CHAPITRE PREMIER. Il
il. L'année précédente (1004), saint Abbon, abbé de Fieury, une autre gloire de la vie monastique, mourait en France, martyr de son zèle pour la discipline. Il avait entrepris la réforme du monastère de la Réole en Gascogne. Nous en avons déjà fait là remarque, ce n'était pas chose facile d'arrêter la licence qui s'était introduite, avec l'oubli des règles canoniques, dans certaines communautés religieuses. Le relâchement et le désordre étaient à leur comble dans le monastère de la Réole. Saint Abbon essaya d'abord d'y faire observer plusieurs règlements que son zèle lui dicta; il y fît venir en même temps quelques religieux de son abbaye de Fieury pour améliorer insensiblement, par des exemples de régularité et de vertu, l'esprit général. Mais les moines, aigris par ces mesures, se portèrent aux dernières violences. Une lutte s'engagea; le saint abbé se jeta au milieu des combattants pour arrêter leur fureur sacrilège ; un de ces forcenés lui perça le flanc d'un coup de lance. Saint Abbon dissimula sa blessure et voulut remonter à sa cellule. En y rentrant, il expira dans les bras d'Aimon, son disciple fidèle, qui nous a conservé le récit de ses travaux et de ses vertus (12 novembre 1004).
13. En ce temps, la terre fournissait une abondante moisson au ciel. Saint Adalbéron, évêque de Metz, mourait le 14 décembre 1005. Il était fils de Frédéric, duc de la basse Lorraine, et de Béatrix , sœur de Hugues Capet. Sa naissance lui ouvrait ainsi le chemin à tous les honneurs de la terre; mais sa piété dirigea sa vocation vers le service de l'Eglise et les hautes dignités qu'il y obtint furent relevées par son mérite. Elu évêque de Metz (994), il mit en pratique sa maxime favorite : « Pour » faire le bien, disait-il, un bon pasteur doit commencer par se » faire aimer. » Il avait pour cela tous les dons de la nature et de la grâce : des manières douces et polies, des inclinations bienfaisantes, l'art de rendre un service comme s'il eût été luimême l'obligé. Il partagea le zèle des grands saints de son siècle pour la réforme monastique, et propagea dans son diocèse l'ordra de Saint-Benoît, qui rappelait l'état religieux à sa première ferveur. Il voulut placer son épiscopat d'une manière plus spéciale sous les auspices de la chaire apostolique; et, dans ce dessein,
$2 Jean XIX (1004-1009).
il entreprit un pèlerinage ad limtna Apostolorum. Sa maison était, l'asile des pauvres et des malheureux. Il les recevait avec bonté, leur lavait lui-même les pieds, selon les traditions de l'hospitalité antique, et se croyait honoré de servir de ses mains ces représentants de Jésus- Christ. Une maladie contagieuse, qu'on nomma le feu sacré , lui donna occasion de faire éclater l'héroïsme de sa charité. Plusieurs provinces furent alors affligées par ce fléau. Ceux qui en étaient atteints venaient à Metz, au tombeau de saint Goërie, y chercher un prompt secours à un mal si cruel. AdaJbéron recevait chez lui tous les malades, lavait leurs ulcères malgré l'infection, et leur donnait lui-même à manger. Adalhéron, qui aimait si tendrement Jésus-Christ dans la personne des pauvres, avait une vive et respectueuse dévotion pour les mystères de ce Dieu sauveur II ne célébrait jamais la sainte messe sans s'être revêtu auparavant d'un cilice, et il ne pouvait tenir entre ses mains le corps de Jésus-Christ sans l'arroser de ses larmes. 11 passait les veilles des principales fêtes sans prendre aucune nourriture ; et pour mieux sanctifier par la prière et le recueillement le jeûne du carême, il se retirait dans quelque monastère de son diocèse. Saint Adalbéron mourut le 14 décembre 1005.
14. L'année 1006 vit mourir saint Fulcran, évêque de Lodève. Issu d'une des plus nobles familles du Languedoc, Fulcran se distingua également par sa tendre piété , par sa vigilance pastorale et par sa généreuse charité. Dans une famine qui désola tout le midi de la France , il se fit comme le père nourricier de tous les malheureux. Malgré ses libéralités, il trouva encore des fonds pour faire rebâtir son église cathédrale, sous l'invocation de saint Genès d'Arles, et pour y joindre un monastère dédié au Sauveur. Après cinquante-huit ans d'épiscopat, il alla recevoir le prix de ses vertus (13 février 1006). Sur le point d'expirer, il *e fit soutenir les bras pour donner une dernière bénédiction à son peuple bien-aimé: qui s'était réuni à la cathédrale où le sa nt évêque avôàt voulu mourir.
Une «utre gloire de l'Eglise de France commençait adois à briller du double éclat de la vertu épiscopale et du mérite littéraire. GS'était saint Fulbert, évêque de Chartres. D'une naissance