‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 9 sur 332 · CHAPITRE PBfiMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PBfiMIER

obscure, il disait de lui-même « qu'on l'avait retiré de la pous- » sière pour le faire asseoir avec les princes de l'Eglise. « Il avait fait seb études à Reims, sous la direction de Gcrbert, depuis Sylvestre II. Sa réputation d'éloquence le fit appeler à présidei 3'école claustrale de Chartres, Il y porta urjç érudition qui n'avait d'égale que sa modestie. Outre les lettres divines et humaines, il avait acquis des connaissances médicales remarquables pour son temps. On voit, par son Traité contre les Juifs, qu'il n'ignorait pas l'hébreu. Les fonctions de l'épiscopat ne lui firent point discontinuer les leçons publiques. Sa volumineuse correspondance avec toutes les sommités religieuses, politiques et littéraires de son temps, atteste qu'il était alors regardé comme l'oracle de la France. 11 a attaché son nom à la fondation de la cathédrale de Chartres, ce merveilleux monument du génie chrétien de nos pères. Au milieu des travaux et des honneurs de sa dignité, saint Fulbert ne considérait qu'avec effroi la responsabilité de sa charge. « Mon Créateur, disait-il, mon unique » confiance, mon salut et ma vie, donnez-moi force et courage. » Je crains d'être entré témérairement dans l'épiscopat et de » devenir pour les autres une pierre d'achoppement : et pourtant, » quand je songe que sans appui de naissance ou de richesses, » comme le pauvre élevé de son fumier (1), je suis monté sur » cette chaire , il m'est impossible de ne pas voir là l'œuvre de » votre Providence. » Saint Odilon, abbé de Cluny, fut obligé de calmer les scrupules du pieux et modeste prélat; et, sur ses instances, Fulbert consentit à exercer un ministère que Dieu comblait de tant de bénédictions. Il méritait, pour la doctrine, de compter parmi les Pères de l'Eglise. Ses Lettres sont écrites avec beaucoup de grâce et d'esprit, d'un style aisé et délicat. Son Traité contre les Juifs se distingue par la solidité du raisonnement et la profondeur des pensées. A ces dons d'une intelligence supérieure, saint Fulbert joignait un zèle à la fois prudent et ferme, pour le maintien de la discipline ecclésiastique ; et il le 6ignala pendant toute la durée de son pontificat (1007-1029), 3.5. Ces exemples de sainteté et de vertu réagissaient sur tous

#j • De stcrcore erigens pauperem. i Psalm. 112, t 6

ii JEAN XIX (1004-1009).

les rangs de la société. Les mœurs encore farouches des jeunes nations de l'Europe s'imprégnaient peu à peu de la sèv« religieuse. On en vit un exemple illustre dans la personne de Fouïaue- Nerra, comte d'Anjou, l'un des seigneurs les plus puissants de France, mais en même temps l'un des guerriers les plus emportés et les plus violents. Vers l'an 993, il était entré à main armée dans le cloître de Saint-Martin de Tours, et en viola l'asile. Les religieux, pour protester contre ce sacrilège, descendirent toutes les châsses des saints et l'image de Jésus-Christ crucifié, et les entourèrent d'épines; ils fermèrent ensuite les portes de l'église avec défense de les ouvrir à personne qu'aux pèlenns étrangers. Foulque-Nerra , frappé de cet appareil lugubre, voulut expier sa faute par une pénitence solennelle. Il vint, pieds nus, accompagné des principaux seigneurs de sa suite, faire amende honorable au tombeau de saint Martin : il se prosterna devant les châsses des saints et le crucifix, et promit de respecter désormais l'Eglise et toutes ses propriétés. Cet événement commença une révolution dans les idées du comte d'Anjou. Effrayé des désordres de sa vie, pour apaiser les remords de sa conscience, troublée par tant de souvenirs sanglants, il fit le pèlerinage de Jérusalem, et au retour fonda le monastère de Beaulieu, prèf. Je Loches. Un légat du souverain Pontife consacra le nom eau couvent, et une bulle exempta le monastère de Beaulieu de la juridiction de l'archevêque de Tours. Deux autres pèlerinages en Palestine occupèrent le reste de la vie de Foulque- Nerra, et lui valurent le surnom de Palmier, à cause des palmes que les pèlerins rapportaient de la Terre Sainte.

16. Un prince tout à la fois plus puissant, plus religieux et plus pacifique que Foulque d'Anjou, était le duc d'Aquitaine, Guillaume V, que plusieurs historiens ont surnommé le Grand. C'était le défenseur des pauvres, le père des moines, le protecteur des églises. Dès sa jeunesse, il prit la coutume de faire chaque année le pèlerinage de Rome ou celui de Saint-Jacques en Galice. L'habitude d'aller ainsi renouveler les sentiments de foi et de ferveur, dans les lieux consacrés par quelque grand souvenir religieux, commençait à s'introduire dans la chrétienté. Plus fcrd, sans doute, des désordres se glissèrent dans ce pieux usage.

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