Les malheurs de l'Eglise n'étaient cependant pas arrives
à leur terme. Henri V, que la mort de son père consolidait sur
le trône d'Allemagne, oublia bientôt les serments de sa jeunesse.
Le charme du pouvoir l'enivra. Il affichait hautement se;> pré*
tentions à revendiquer le droit des investitures. Pascal II se
préparait à faire le voyage d'Allemagne pour achever, par sa
présence, la pacification de ce malheureux pays. En apprenant
les nouvelles dispositions de Henri V : « Les portes de la Ger-
» manie ne sont point encore ouvertes, » dit-il, et, changeant
son itinéraire, il vint en France, où les populations empressées
rivalisèrent de zèle pour accueillir le vicaire de Jésus-Christ. A
Saint-Denis, les deux rois, Philippe Ier et Louis-le-Gros, son
fils, vinrent trouver le Pontife et se prosternèrent à ses pieds.
Le Pape les releva, et les pria « de protéger l'Eglise romaine
» contre ses ennemis, à l'exemple de Charlemagne et des autres
» rois, leurs prédécesseurs, et de la défendre contre les entre-
* prises sacrilèges de Henri V de Germanie.» Une conférence
avec les ambassadeurs de ce prince avait été indiquée par le Pape
à Châlons-sur-Marne. Le chancelier Albert, l'archevêque de
Trêves, l'évêque d'Halberstadt, l'évêque de Munster, une foule
de seigneurs allemands, s'y rendirent, au nom de Henri V
L'archevêque de Trêves exposa ainsi les prétentions de son
maître : « Dès le temps de nos prédécesseurs, hommes saints et
» apostoliques, dès les jours de saint Grégoire-le-Grand, on
» reconnaissait aux empereurs le droit de confirmer l'élection
» des Pontifes. Si le sujet élu en est digne, il reçoit du prince
» l'investiture des régales (2), par la crosse et l'anneau. C'est,
» en effet, à ce titre seul qu'il peut posséder /es villes, les châ-
» teaux, les péages et les autres droits qui relèvent de la dignité
(1) Les violences de. Henri TV contre l'Eglise et la Papauté avaient en un Ut retentissement dans le monde catholique, que l'opinion publique regardait <* prince comme l'Antéchrist. La quî tion : si l'Antéchrist est né? fa*, solennellement posée au concile de Florence, présidé par Pascal II (1106). On conçoit facilement que cette question ne fut point résolue.
(2) Ce que l'on nommait ici régales sont le droits et fiefs temporels qui rel* tuent, comme tels, de la suzeraineté du roi.