CHAPITRE IV. 5M
Dans cette glorieuse journée Jeanne d'Arc reçut le nom de Pucelle d'Orléans.
7. Désormais elle avait droit d'être crue sur parole y « La vo- » lonté de Dieu est, dit-elle à Charles VII, que Vous veinez vous p faire sacrer à Reims. » A en juger par les règles ordinaires, l'entreprise était absurde et chimérique, du moins elle paraissait telle à tous les généraux. On se trouvait à plus de qr^atre^vingts lieues de Reims, et, cette ville, ainsi que toutes les provinces qu'il fallait traverser, était au pouvoir de l'ennemi. Mais ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu, et Jeanne d'Arc avait prouvé qu'elle était l'envoyée de Dieu. Charles VII se rendit à ses instances et prit la route de Reims avec 12,000 hommes seulement, sans vivres et sans artillerie. Auxerre, Troyes, Châlons, ouvrirent successivement leurs portes. Reim? se débarrassa de sa garnison anglaise et accueillit Gharles VII > qui y fît son entrée solennelle le 17 juillet 1429. Le couronnement eut lieu. Pendant toute la cérémonie Jeanne d'Arc versa des larmes de joie ; elle se tint aux côtés du roi, portant sa bannière blanche. « Elle a pris part au combat, disait-elle, elle doit » assister à la récompense. » Après le sacre , l'héroïne se jeta à genoux devant Charles VII et lui baisa les pieds en pleurant : «Gentil roi, lui dit-elle, maintenant est exécuté le plaisir de » Dieu , qui voulait faire lever le siège d'Orléans et vous con- » duire à Reims. Ma mission est terminée, je voudrais retourner » près de mes parents pour reprendre ma vie de bergère. » Ces paroles, d'une simplicité sublime, arrachèrent des larmes de tous les yeux. Mais dès lors Jeanne était devenue l'armée, -Tespé* rance, le trésor de la France. Charles ne put consentir à sa retraite. Elle continua donc ses glorieux exploits;' mais elle avait dit : « Je ne durerai qu'un an, ou guère plus; il me faut donc » bien employer. » Cette triste prédiction ne se réalisa que trop. Le 24 mai 1430, sous les murs de Compiègne, Jeanne. d'Arc fut prise par les Anglais. Si quelque chose pouvait ajouter à sa gloire, ce serait la joie immodérée que les ennemis de la France firent éclater à l'aspect de leur prisonnière. Tout le camp retentit de cris d'allégresse. Les soldats accouraient en foule poui considérer celle dont le nom seul depuis ^.us d'un au les faisait;
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trembler. Conduite à Rouen, l'héroïne fut jugée comme sorcière* L'évêque de Beauvais, Pierre Cauchon, la honte de l'Eglise et l'opprobre de l'histoire, osa condamner au feu cette r;ûi>,e et innocente victime Le bûcher qui consuma Jeanne d'Arc sera pour les Anglais une infamie éternelle (30 mai 1431). On dit que la Pucelle, récusant des juges vendus à ses ennemis, en appela au Saint-Siège , défenseur de tous les opprimés. Si sa voix eût été entendue, et .si les vengeances politiques qui dirigèrent tous les actes de cet odieux procès l'eussent permis, Phumanité compterait un crime de moins. Vingt-cinq ans après la mort de Jeanne d'Arc, le pape Calixte III ordonna une enquête de revision, dont il chargea l'archevêque de Reims. L'innocence de l'héroïne fut reconnue , et sa mémoire glorieusement réhabilitée. Calixte III déclara, par un jugement solennel, que Jeanne d'Arc «avait » souffert le martyre pour la défense de sa religion , de son roi » et de son pays. » Cependant, Martin V était mort à Rome (21 février 1431), après un règne pacifique de près de quatorze ans. Son dernier acte avait été de convoquer, à Baie, un concile, pour y terminer l'affaire des Hussites et la réunion définitive de l'Eglise grecque.
g Z. Pontificat d'Eugène IV. (4 mars 145! -23 février 1447).
, 8. Le pontificat qui venait de se terminer d'une manière si pacifique, précédait de nouveaux orages. Le concile de Cons-* tance avait jeté dans les esprits les germes d'une opposition jusque-là sans précédents. Des docteurs soutenaient que le pouvoir législatif devait remplacer , dans l'Eglise , 1» puissance pontificale ; et que les conciles généraux , en se succédant de trois en trois années, devaient être comme le conseil permanent et le centrede l'administration, ecclésiastique. Les assemblées délibérantes entraînent presque toujours une fermentation dangereuse par les questions qu'elles soulèvent , par les animosités qu'elle* réveillent et par l'amour-propre qu'elles excitent. Dans ce nouveau mouvement qui signale la première moitié du xve siècle, st dont l'assemblée de Bàle fut le symbole et le drapeau, la France oublia trop qu'elle était la fille aînée de l'Eglise. Son at-