CHAPITRE V
d'Italie, pour les engager à se mettre en état de résister aux tentatives de Bajaiet. Ce prince essaya, Tannée suivante, une \nva-» siou en Sicile. Les forces réunies de Parmée pontificale, des troupes napolitaines et espagnoles le repoussèrent après une sangla iite défaite. Ce fut là le seul résultat du zèle d'Innocent VIII. Il aurait voulu prendre l'offensive. André Paléologue, neveu drdernier ampereur de Constantinople , fugitif comme Zizim en Occident, avait vendu ses droits à l'empire grec au roi de France, Charles VIII. Le Pape espéra un instant que cette circonstance faciliterait Pexpédition d'Orient. Mais d'autres projets absorbèrent bientôt toutes les pensées du monarque français.
13. Ferdinand Ier, roi de Naples, auquel Sixte IV avait accordé Pinvestiture de ses Etats, n'avait pas tardé à se montrer aussi ingrat envers le Saint-Siège que cruel envers ses sujets. Il exerçait à cette époque la plus violente tyrannie et les plus atroces cruautés. Au mépris de toutes les lois, il avait fait mourir, sur de simples soupçons, au milieu d'un festin somptueux, le comte de Sarno et tous les seigneurs qu'il croyait hostiles à s? domination. Le peuple napolitain se souleva et pria le Pape, en qualité de suzerain, de châtier, dans son vassal, des crimes aussi horribles. Innocent VIII ne pouvait rester sourd aux plaintes de l'innocence opprimée. Il leva une armée, dont il confia le commandement à Robert de San-Severino. Effrayé de ces préparatifs, Ferdinand apaisa les seigneurs de son royaume et offrit de se soumettre à Innocent VIII, aux conditions que celui-ci voudrait lui imposer. La paix fut conclue et le roi de Naples s'engagea à payer fidèlement au Saint-Siège le tribut de huit mille onces d'or et de la haquenée. Mais ces promesses arrachées par la crainte, furent bientôt violées par Ferdinand. Il continua son système d'oppression envers les seigneurs napolitains, refusa de payer au Pape le tribut annuel, et fit une réponse insultante aux légats apostoliques, qui voulaient le rappeler à l'observation des traités. Innocent VIII s'arma alors des foudres de l'Eglise; ij prononça, contre Ferdinand, une sentence d'excommunication, le déclara privé de son royaume et en donna l'investiture à Charles VIII, roi de France, qui prétendait y avoir un droit légitime , comme héritier de la maison d'Anjou.
MO innocent vin (1484-14921.
14. La croisade, continuée pendant huit cents ans contre les Maures d'Espagne, venait de se terminer par la prise d* Grenade, qui mit fin à la domination des Musulmans (1492j Ferdinand Vie Catholique, par son mariage avec Isahelle-la-Grande, avait réuni sous sol sceptre les royaumes de Castille et d'Aragon, mais sans les confondre; car les deux époux gouvernaient séparément chacun leur royaume : aussi les appelait-on les deux rois. Par un rare bonheur, ou plutôt grâce au talent particulier des grands princes qui savent discerner le mérite et le récompenser, ils virent à leurs cours, et comptèrent parmi leurs serviteurs : Gonzalve de Cordoue, surnommé le Grand Capitaine; l'immortel Christophe Colomb, dont le génie découvrit un monde; Fernand Cortez, le conquérant du Mexique; Ignace de Loyola, le fondateur de la compagnie de Jésus, et le cardinal Ximenès, dont Leibnitz a dit que , « si les grands hommes pouvaient s'acheter, » l'Espagne n'aurait pas payé trop cher, par le sacrifice d'un de » ses royaumes, le bonheur d'avoir un pareil ministre. » Après un siège de huit mois, Boabdil, dernier héritier de la race des Abencérages. rendit la ville de Grenade entre les mains victorieuses de Gonzalve de Cordoue. Ferdi nand et Isabelle y firent leur entrée , le jour de l'Epiphanie 1492 , et prirent dès lors le titre de rois d'Espagne. Les Maures étaient vaincus comme puissance; ils ne l'étaient pas encore comme religion. Le culte dé Mahomet continuait à régner, dans ces plaines où le Croissant avait été si longtemps vainqueur. Les Juifs, alliés naturels de tous les ennemis du nom chrétien, encourageaient secrètement la résistance musulmane et entretenaient au sein de la nation espagnole, un foyer toujours ardent de révolte et d'anarchie. Cependant Ferdinand et Isabelle sentaient le besoin d'asseoir leur autorité sur des bases inébranlables. Plus un pouvoir est fort, plus ses moyens d'action doivent être énergiques. Ils conçurent alors le projet d'établir en Espagne un tribunal royal d'inquisition, dans le but d'assurer la foi, l'union, la tranquillité et le bonheur de leurs peuples. Jusque-là l'inquisition avait été un tribunal purement ecclésiastique, connaissant d^s faute* spirituelles et livrant les coupables au bras séculier. L'institution de l'inquisition espagnole perdit ce caractère et devint dans les