CHAPITRE PREMIER
pauté, qu'elle distribuait, des couronnes : et ce fait prouve surabondamment qu'elle n'avait point perdu son influence sur le monde, au milieu des désastres du x* siècle.
8. Pendant que saint Etienne Ier illustrait le trône qu'il venait de fonder en Hongrie. la couronne d'Allemagne passait aux ms^ns d'un prince non moins cher à l'Eglise, et dont le nom réunit les deux auréoles de la sainteté et de la gloire historique L'empereur Othon III venait de mourir à la fleur de l'âge, àPaterno, petite ville de la Campanie. On lui donna pour successeur saint Henri II, duc de Bavière. Son règne fut une lutte continuelle et presque toujours heureuse, soit avec les grands vassaux allemands et italiens qui cherchaient à se rendre indépendants , soit avec les Slaves qu'il voulait soumettre et convertir. Sa piété, son zèle pour la propagation de la foi chrétienne, sa soumission à l'autorité de l'Eglise , faisaient l'édification de ses contemporains. Le saint et le héros se trouvaient, par une heureuse alliance , réunis £n sa personne , et ses brillantes qualités rappelaient Charlemagne , dont il était l'un des descendants. L'impératrice sainte Cunégonde, sa femme, par sa modestie, sa vertu et son inépuisable charité, se montrait la digne épouse d'un saint couronné (1002). Ils vécurent tous deux, d'un consentement mutuel, dans la continence parfaite, et furent l'un des plus illustres exemples de ces mariages de la virginité, sources de bénédictions et de grâces.
9. Sylvestre II ne survécut pas longtemps à F avènement de saint Henri II au trône de Germanie. Il mourut le 12 mai 1003, avec la réputation d'un grand et saint Pontife, el avec la gloire d'avoir remis en honneur les lettres et les sciences, éclipsées pendant les ténèbres du xe siècle. Il nous reste de ce Pape cent quarante-neuf lettres, quelques ouvrages de mathématiques et une Vie de saint Adalbert, archevêque de Prague. Après lui, le Saint-Siège va déchoir encore de la hauteur où son génie l'avait élevé, pour redevenir le jouet des factieux; mais l'impulsion était donnée : Grégoire VII n'est pas loin.
10 jean xix (1004-1009).
g S. Pontificat de Jean XI III (I) (6 juin 1005-51 octobre 1005).
10 Jpan XVIII, porté par son seul mérite au trône île saint Pierrt, donnait les plus belles espérances et promettait, un digne luccessear à Sylvestre II ; mais sa mort prématurée , après trois mois de règne, l'empêcha de les réaliser (31 octobre 1003).
§ 3. Pontificat de Jean XIX (19 mars 1004-18 juillet 1009)
11. Jean XIX fut élevé le 19 mars 1004 au souverain pontificat. Cette époque, nous l'avons dit, voyait une génération de saints perpétuer les exemples de vertu et les œuvres édifiantes des premiers siècles de l'Eglise. Le saint Antoine du xie siècle, l'illustre ermite d'Italie, saint Nil, achevait à Tusculum sa vie d'humilité , de solitude et de pénitence. Quand i] fut venu à douze milles de Rome, dans un lieu désert où il souhaitait mourir, le comte Grégoire de Tusculum, sur le territoire duquel il se trouvait, vint le voir. Ce seigneur, poussé par des vues ambitieuses, n'avait pas toujours circonscrit ses actions dans les bornes du droit et de la justice. On l'accusait, non «ans raison, d'avoir fait peser son influence sur l'élection des souverains Pontifes. Sa tyrannie avait fomenté plusieurs fois des troubles en Italie, et fait verser des flots de sang. En abordant saint Nil, il se jeta à ses pieds : « Mon père, lui dit-il, mes péché» me rendent » indigne de recevoir dans ma demeure un serviteur de Dieu te/ » que vous. Cependant, puisque vous avez daigné honorer mes » domaines de votre présence, voilà ma maison, ma ville el y> toutes ces campagnes à votre disposition. Ordonnez-en comme » il vous plaira. » Le modeste religieux lui demanda de pouvoii prier en repos,et passer le reste de sa vie dans la Grotta Ferrata, petit ermitage élevé sur les ruines de l'ancienne villa de Cicéron.
11 y termina sa pieuse vie le 26 septembre 1 005 ; laissant ainsi les souvenirs de la solitude chrétienne dans cette retraite illustrée par l'éloquence et la philosophie païenne du prince des orateurs latins.
(1) Ce Pontife est compté comme le dix-huitième de ce nom , parce qu'on t introduit fusage de conserver au Catalogue des souverains Pontifes i'antipapa Philagalhtt {Jean XVII), dont nous avons parlé sous le pontificat de Grégoire V.