‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 6 sur 332 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

toute la catholicité, traça le programme politique que les croisades devaient réaliser. « Le sol fécond de Jérusalem, disait-il » est la patrie des prophètes, et renferme les monuments des t. patriarche : c'est d'ici que s'élancèrent, à la conquête de L'uni- » vers, les Apôtres, ces éclatantes lumières du monde; c'est . d'ici que Jésus-Christ a promulgué ses oracles. Son sépulcre, > ont dit les prophètes, sera glorieux. Cependant les infidèles » dévastent les lieux saints, et en font un théâtre d'ignominie, » Levez-vous donc, soldats du Christ! saisissez l'étendard avec » 1 epee; et ce que vous ne pouvez faire par vos armes,' faites-le » par vos conseils et vos richesses. » Les Pisans seuls répondirent alors à l'éloquent appel de la Papauté; mais l'écho de cette voix retentira pendant des siècles en Europe, et surtout en France, cette terre des nobles dévouements et des grandes choses. Il semblait de la destinée de Sylvestre II d'inaugurer dans le «ours de son pontificat tontes les idées qui devaient se développer magnifiquement plus tard, au sein de l'Eglise On lui attribue la première pensée du Jubilé, « cette grande invita- » hon , adressée aux chrétiens, de faire une halte dans la vie et » de puiser dans la foi et dans la charité quelques forces pour » achever leur pèlerinage vers l'éternité (1). » H déploya au maintien de la suprématie des Papes cette énergie que saint Grégoire Vil fit éclater depuis jusqu'à l'héroisme. Conon, évêque le Perouse, éleva des prétentions sur l'abbaye de Saint-Pierre qui jusque-là avait été une partie intégrante des domaines dû Mege de Rome. L'abbé avait voulu défendre les droits du souverain Pontife-, mais il avait été chassé à main armée de sou église, et on avait pillé ses biens. Sylvestre II poursuivit cette afiaire avec vigueur; il fit assemble,. „,, concile pour la ju-er dans le palais de Latran : l'entreprise de Conon fut condamnée', et le Saint-Siège rentra dans l'exer, i,e de sa juridiction sur les domaines contestés.

7. Mais le fait le plus saillant du |..mtificat de Sylvestre II fut la «inversion définitive de la Hongrie. Le jeune duc Etienne, que l'Eglise a mi* au nombre des saints, avait succédé dans la

(1) Vis de Sylvestre II, par M. Hock, traduci. de M. l'abbé Axincer.— Préface.

• SYLVESTRE Iï (999-1003).

gouverner]) ent de ce pays à son père Geisa (997). Il inaugura son pouvoir en déclarant sa volonté formelle de voir tout son peuple embrasser la foi de Jésus-Christ. Ceux de ses sujets qui demeuraient altac*Ss à l' idolâtrie se révoltèrent, sous la conduite de quelques sbxgneurs. Etienne marcha contre eux, remporta une victoire complète, et, en action de grâces, fonda une abbaye en l'honneur de saint Martin, qui, par sa naissance, se rattachait plus particulièrement à la Hongrie. Dès lors le corps delà nation se rangea sous l'étendard de Jésus-Chu-st. Des ouvriers apostoliques vinrent y semer la bonne nouvelle de l'Evangile. Pour donner plus de consistance et de force à cette Eglise naissante, Etienne divisa les terres de sa domination en dix évêchés, dont la métropole fut Strigonie (1) sur le Danube. Quand ces grands événements furent accomplis , Etienne envoya à Rome Astric , évêque de Colocza, pour demander au pape Sylvestre II la confirmation de ces évêchés, et le titre de roi pour le duc Etienne (1000) . En apprenant ces heureuses nouvelles, le souverain Pontife laissa éclater toute sa joie : et comme l'envoyé hongrois le saluait du titre d'apostolique , titre qu'on donnait alors officiellement aux Papes : « Si je suis Y apostolique, dit Sylvestre, c'est Etienne » qui est l'apôtre, lui qui a soumis un si grand peuple au joug » de la foi. » C'est de là qu'est venu l'usage d'appeler les rois de Hongrie : Majesté apostolique. Sylvestre accorda à Etienne le titre qu'il lui demandait; il lui envoya, pour la cérémonie du sacre , un diadème enrichi de pierreries , et une croix qu'il lui permit de faire porter devant lui comme une marque de son apostolat. Il lui donnait en même temps le pouvoir de disposer et régler les affaires ecclésiastiques de son royaume. Ce privilège équivalait au titre de légat perpétuel du Saint-Siège. Il fut confirmé dans la suite par le concile de Constance, à la demande de l'empereur Sigismond, en qualité de roi de Hongrie. Saint Etienne porta dignement le sceptre qu'il tenait à honneur de devoir au Siège apostolique. Il soumit complètement les Slaves et les Bulgares; et la Hongrie lui dut la plupart de ses institutions sociales. Telle était dès lors la prééminence politique de la Pâli) C'est la même ville que Gran.

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