PASCAL II
déshonneur qu'un pareil acte jetterait sur son pontificat. L'œuvre de saint Grégoire VII détruite, la servitude de l'Eglise, le mouvement rétrograda qui allait reporter l'Europe catholique aux siècles de barbarie , ne laissaient point de paix à son esprit. Un grand nombre d' évêques et de cardinaux blâmaient le traité signé par force. Les conciles d'Italie et de France condamnaient les investitures et renouvelaient les excommunications contre Henri V. Un nouveau schisme menaçait l'Eglise.
23. Pour rendre le calme à sa conscience, et rassurer les catholiques alarmés , Pascal II convoqua un concile dans l'église de Latran. 11 s'ouvrit le 12 mars 1112. Le Pape se présenta devant les évêques assemblés, s'accusa de sa faiblesse, se dépouilla des ornements pontificaux, et déclara qu'il était prêt, pour réparer sa faute , à abandonner la chaire de saint Pierre. Tous les Pères le supplièrent de conserver sa dignité : il y consentit. 4 Forcé par la violence dont j'étais victime , j'ai souscrit un
> traité repréhensible , dit le Pape. Je désire que le mal soit ré- » paré, pour le salut de mon âme et l'honneur de l'Eglise. » Alors il protesta qu'il recevait tous les décrets des Papes, ses prédécesseurs, relatifs aux investitures et à la simonie. « J'ap- » prouve, ajouta-t-il, ce qu'ils ont approuvé; je condamne ce
> qu'ils ont condamné ; je défends tout ce qu'ont défendu Gré-
> goire VII et Urbain II ; et , avec la grâce de Dieu , je persévé-
> rerai toujours dans ces sentiments. » Après ces paroles, Girard, évêque d'Angoulême, lut. au nom du Pape et du concile, la déclaration suivante : « Nous tous, assemblés en ce saint concile, » condamnons , par l'autorité ecclésiastique et le jugement du » Saint-Esprii , le privilège extorqué au pape Pascal , par la
> violence du roi Henri. Nous le jugeons nul, et le cassons ab- * solument; nous défendons, sous peine d'excommunication, » qu'il ait aucune autorité. » Cet acte, signé par les évêques qui assistaient au concile , fut adressé h toutes tes Eglises lie l'univers catholique. Pc/ar donner plus d'éclat encore à cette réparation, Pascal K écrivit, en particulier, à plusieurs évoques, pour leur rendre compta de ce qui s'était passé, a Je déclare nur, disait-
> il à Guy. archôrèque de Vienne , et je condamne à jamais le » traité relatif au privilège des investitures , signé par Henri V
* et par moi, au camp où j'étais retenu prisonnier, t En 1116, dans un autre concile tenu à Latran, le Pape revenant encore sur le traité des investitures : t J'avoue que j'ai failli, disait-il, i mais je vous conjure tous de prier Dieu qu'il me pardonne » Pour ce fatal ^aité, que la violence m'a contraint de signeî » dans le camp de Henri V , je le condamne par un anathème » solennel; yi veux que la mémoire en soit à jamais odieuse, et » qu'il n'ait aucune autorité dans l'Eglise. » Il était impossible de rétracter, d'une manière plus franche et plus formelle, un acte de faiblesse que les circonstances avaient certainement rendu excusable.
24. Quant au fond même de la question, baronius la juge ainsi : « La concession du droit des investitures , sous la réserve
> de la liberté et de la canonicité de l'élection , consentie par le
* pape Pascal II, ne constitue pas une hérésie. Mais soutenir
> qu'il est de droit canonique que les laïques doivent donner des » investitures, ce que n'a jamais dit Pascal, voilà ce qui serait i une hérésie formelle. En effjt, on introduirait ainsi dans i l'Eglise une erreur contraire à la doctrine des saints Pères, à i la tradition constante de tous les siècles, et à l'opinion même t des écrivains contemporains qui ont défendu Pascal. » La captivité du Pape et l'indigne conduite de Henri V avaient excité dans tout le monde chrétien une généreuse indignation. Les protestations du plus filial dévouement arrivèrent en foule au Siège apostolique s cette occasion. Hildebert, évêque du Mans, écrivait : t La pourpre des martyrs orne encore l'Eglise dans sa
> vieillesse. La fureur des persécutions se rallume : elle veut » éteindre les restes de la foi dans le sang des enfants de Dieu. i Rome et le Siège apostolique sont en proie au pillage et à la » cruauté des Allemands. Le Pape est traîné en captivité; la » tiare pontificale est foulée aux pieds des méchants; la chaire
* de la sainteté, qui domine toutes les nations, est renversée I » Le général de l'armée du Christ est prisonnier : comment le » soldat tiendra-t-il ferme? » Yves de Chartres écrivit aussi au Pape , pour l'assurer de la part qu'il avait prise à ses malheurs, t Je n'ai cesséy^isaii-il, d'adresser mes prières à Celui qui sou-
* tenait l'apôlrâ saint Pierre sur les flots, et qui sauva trois foin