CHAPITRE II. J
et qn'iï exprima le vœu de retourner à Rome, si la santé lui était rendue. Mais ni Rome , ni l'Italie ne devaient le revoir : il mou-« rut, le 19 décembre 1370, après huit ans de pontificat.
§ o. Pontificat de Grégoire XI (30 décembre 1570-27 mars 1578),
39. La Providence voulut que le grand homme que l'Eglise venait de perdre fût dignement remplacé par le cardinal Pierre Roger de Beaufort, neveu de Clément VI. Il prit le nom de Grégoire XI et ce fut le dernier Pape français. L'exclusion qui pèse depuis cette époque sur le royaume de France, n'a jamais été décrétée par aucune loi ni aucune constitution apostolique. Elle est résultée naturellement de Pétat des choses et de la crainte de voir un Pape français renouveler une translation du Saint- Siège en faveur de sa patrie. Grégoire XI a été loué, pour ses vertus, par tous les historiens contemporains qui célèbrent à î'envi son humilité , sa modestie , sa prudence , sa libéralité , sa douceur inaltérable et son affabilité. Il avait, lui aussi, compris la nécessité de rétablir la Papauté sur son siège naturel ; et, plus heureux que son prédécesseur, il termina cette grande affaire. Il nous semble qu'on n'a pas assez fait remarquer à la gloire des Papes français, que l'initiative du retour en Italie vint tout entière de leur côté , qu'ils l'effectuèrent avec un courage presque héroïque, malgré les recommandations du sacré Collège et les obstacles de tous genres qui les entravaient dans leur marche. La première difficulté que le nouveau Pape rencontra dans l'exécution de son projet, lui vint de l'Italie elle-même. Le feu de la discorde s'y était rallumé avec une nouvelle violence. Les Milanais et les Florentins recommencèrent une ligue formidable contre le pouvùr pontifical. Une compagnie d'aventuriers, conduits par l'Anglais Jean Haukood, se mit au service de Barnabe Visconti et des seigneurs de Milan. Cette bande de pillards ravagea toutes les villes de la Romagne et de la Marche d'Ancône. Les populations, désespérant d'être secourues par le Pape, se mêlèrent aux pillards et promenèrent partout le ravage eu déployant un étendard sur lequel était écrit en lettres i'or : Liberté, La révolte se répandit comme une contagion. Viterbe, Perouse, Assise, Spolète, Givita-Vecchia, Ravenne, Ascoïi, III. VI
secouèrent 1g :,cug de l'Eglise romaine. Le mouvement, insurreetionne1 avaiV commencé au mois de novembre 1375 , et. à 1^ nu de décembre, il ne restait pas en Italie un port oi le Pape put aborder. La république de Florence avait donné le signal de lu sédition ; ce fut contre elle que Grégoire XI dirigea ses premiers coups. 40. ^es armes spirituelles seules auraient été impuissantes pour châtier tant de révoltes. Le Pape prit à sa solde une compagnie de Bretons, commandée par deux vaillants chevaliers, Jean de Malestroit et Sylvestre de Bude. Cette compagnie indépendante, au nombre de 6,000 hommes de cavalerie et de 4,000 fantassins, rançonnait les provinces méridionales de la France. Soldats d'une valeur sauvage et indisciplinée , aussi renommés par leur jactance que par leur bravoure , on leur demandait s'ils espéraient entrer à Florenee : « Puisque le soleil y entre, répon- » dirent les intrépides aventuriers, pourquoi n'y entrerions-nou» • pas aussi? » Tels étaient les défenseurs que i'habile politique du Pape venait d'acquérir au Saint-Siège. Les *>f^ions passèrent les Alpes, accompagnés du cardinal Robert de Genève qui lança l'interdit sur Florence , frappa les chefs de la république d'excommunication et les cita à compara^e en personne devant le Siège apostolique. L'armée pontificale se répandit comme un torrent dans toutes les villes du territoire de la république. Les garnisons florentines , n'osant pas se mesurer en rase campagne avec ces fougueux ennemis, se repliaient vers la capitale. Cependant le Pape avait chassé d'Avignon les négociants florentins ; il les poursuivit sur toutes les places de l'Europe ; il permit de confisquer leurs marchandises, d'emprisonner leurs personnes et de les vendre comme esclaves. Ces mesure* bouleversèrent tout le commerce de Florence et lui causèrent urg perte de trois millions de florins. Les chefs de la république, déconcertés par tant de vigueur, songèrent *• demander la paix. Il y avait «iloi^ au couvent des sœurs de L k énitence de Saint-Dominique , à Sienne , une pieuse vierge, nommée Catherine, dont la vie ressemblait à celle des anges C'était une de ces natures d'élite que le Seigneur se plaît à former a la perfection, dès l'âge le plus tendre , pour Jse* mon- $rer au monde comme la merveille de sa grâce. Elle n'avait que vingt-neuf ans, et toute l'Italie était pleine de *a renommée de se»
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vertus. Ce fut sur l'humble vierge que la seigneurie de Florence jeta les yeux, pour défendre ses intérêts à la cour d'Avignon, la jugeani le seul ambassadeur capable de fléchir le juste courroux du souverain Pontife. La servante de Dieu fut donc man Ice à Florence; on l'y entoura d'honneurs. Les principaux citoyen de h ville allèrent à sa rencontre , la suppliant de prendre en ïnain l'œuvre de leur réconciliation avec le Saint-Siège. Ca cherine accepta, pour la gloire de Dieu, cette mission délicate,, et la jeune religieuse , dont la vie s'était jusque-là écoulée dans le silence du cloître et l'extase de la prière, se trouva tout à coup devenue l'ambassadeur d'une puissante république. Grégoire XI reçut sainte Catherine de Sienne avec toute la distinction que méritaient son dévouement et ses vertus ; et , pour lui prouver à la fois la confiance qu'elle lui inspirait , et son désir d'arriver à une réconciliation , il remit entre ses mains les conditions de la paix, se bornant à lui recommander l'honneur cfe l'Eglise. Mais les négociations n'aboutirent pas encore. Pendant que l'angelique ambassadeur de Florence s'efforçait d'aplanir les voies à la paix , la république venait de créer le fameux tribunal connu sous le nom des Huit de la guerre* En apprenant cette nouvelle à Avignon , le Pape dit à la sainte .- « Croyez-moi , Catherine, » ils vous tromperont comme ils m'ont trompé moi-même. » Cependant la guerre continuait avec un acharnement incroyable. Les Florentins avaient opposé aux terribles Bretons la compagnie de l'Anglais Haukood. L'incendie , le meurtre et le pillage se promenaient sous des Bannières diverses dans tontes les villes de la malheureuse Italie.
41. Cependant Grégoire Xî , malgré l'anarchie qui désolait le Péninsule , se disposait à revenir à Rome. Sainte Catherine de Sienne l'en pria instamment. « Vous me demandez mon avis » touchant votre retour , lui écrivait-elle en 1376. De la part de t Jésus-Christ crucifié , je vous réponds qu'il vous faut partir le d plus tôt qu'il vous sera possible. » La querelle entre la France et l'Angleterre, si fatale au premier royaume sous Jean-le-Bon, s'était en quelque sorte équilibrée depuis que Charles /, par sa sagesse , avait contrebalancé la fortune. Les intérêts de la France ne retenaient donc plus le souverain Pontife. Le 1 3 se
500 Grégoire xi (1370-1378).
tembre 1376, Grégoire XI quitta le palais pontifical et la ville d'Avignon pour ne plus les revoir. Il traversa toute la Provence au milieu des populations accourues pour lui témoigner leurs regrets. Vingt-deux galères l'attendaient à. Marseille, sous les ordres du grand-maître des chevaliers de Rhodes, Ferdinand d'Hérédia. Le retour de la Papauté avait soulevé un tel enthousiasme en Italie, que la république de Florence elle-même, malgré la guerre qu'elle soutenait alors contre l'Eglise, avait envoyé à Grégoire un superbe navire équipé à ses frais. On mit à la voile le 2 octobre. « Dieu ! s'écrie l'historien français, té- » moin oculaire , qui pourra jamais se représenter les lamentait tions, les gémissements, les sanglots que les cardinaux firent » entendre alors? Le Pape lui-même versait des larmes. Non, » les douleurs de l'enfantement sont moins cruelles que ne le » furent celles d'une telle séparation. » Le 18 janvier 1377, le Pape, à cheval, faisait son entrée dans Rome au milieu d'un peuple ivre de joie. On jetait des fleurs sur son passage, on éclairait sa marche avec des flambeaux, toute la ville retentissait des cris de : Vive Grégoire XI! Rien ne manqua à la pompe de cette solennité, rien, si ce n'est peut-être les hymnes de triomphe qu'aurait chantées Pétrarque, s'il avait pu être témoin d'une restauration si désirée; mais le poète était mort trois ans auparavant (1374). En rétablissant le Saint-Siège à Rome, Grégoire XI y trouva organisée une magistrature populaire, sous le nom de Bannerets. Ils s'empressèrent de déposer aux pieds du Pontife les baguettes, emblème de leur pouvoir. Grégoire XI, par un noble sentiment de générosité, ne voulut signaler les premiers actes de son administration par aucune réforme dans le gouvernement. Il laissa donc subsister l'ancien état de choses; mais il ne tarda pas à s'en repentir. Dans l'histoire de l'Eglise, rien n'égale la mobilité des Romains, si ce n'est la patience des Papes. Grégoire se vit bientôt en butte aux éternelles factions qui divisaient la ville. Pour y échapper, il fut obligé de se retirer à Anagni.
42. A ces complications politiques ^fnt tout à coup se joindre la nouvelle alarmante qu'une grande hérésie se formait en Angleterre. L'auteur de cette secte était un théologien d'Oxford,