‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 265 sur 332 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Louis d'Anjou, jeune prince sans expérience , élevé dans un royaume où les hittes se dénouaient les armes à la main ejt où l'on savait moins négocier que combattre, était incapable de résister aux savantes combinaisons du Pontife. Ladislas lui était d'ailleurs infiniment supérieur et comme guerrier et comme politique. Les trésors de Boniface IX offraient d'inépuisables ressources pour solder ses armées; il entra triomphant dans Naples, et Louis, abandonné de tous ses sujets, reprit la route de France.

12. Ladislas, par reconnaissance pour le souverain Pontife, l'aida à rétablir son autorité à Rome. Avec ce secours , Boniface IX reconstitua, d'une manière définitive, le pouvoir temporel de la Papauté dans tous les Etats du patrimoine de saint Pierre II enleva aux citoyens le droit qu'ils prétendaient s'arroger à la souveraineté, déclara que le gouvernement du pays appartenait exclusivement au Pontife, qui nommerait seul à toutes les fonctions publiques, et supprima les magistratures populaires.

13. Le récit des luttes intestines que le grand schisme d'Occident perpétuait en Europe, a détourné notre attention du reste de la catholicité. Elle venait d'échapper à un danger plus pressant que celui dont Charles-Martel l'avait sauvée dans les champs de Poitiers. Bajazet Ier, sultan des Turcs, s'était précipité, suivi d'une armée innombrable, sur les frontières de la Hongrie (1396). Sigismond, qui régnait alors dans cette contrée et donV les Etats formaient comme le boulevard de la chrétienté, implora le secours des princes européens.* Le sultan prétendait moins faire une guerre de conquête qu'une guerre de religion. « Mon » cheval, avait-i] dit, ira manger l'avoine sur l'autel de Saint— » Pierre. » En apprenant cette bravade sacrilège , la France sentit se réveiller en elle l'ardeur belliqueuse des croisades. Les débris de la chevalerie, échappés aux désastres de Crécy et de Poitiers, volèrent sur les bords du Danube. A leur tête était le ;omte de Nevers, Jean Sans-Peur, depuis duc de Bourgogne. Il déféra le commandement en chef de cette brillante mil"« au maréchal de Boucicaut, le plus grand capitaine de son temps après Duguesclin. Cet armement vint se réunir aux forces de

518 boniface ix (1389-1401).

Sigismond , «ous les murs de Nicopolis , nom fai^l et qui rappelle le plus sanglant revers. Le 25 septembre ^396, le sultan taillait ^n pièces l'ariDée chrétienne , seul espoir de l'Europe. Sigismond prit la fuite et cette lâcheté détermina la perte de la bataille ?as un Français ne lâcha pied ; chacur d'eux se fit un rempart des cadavres musulmans, tués de sa main. Mais tant d'héroïsme ne pouvait rien contre la supériorité au nombre. Boucicaut, Jean de Nevers, Enguerrand de Ooucy, le cornue d'Eu, etc. , furent faits prisonniers avec tous leurs compagnons. Dépouillés de leurs vêtements, les mains liées derrière le dos, on les amena devant le farouche vainqueur, qui faisait impitoyablement mettre à mort tous les simples soldats , dont il n'espérait pas une rançon suffisante. Les grands seigneurs, que sa cupidité épargna, furent emmenés captifs en Bithynie. L'Europe, désarmée, apprit avec stupeur la défaite de Nicopolis. Le nom chrétien allait peut-être s'éteindre en Europe , sous un non reau déluge de Musulmans , lorsque , par un bonheur providen tiel , un autre ravageur de nations, le célèbre conquérant mogol Ta* merlan, vint attaquer avec ses hordes indisciplinées, les troupes de Bajazet. On eût dit que les deux mondes s'étaient donné rendez-vous dans les plaines d'Ancyre, où le choc eut lieu. Bajazet fut vaincu et fait prisonnier. Les humiliations que lui fit subir Tamerlan, sont à peine croyables. Il se servait de son corps comme de marche-pied , pour monter à cheval ; le forçait à se tenir sous sa table pendant les repas et à ne se nourrir que des morceaux qui tombaient à terre ; enfin , il l'enferma dans une cage de fer, où le vainqueur de Nicopolis se tua , en se brisant la tête contre les barreaux.

14. Loin de ces scènes sanglantes, l'Italie était alors témoin des miracles, du zèle et des vertus de saint Vincent ferrier. N» à Valence, en 1357, cette gloire de l'Espagne n'avait pas tardé à remplir le monde du bruit de sa renommée. Entré dans l'ordre des frères prêcheurs, il se proposa saint Dominique pour modèle. Le câlinai Pierre de Lune avait été envoyé par l'antipapp Clément VII , po,vr faire reconnaître son obédience en Espagne. Il l'attacha saint Vincent Ferrier, qui croyait , de bonne foi , Clément VII pap? légitime. En revenant en France, Pierre de Lune

Page 1