‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 75 sur 332 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

catholique n'est point attachée à une nationalité, à un peuple; elle les embrasse tous dans le sein de son unité féconde. Il convenait donc que la langue de l'Eglise, la langue du sacrifice, la langue du ',ulte divin fût partout la même, afin que lercatho-^ lique, îe chrétien se trouvât partout chez soi dans la maison de Dieu, son père; qu'il entendît partout la langue de l'Eglise, sa mère, et qu'il reconnût partout l'unité de la société divine au milieu de la variété des sociétés humaines.

26. Malgré les désordres contre lesquels saint Grégoire VII eut à lutter avec le clergé de son temps, son pontiticat fut fécond en exemples de vertu et de sainteté. Saint Lanfranc, archevêque de Cantorbéry, édifiait l'Angleterre et usait de son influence sur Guillaume-le-Bâtard pour faire servir la conquête à l'avantage delà religion. Saint Anselme, évêque de Lucques; saint Alphane, archevêque de Salerne; saint Brunon, évêque de Ségni, secondèrent de toute leur énergie les efforts de Grégoire Vil contre la tyrannie de Henri IV, la simonie et l'inconduite des clercs. Saint Etienne de Muret fondait l'ordre de Grandmont, près de Limoges. Saint Gaucher, prieur d'une communauté de chanoines réguliers à Saint-Jean-d' Aureil ; saint Cervia, abbé de Saint-Riquier, dans la même province, honoraient l'ordre monastique par leurs vertus. Saint Robert, d'abord religieux dans l'abbaye de Moustier-la-Celle, près de Troyes, ensuite abbé de Tonnerre, fondait un monastère fameux à Molesme, au diocèse de Langres (1075). Il devait encore attacher son nom à la fondation célèbre de Citeaux. Saint Hugues, abbé de Cluny, maintenait cet ordre dans la régularité de sa première institution. Il n'était pas rare de voir les plus puissants seigneurs abandonner les biens et les espérances de la cerre pour embrasser, sous sa direction, les austérités du cloître. Le bienheureux Simon, comte de Crépi, de Valois, de Mantes et de Bar-sur- Aube, renonça au monde dans des circonstances extraordinaires. Radulphe de Crépi, son père, s'était emparé injustement de la ville de Montdidier, où il avait été depuis inhumé. Simon, pénétré de la crainte des jugements de Diew, et tremblant pour le salut éternel de Radulphe, consulta le pape saint Grégoire VII, et, d'après ses avis, rendit le fief de Montdidier à son légitime seigneur, et fit enlever le corps cLa

131 ù. Grégoire vn (1073-1085).

Radulphe du iïcu qu'il avait usurpé. Quand on fit cette translation , le jeune seigneur, qui assistait \ l'ouverture du cercueil, saisi d'effroi à la vue du cadavre : « Kst-ce donc là mon père! » s'écria-t- il. Est-ce donc là où aboutit la gloire des grands! » Sa résolution de tout quitter pour Dieu fut dès lors irrévocable. Son mariage avec la fille du comte de la Marche était fixé : il détermine sa fiancée à se faire religieuse. Les parents de Simon ne perdaient pas encore l'espoir de le retenir dans le siècle. Guillaume d'Angleterre , à la cour duquel le jeune Simon avait été élevé , lui fit proposer la main de la priucesse Adèle, sa fille (1). Sw*on,.cfaî ne pouvait refuser l'honneur d?une si glorieuse alliance, sans irriter un prince auquel il avait les plus grandes obligations, prétexta le motif de la parenté pour s'en défendre, et, feignant d'aller à Rome solliciter la dispense du Pape, il entra au monastère de Saint-Eugend (Saint-Claude), de l'ordre de Cluny. Il mourut dans la pratique de toutes les vertus chrétiennes, et obtint les honneurs de la béatification. Hugues, duc de Bourgogne, quittait de même les grandeurs de ce monde pour venir ensevelir ses jours dans la pieuse retraite de Cluny. Saint Bruno, d'abord chanoine de Saint-Cunibert, à Cologne, puis chancelier de l'Eglise métropolitaine de Reims, fondait, avec six de ses compagnons, le monastère de la Chartreuse, dans les montagnes escarpées des environs de Grenoble (1084). La règle que saint Bruno donna à ses religieux était pour le fond celle de saint Benoît, avec des modifications telles qu'on peut dire qu'elle formait une règle particulière. Les Chartreux se rapprochaient beaucoup de Vallombreuse et des Can^aldules. C'était toujours la vie érémitique unie à la vie cénobi tique. Chaque Chartreux avait sa cellule , où il passait la semaine dans la solitude, et ne retrouvait la communauté que le dimanche. Un Silence presque continuel, des jeûnes rigoureux, une abstinence sévère, la pauvreté et l'austérité en tout, la prière et la contemplation, tel était le régime des Chartreux. Ces pénitents contemplatif? formaient comme une communauté de reclus, et faisaient i^vivre^ au moyen âge, les prodiges des anciens solitaires de l'Egypte et de la Syrie.

(1) Elle épousa depuis le comte de BloU-

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