CHAPITRE V
* pas laisser impuni l'exemple d'une si noire trahison. » Henri IV reprit donc les armes; il réunit autour de lui un assez grand nombre de partisans et se prépara à se défendre à Liège* Henri V, de son côté, accourut à la tête d'une armée; les hostilités allaient recommencer avec une nouvelle tureur. Henri-le- Vieux multipliait les appels et les protestations. « Nous en appelons au pape » Pascal II, disait-il dans une dernière lettre adressée aux » évêques et aux seigneurs d'Allemagne. Par le respect que vous » devez à la sainte Eglise romaine , puiir l'honneur de l'empire » teutonique, nous vous supplions d'obtenir de notre fik qu'il » congédie son armée, et qu'il concerte avec nous des mesures » propres à rétablir la paix du royaume. S'il persiste dans ses » refus obstinés, nous en faisons, par ces présentes, notre pro- » testation solennelle à Dieu, à la sainte Vierge, au bienheureux » apôtre Pierre , à tous les saints du ciel , à tous les catholiques » de la terre. Nous en avons appelé, et nous en appelons pour la » troisième fois, au seigneur Pascal, Pontife romain, au Saint- » Siège universel et à l'Eglise romaine. » De telles paroles, chez un tel prince, sont remarquables. Pendant quarante ans, il avait persécuté les Papes, et le voilà réduit à implorer contre son propre fils ces mêmes Papes, cette même Eglise romaine, dont il avait si longtemps méprisé l'autorité! Cette lettre, cet appel suprême à la Papauté , fut le dernier acte d'un règne consacré à maudire la Papauté. Henri IV mourut inopinément à Liège, dans la cinquante-cinquième année de son âge (7 août 1106) ; il (Hait monté sur le trône à six ans. Ainsi finit le rebelle disciple de saint Grégoire VII, l'implacable adversaire de l'Eglise romaine dont il avait été le pupille J\ avait vu grandir, tous les jours, la pensée qu'il avait voulu abattre : il succombait à la lutte dont il avait cru sortir vainqueur. L'anathème de l'Eglise l'atteignit jusque dans la tombe. On lui refusa les honneurs de la la sépulture chrétienne, et son cadavre, transporté à Spire, demeura cinq ans dans un cercueil de pierre hors de l'enceinte de la cathédrale. La nouvelle de sa mort fut accueillie par l'uni- /ers catholique comme un signal de délivrance, (v Le peuple *> d'Israël, dit Conrad d'Usperg, écrivain contemporain, ne fit » pas plus éclater ses transports d'allégresse lorsque l'impie
î72 PASCAL II (1099-1118).
» Pharaon eut été submergé dans les flots de la mer Rou?« (1).»