qui doit lui assurer à jamais la reconnaissance de la science r c'est le décret qui a introduit en Occident l'étude des langues orientales. Il fut ordonné que l'hébreu, l'arabe et le chaldéen . seraient à l'avenir publiquement enseigné, partout où se trouverait la cour romaine , ainsi que dans les Universités de Paris , d'Oxford , de Salamanque et de Bologne ; que deux professeurs , pour chacune de ces langues, seraient entretenus à Paris, par le roi de France, et ailleurs , par le Pape et les prélats.
26. Cependant des événements importants s'étaient accomplis en Italie et en Allemagne. Alhert 1er d'Autriche avait péri , en 1308, assassiné par son neveu, Jean de Souabe. L'histoire a classé cet empereur parmi les oppresseurs des peuples. Ce fut sous son règne que la Suisse, révoltée par la tyrannie de Gessler, son lieutenant , et affranchie par l'héroïsme de Guillaume Tell , se rendit indépendante. Henri de Luxembourg fut promu , em 1308, à la dignité impénale ; Clément V approuva son élection , et le fit couronner solennellement , l'année suivante , à Saint- Pierre de Rome , par cinq cardinaux , munis de pouvoirs spéciaux à cet effet. Rodolphe de Hapsbourg et ses successeur» n'avaient eu presqu' aucune relation avec la Péninsule. Depuis
la malheureuse expédition de Conradin , quarante-deux ans s'étaient écoulés , sans que l'aigle germanique se fût montra? au sud des Alpes, quand on apprit, en 1310, que Henri de Luxembourg , élu roi des Romains , s'acheminait vers Rome , pour y recevoir la couronne impériale des Othon et des Frédéric. Une censée de haute politique avait dirigé Clément Y dans cette circonstance. Il n'avait prêté son coucours à Henri que pour s'op poser aux prétentions de Philippe-le-Bel, qui voulait faire élire empereur Philippe de Valois, son frère. Henri YII ne se souvint pas longtemps des devoirs que la reconnaissance lui imposait envers le souverain Pontife. Accueilli avec enthousiasme par les Gibelins d'Italie , il crut le moment opportun pour faire revivre les prétentions surannées des Hohenstaufen , et pour se poser en restaurateur des droits de l'Empire. Clément Y , effrayé de ces tendances, eut recours à Robert d'Anjou, roi de Naples, qui avait succédé, en 1309, à Charles-le-Boiteux , son père. Robert répondit à la confiance du Saint-Siège , et se mit à la tête du parti guelfe, en Toscane et en Lombardie. Henri YII se prépara dès lors à envahir les Etats napolitains. Clément Y l'excommunia , et comme si Dieu lui-même eût voulu ratifier cette sentence par un châtiment solennel, Henri YII succomba à une courte maladie qui l'enleva à la fleur de l'âge (1313). Cet événement changea la face des affaires. Les troupes allemandes, privées de leur chef, se débandèrent et repassèrent les Alpes; les Guelfes reprirent l'avantage, et, encore une fois, l'Italie échappa à la domination germanique. Clément Y ne survécut que d'une année à l'empereur d'Allemagne. Les travaux du co ncilede Yienne avaient épuisé ses forces ; il mourut à Roquemaure , le 20 avril 1314. Philippe-le-Bel lui-même mourut à Fontainebleau , le 29 novembre de la même année , et eut pour successeur Louis X , dit le Hutin , son fils aîné. Lr école philosophique a voulu mettre sur la même ligne la mémoire du Pape et celle du roi : nous croyons avoir fait suffisamment remarquer la différence profonde qui sépara la conduite de l'un et de l'autre Avec un caractère naturellement bienveillant , porté de préférence à choisir, entre deux partis, celui de la douceur, Clément V réussit à ménager les droits de l'Eglise et de la vérité , dans des cir-