CHAPITRE V
oe Bouillon, Robert de Normandie , Robert de Flandre, dressèrent leurs tentes au milieu de cette esplanade. Leur car^ip occu«< pait tout l'espace entre la Grotte de Jérémie et les Sépulcres âe\ rois. Tancrède planta ses pavillons à la droite de Godefroi et des deux Robert. Après le camp de Tancrède, venait celui de Raymond, comte de Toulouse, en face de la porte du couchant. Cette position ne lui permettant pas de concourir utilement au siège, il transporta une partie de son camp vers 3e côté méridional de la ville, sur la montagne de Sion. Les dispositions militaires des chrétiens laissaient libres les côtés de la ville, défendus, au midi, par la vallée de Gihou ou de Siloé; à Porient, par la vallée de Josaphat. La cité sainte ne fut donc investie qu'à moitié par les pèlerins. Seulement, on avait établi, sur le mont des Oliviers, un camp de surveillance. Jérusalem était défendue par une garnison égyptienne de 40,000 hommes; de plus, 20,000 habitants avaient pris les armes. Les assiégeants se trouvaient ainsi inférieurs en nombre. Ils manquaient de machines de guerre pour escalader les remparts; ils ne pouvaient espérer de réduire par la famine, une ville qu'ils étaient obligés de laisser ouverte par deux côtés, sur une campagne fertile. Cependant, les ardeurs dévorantes de l'été avaient commencé au moment où les croisés étaient arrivés devant Jérusalem. Le torrent de Cédron était desséché; toutes les citernes du voisinage avaient été comblées os empoisonnées. La fontaine de Siloé, qui coulait par intervalles, ne pouvait suffire à la multitude des pèlerins. Sous un ciel de feu, au milieu d'une plaine ardente, l'armée chrétienne se trouvait en proie à toutes les horreurs de la soif. Le découragement s'empara des croisé*. Les plus fervents n'attendant que la mort, s'approchaient des murailles de Jérusalem, en baisaient respectueusement les pierres et disaient en pleurant : « O Jérusalem ! » reçois nos derniers soupirs ! Que tes remparts tombent sur nous, » et que la sainte poussière qui t'environne recouvre nos osse- » ments! » L'arrivée inopinée au port de Joppé, d'^ne flotte génois* chargée de munitions et de provisions de toute espèce, ranima leur courage abattu. Des ingénieurs et des charpentiers génois, sous l'habile direction de Gaston de Béarn, construisirent, avec le bois de la forêt des oliviers, des machines de guerre, m. u
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des tours roulantes de la hauteur des remparts, munies de pontelevis qui s'abaissaient à volonté sur les murailles. Quand tout fui prêt, Vassaut général fut indiqué pour le 14 juillet 1 099 Dès la pointe du jour, les hommes d'armes, les machines de guerre, tout s'ébranle à la fois. Les tours roulantes s'approchent des murs. Sur la plus haute plate-forme de la sienne , Godefroi de Bouillon apparaît, accompagné d'Eustache , son frère , animant les siens par son exemple. « Chacun des javelots qu'il lançait, » disent les chroniqueurs du temps, portait la mort dans les » rangs des infidèles. * Raymond , Tancrède , les deux Robert , combattaient également au milieu de leurs soldats. Tous étaient animés de la même ardeur, tous brûlaient du désir de planter la croix sur les murs de Jérusalem. L'assaut dura douze heures entières, et la nuit vint séparer les combattants. Le jour suivant ramena les mêmes combats et les mêmes dangers. Le premier choc fut terrible. Les chrétiens, irrités de la résistance qu'ils avaient trouvée la veille, combattaient avec fureur. Les Musulmans du haut des tours et des remparts, lançaient sur les assaillants des torches enflammées, des pots de feu grégeois. Monté sur sa forteresse roulante, que distinguait une grande croix arborée au sommet , Godefroi de Rouillon portait la confusion et le ravage dans les bataillons ennemis, par l'incessante activité de son attaque. A la vue de cette croix qui semblait les défier, les Musulmans réunirent contre îe duc de Lorraine tous leurs efforts et dirigèrent sur sa forteresse tous les traits et tous les projectiles enflammés que vomissaient sans cesse leurs redoutables machines. Intrépide et calme au milieu du danger, entouré de morts et de mourants, ayant déjà vu tomber à ses pieds son écuyer et plusieurs des soldats qui l'environnaient, le héros continuait à donner des ordres, à encouragei les siens de la voix, de l'exemple et du geste. Cependant les chrétiens étaif-nt repousses; le feu grégeois enveloppait les machines de guerre de ses flammes inextinguibles , qui s'attachaient aux guerriers bardés de fer, et dévoraient jusqu'à leurs cuirasses et leurs boucliers. Il éiait trois heures : moment solennel où le Sauveur était mort sur la croix. Tout à coup le bruit se répand dans l'armée que le saint pontife Adhémar et plusieurs croisés, morts pendaut le