‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 95 sur 332 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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0 impériale.» L'évêque de Plaisance répondit, au nom du Pape : « Ce serait wn attentat contre Dieu et l'honneur de l'Eglise, si la » prince avait le pouvoir de conférer l'investiture pa»* la crosse » et l'anneau emblèmes de la puissance spirituelle. Le* évêques » profaneraient Fonction sainte qu'ils reçoivent à leur ordina- » tion, s'ils soumettaient leurs mains, consacrées par le corps et » le sang de notre Seigneur, aux mains d'un laïque ensanglan- » tées par l'épée. » Ces nobles paroles soulevèrent parmi les Allemands une véritable tempête. « Ce ne sera point ici, s'é— » crièrent-ils. que la question sera résolue. Nous la trancherons a à Rome, à coups d'épée (1106) ! »

21. La menace devait se réaliser. Henri V annonçait l'intention de se rendre à Rome, pour y recevoir, des mains du Pape, la couronne impériale. Après quatre années de préparatifs, il prit la route d'Italie, suivi d'une armée formidable. Toutes les villes qui essayaient la résistance étaient livrées aux flammes et rasées. La terreur précédait l'approche des troupes impériales, et leur passage était marqué par des ruines. De Florence, où il passa les fêtes de Noël (1110), Henri régla, par message, les conditions de son couronnement avec le Pape. Elles furent ainsi déterminées : «Le jour de son sacre, Henri renoncera, par écrit, » à toutes les investitures des Eglises. Il en fera le serment entre » les mains du Pape, en présence du clergé et du peuple. Il » durera de laisser les Eglises jouir en liberté de leurs domaines. » Il confirmera le Saint-Siège dans la jouissance des patrimoines » et des fiefs qui lui appartiennent, à l'exemple de Charlemagne » et des autres princes, ses prédécesseurs. A ces conditions, le » Pape couronnera Henri V, et le reconnaîtra en qualité d'em- » pereur. Il l'aidera à maintenir son autorité en Germanie; et il » défendra aux évoques d'usurper les régales, et de rien entre- » prendre, à l'avenir, contre les droits du prince. » Ces conventions arrêtées et ratifiées de part et d'autre, le roi fit son entrée à Rome, le dimanche 11 février 1111, pxécédé d'une multitude infinie de peuple qui portait des rameaux verts, des palmes et des fleurs. L'allégresse publique ne devait pas être de longue durée.

Le Pape attendait Henri V sur les degrés de la basilique de

174 pascal îï (1009-1118).

Saint-Pierre. Le roi ne voulut entrer dans l'église qu'après l'avoir fait entourer par ses soldats , qui occupèrent ^n même temps tous les postes du voisinage. Quand il eut dépïoyé autour de lui cet appareil militaire, il somma Pascal II de tenir sa promesse et de procéder à la cérémonie du couronnement. Le Pape répondit qu'il fallait d'abord, suivant la convention de Florence, que Henri renonçât solennellement au prétendu droit des investitures. « La convention de Florence est nulle de plein droit! i s'écrièrent les évêques allemands. Elle est formellement con- » traire au précepte divin de l'Evangile, qui ordonne de rendre » à César ce qui appartient à César. » Le Pape protesta qu'il ne couronnerait jamais un roi parjure. Les négociations se prolongèrent tout le jour; le Pontife demeura inébranlable. Alors commença, dans l'église de Saint-Pierre, une des scènes les plus odieuses dont l'histoire ait gardé le souvenir. Les soldats envahissent le lieu saint; le Pape est gardé dans une étroite prison ; un grand nombre d'évêques , de clercs et de laïques ont le même sort; les Allemands pillent les vases sacrés, les ornements précieux dont on avait décoré le sanctuaire pour le couronnement de leur roi. Les Italiens qui veulent défendre la majesté pontificale ainsi outragée, sont dépouillés, battus de verges et jetés au fond des cachots. Livrés à la brutalité d'une soldatesque effrénée , un grand nombre périssent dans les tourments. Cependant, la ville entière s'était émue à la nouvelle de ces cruautés et de la captivité de sot: Pontife. Les Romains usèrent de terribles représailles : ils massacrent les Allemands, se jettent avec fureur sur les troupes du roi Henri. Ce prince luimême est renversé de cheval, dans le tumulte populaire, ei blessé au visage. Otlion, comte de Milan, se jette au milieu de l'émeute et parvient à sauver le roi. Il paie son dévouement de sa vie. Les Romains s'emparent de sa personne et assouvissent sur lui leur vengeance. Henri V profita des ténèbres de la nuit pour quitter Rome précipitamment. Il emmenait avec lui son auguste prisonnier, qu'il fit dépouiller des ornements pontificaux et lier à«fec des cordes comme un vil criminel.

22 : Pendant deux mois on ne cessa d'employer les plus terribles menaces et les nlus cruels traitements £Our fléchir la cons-

tance de Pascal II, et le déterminer à reconnaître le droit d'investiture. Une dernière fois, les évêques d'Italie vinrent lui représenter la misère des prisonniers que la tyrannie de Henri V retenait dans les fers , loin de leur patrie et des objets de leur tendresse ; la désolation de l'Eglise romaine , qui avait perdu presque tous ses cardinaux; le péril du schisme, qui allait renouveler les horreurs de la guerre. Vaincu par leurs larmes, et pleurant lui-même, le malheureux Pape s'écria : « Je suis donc » contraint de faire> pour la paix et la liberté de l'Eslise, ce que » j'aurais voulu éviter au prix de tout mon sang l » Un traité préalable fut conclu entre les deux partis Enfin, le 3 avril 1111, le Pape signa la bulle accordant les investitures. Elle portait : « Nous vous concédons et confirmons la prérogative que nos i prédécesseurs ont conférée aux vôtres, savoir : que vous don-^ î niez l'investiture, par la crosse et l'anneau, aux évêques et aux » abbés de votre royaume, élus librement et sans simonie; eK • qu'aucun ne puisse être consacré sans avoir reçu de vous l'in- » vestiture (1). » Quand ce traité fut signé, le Pape procéda solennellement au sacre de Henri V; et, le même jour, il rentra à Rome, où le peuple l'accueillit avec un tel enthousiasme, qu'il mit la journée entière pour arriver à son palais. Mais Pascal II ne jouissait point d'une liberté achetée si cher. Il songeait au

(1) 11 est inutile de rappeler ici les principes que nous avons déjà posés à propos du Pape Libère. Pascal 11, captif, chargé de fers, cède à la violence et signe la reconnaissance des investitures. L'homme a succombé à la faiblesse humaine : mais il n'y a rien dans ce fait qui détruise l'infaillibilité dogmatique du Pape, enseignant, en liberté, ex cathedra, une vérité de foi. Pascal 11 n'était pas libre; et tout acte extorque par la violen?", comme dit Bossuei, est nul de plein droit. La reconnaissance des investitures était-elle une hérésie formelle? Oui, si cette reconnaissance entraînait celle de la collation de la puissance spirituelle par le pouvoir temporel. Non , si cette reconnaissance n'allait qu'à permettre au roi de recevoir, par la crosse et l'anneau , "hommage que les évêques devaient au suzerain, pour les domaines qu'ils tenaient de lui en qualité de vassaux. C'est évidemment dans ce dernier sens que Pascal II signa la reconnaissance du droit d'inmtitur? et te double point de vue de la question explique pourquoi , pendant que tes conciles condamnaient les investitures comme une hérésie , Yves de Chartre* st d'autres évêques soutenaient la thèse contraire. En sorte que Pascal II, ec les reconnaissant, succombait à une faiblesse qu'il déplora plus tard mais qui ne constituait pas, à proprement parler, une hérésie.

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