CHAPITRE II
nommé Jean Wicleff, esprit inquiet et superbe, autant que versé dans les subtilités de la scholastique. Nommé d'abord à la charge de gardien dans l'Université d'Oxford, on la lui avait ôtée qaelque temps après pour la donner à un moine. Wicleff en appela au Saint-Siège, qui confirma la dernière nomination! Dès lors, Wicleff tourna sa colère contre le Pape. Dans les premiers temps, il se contenta de renouveler les erreurs de Marsile de Padoue, relativement à la puissance ecclésiastique; mais bientôt il formula un système complet d'hérésie. Il y a dans la doctrine de Wicleff deux côtés importants : le côté philosophique et le côté théologique. Sous le premier aspect, la doctrine du réformateur est un mélange grossier de Manichéisme, de Panthéisme et de Fatalisme. Selon lui, Dieu abandonne le gouvernement du monde aux puissances du mal , ou , en d'autres termes , le bon principe obéit au mauvais; toute créature participe à la nature divine. Une aveugle nécessité est la raison unique de tout ce qui arrive; d'où il suit qu'il n'y a en Dieu ni providence, ni liberté, ni puissance. Sous le point de vue théologique, la doctrine de Wicleff est la théorie pure du Presbytérianisme ; le Pape n'est pas le chef de l'Eglise militante; il n'est nul besoin de cardinaux, de patriarches, d'évêques et de conciles; les prêtres et les diacres suffisent pour l'exercice de leurs fonctions sacrées. Wicleff était, on le voit, le précurseur de Luther. Grégoire XI se hâta, dans une congrégation de cardinaux , de condamner les propositions du novateur. Il écrivit à Richard II, qui venait de succéder à son père , Edouard III , sur le trône d'Angleterre , et le supplia d'employer les mesures les plus rigoureuses pour étouffer Terreur dans sa naissance. Un concile, présidé à Lambeth par l'archevêque de Cantorbéry, condamna les nouvelles erreurs; mais Wicleff continua à dogmatiser avec plus d'audace que jamais. Grégoire XI ne vit pas la fin de cette redoutable hérésie : il mourut à Anagni le 27 mars 1378. Avant de rendre le dernier soupir, il dressa une constitution dans laquelle il ordonnait, pour prévenir les malheurs d'un interrègne, qu'il suffirait au Pape futur de réunir la majorité absolue des suffrages > pour être légitimement élu. Les règles anciennes prescrivaient le* deux tiers des voix pour la validité de l'élection.