‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 74 sur 332 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

24. La suite si compliquée des événements qui entraînèrent Grégoire VII dans sa lutte contre Henri IV, ne nous i» pas permis de suivre ce grand Pape dans les relations qu'il entretenait avec le monde entier. Ses premières pensées s'étaient tournées vers la situation les chrétiens d'Espagne, d'Afrique et de Palestine, humiliés sous le joug des Musulmans. Il y avait là comme une intuition du génie qui devinait les croisades. Un puissant seigneur de Champagne, Ébole, comte de Roucy, était allé, avec d'autres chevalins français, offrir ses services aux chrétiens contre les Maures. Le Pape leur donna d'avance, en fief, toutes les terres qu'ils pourraient conquérir sur les infidèles. Nous ignorons les exploits du comte de Roucy ; mais un peu plus tard, vers 1085, nous voyons d'autres grands seigneurs de France, tels que Raymond, co.nte de Toulouse, et ses vassaux, combattre vaillamment dans les rangs «le l'armée espagnole, sous Alphonse VI, contre les Maures. Ce furent là les premiers croisés, c'est-à-dire les premiers soldais volontaires du Christ dans une guerre sainte. En même temm (1074), saint Grégoire VII avait préparé aux Grecs un secours ue cinquante mille hommes, prêts à le suivre pour combattre ies Musulmans, délivrer les lieux saints et l'Eglise d'Afrique. Cette gigantesque expédition M empêchée, à son début, par la question des investitures qui appela toute l'attention du Pape sur 1 Allemagne. L'empire ae Constantinople voyait se succéder sur le trône des princes imbéciles ou féroces, comme les appelle. Montesquieu. Michel VII, surnommé Parapinace (l'Affamé), à cause de sa cupidité insatiable, recevait en vain de Grégoire VII d<* lettres qui l'exhortaient à tenter d'énergiques efforts pour repousser l'Islamisme qui s'avançait jusqu'aux portes de Constantinople. IL employa tout le temps de son règne à pressurer son peuple d'impôts, comme si le trône n'eût été, à ses yeux, qu'une banque usuraire (1078). Son successeur, Nicéphore Botoniate, fut détrôné (1081) par Alexis Comnène. En partant pour son exil, il tourir mie dernière fois ses regards vers le palais où il uvait régné trois ans. « Je ne regrette qu'une chose du pouvoir su- » prême, dit-il : c'est la table des Césars. » Alexis Comnène inaugurait im règne qui ne fut pas sans gloire par des actes de

132 s. Grégoire vii (1073-1085).

valeur et de justice. Il eut à lutter contre Robert Guiscard et ses Normands, qui finirent par s'emparer définitiven^nt des dernières ^sessions de l'empire grec en Italie et en lïïyrie. Les combats de Comnène avec les Dalmates, les Comans et les quatre cent mille Scythes qui dévastaient la Thrace, rappellent les batailles homériques. Les Turcs, sous Alp-Aislan, et plus tard sous le sultan Abou-Kasem, couvraient de leurs escadrons les vastes contrées qui s'étendent entre la Ferse et l'Hellespont. Ils s'étaient avancés jusqu'à Seutari. Du haut des remparts de Constantinople, on avait vu flotter dr ns les plaines voisines l'étendard de Mahomet; on avait entendu avec effroi le hennissement des coursiers, les clameurs sauvages des guerriers échappés des rives de l'Oxus. Alexis Comnène jettera un cri d'alarme auquel l'Occident répondra bientôt par let3 croisades.

25. Saint Grégoire ne cessa d'exercer une action constante sur tous les pays du Nord. Il donna le titre de roi à Démétrius, duc de Dalmatie, et à Michel, prince des Slaves. Il reçut du roi des Russes l'hommage de son royaume. Les Hongrois, les Polonais, les Danois, furent -spécialement l'objet de sa sollicitude. Vratislas, duc de Bohême, lui demanda la permission de faire célébrer dans son pays l'office divin en langue slave. La réponse de saint Grégoire VII est remarquMbl j, c'est un monument précieux de son zèle pour la conservatior de la liturgie. « Il nous est impos- » sible, lui écrivit-il, d'acoéder à votre désir. Dieu a voulu que

* TÉcriture fût obscure, on plusieurs endroits, de peur que, si » elle paraissait simple et d'une intelligence facile, elle fournît » aux esprits présomptueu * du vulgaire de nombreuses occasions » d'erreur. Les antécédents qu'on pourrait invoquer en faveur

* de votre requête seraient sans aucune valeur. Il est une foule » de pratiques anciennes que les saints Pères, après un sérieux » examen» ont corrigées ou réformées quand l'Eglise a été plus 9 affermie et plus étenduo. En vertu de l'autorité de saint Pierre,

* nous nous opposons à 1 a demande imprudente de vos sr^ets, et i nous vous ordonnons d'y résister de toutes vos forces.» Cea paroles de saint Grégoire VII sont pleines d'une pr^ronae «agesse. On conçoit que, pour les choses individuelles ou nationales, chaque peuple ait sa langue particulière. Mais l'Eglise

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