‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 102 sur 336 · AI, G., SS., t. III, p. ao · texte numérisé non relu

AI, G., SS., t. III, p. ao

Gravité du mai.

Deuxième

plaie:

la sknonie.

Etendue

et gravité

du mal.

précédent pontificat, le mal sévissait toujours en Italie, en Allemagne, en France, en Espagne, en Hongrie *, et il s'y étalait même d'une manière, en un sens, plus scandaleuse. Les clercs les plus compromis, payant d'audace pour donner le change à l'opinion, cherchaient à légitimer, à grand fracas d'arguments, leur conduite coupable, invoquaient tour à tour l'Evangile * et saint Paul 3, un mystérieux concile de Tribur et les déclarations de Paphnuce au concile de Nîcée *, l'exemple d^s Grecs et un prétendu privilège de lEglise milanaise ; bref, ils soutenaient que nul ne pouvait être tenu d'observer une loi contre nature, et taxaient d'hypocrisie quiconque n'affichait pas en public une conduite pareille à la leur. Le vice, démasqué, se faisait impudent et agressif.

L'insolence des clercs prévaricateurs alla plus loin. Alexandre II avait privé de leurs bénéfices et de leurs fonctions plusieurs d'entre eux. Ils contestèrent juridiquement ce pouvoir à la papauté. Leurs bénéfices et leurs fonctions spirituelles elles-mêmes étaient leurs biens, disaient-ils, et ils ne pouvaient en être dépossédés sans injustice. Ne les avaient-ils pa5 achetés de leurs deniers? Nous avons déjà dit un mot des origines delà simonie. Il y a lieu de montrer ici comment le trafic des choses saintes, maudit dans la primitive Eglise à l'égal des crimes les plus honteux, en était venu à être considéré, au temps d'Henri IV, non seulement comme une pratique générale, mais encore, suivant les expressions de saint Pierre Damien, « comme un droit légalement établi ^ », De cette lamentable altération du sens chrétien, les princes, les évêques et les abbés, quelques papes eux-mêmes portaient une part plus ou moins grande de responsabilité. L'ambition et l'avidité des princes laïques, désirant mettre la main sur les biens ecclésiastiques et capter à leur profit l'influence sociale des hauts dignitaires de TEglise furent les causes premières de cet abus. Mais ces ardentes convoitises se seraient-elles produites si l'appât des richesses excessives de certains évêques et abbés ne les avait provoquées ? Se seraient-elles maintenues, si la tolérance coupable de certains papes, qui avaient à se reprocher le même vice, ne les avait protégées ?

1. Ë. Vaga.nda.rd, au mot célibat, dans le Dicl, de tkéol. de Vaca.nt, t. II, col. 2o85.

2. Non omnes capiant istud (Matl., XIX, ii)« 3 I Cor., VII, 2, 25 ; I Tim., III, 2.

l\. Hist. gén. de l'Eglise^ t. H, p. 58. 5. P. L., t. CXLV, col. i4o.

L AKPR.\NGHISSEME\T DE L EGMSE

Quoi qu'il en soit, une fois introduit dans la hiérarchie ecclésiastique, le mal y avait tout envahi Le haut prélat, qui avait chèrement payé son bénéfice au roi ou au seigneur, cherchait à rentrer dans ses débours en vendant à ses subordonnés les moindres fonctions. Ce triomphe universel de l'injustice avait profondément altéré la notion du droit, l'avait du moins voilée dans bien des esprits ; et les clercs simoniaques, dans leurs âpres polémiques, abusaient de cet obscurcissement général des consciences.

On comprend maintenant de quel courage fit preuve Grégoire VII, lorsque, vers la fm de la première année de son pontificat, dans le premier synode qu'il tint à Rome, durant le mois de mars de 107/4. il édicta, contre les clercs scandaleux et simoniaques, les quatre dispositions suivantes * : « i° Quiconque s'est rendu coupable de simonie, c'est-à-dire a obtenu à prix d'argent un ordre sacré ou une dignité ecclésiastique, devient, par le fait même, inhabile à remplir une charge dans l'Eglise. — 2" Quiconque a obtenu à prix d'argent une église, perd cette église ; à l'avenir, il ne sera permis à personne de vendre oud'acheter une église. — 3" Quiconque a sur la conscience le crime de fornication doit s'abstenir de dire la messe ou d'exercer à l'autel les fonctions des ordres mineurs. — 4° Le peuple ne doit, en aucune façon, assister aux offices des clercs qui ne tiendraient pas compte des précédentes ordonnances, identiques aux ordonnances des Pères ; la crainte du peuple et de son blâme fera ainsi rentrer dans le devoir ceux que l'amour de Dieu et le souci de la dignité de leur état laissent indifférents. »

L'effet le plus immédiat de ces décrets fut une nouvelle explosion de colère de la part des nombreux coupables qu'ils atteignaient. Le vicaire de Jésus-Christ, prenant le fouet, comme son Maître, pour chasser les vendeurs du Temple, souleva, du même coup, toutes les haines dont il devait être la victime un jour. Dès ces premiers temps, en effet, on voit un groupe de mécontents se former en Italie autour de rarchevêque deRavenne Guibert. Guibert,le futurantipape Clément 111, était, on l'a dit, a à bien des points de vue, l'antithèse de Grégoire VII » 2. Les uns le font descendre d'une famille

Décrets du

synode romain

de mars 1074

contre

les clercs

scandaleux et

simoniaques.

Formation

d'un parti

d'opposition

sous l'inspiration

de l'archevêque

Guibert de Ravenne.

I. Les actes du synode de mars 1074 sont perdus, mais plusieurs lettres du pape, poursuivant l'application des décrets qui y furent rendus, permettent de combler la lacune. Voir Mànsi, t. XX, 4o4 ; P. L., GXLVIII, 763 et s. ; Jkwvi, Monum. g^eg., p. 5a5.

a Dblàrc, Saint Grégoire VII, t. III, p. 67.

HISTOIRE céNÉRALE DE l'eGLISE

Portrait ie Guibert.

obscure ; d'autres lui donnent pour ancêtres les comtes d'Augsbourg. Esprit bniianl, cultivé, éloquent, mais âme sans grandeur et sans droiture, pour qui la vérité, la justice et Thonneur n'étaient plus rien quand les intérêts de son ambition étaient en jeu, on l'avait vu passer du parti des princes italiens au parti de l'empereur quand il y avait vu son avantage *. Il avait mis dès lors toute son activité au service de la cause impériale. L'archevêché de Ravenne et la chancellerie de l'empire avaient été sa récompense. Sous Alexandre II, il avait été un des plus ardents champions de l'antipape Gadalous : toujours il s'était opposé, plus ou moins ouvertement, à la politique d Tïildebrand. Au synode romain de 1074. il avait voulu jouer un rôle ; réfuté et confondu par un contradicteur -*, humilié et aigri par cet échec, il s'était aussitôt tourné vers le parti des clercs mécontents, que troublaient les réformes du nouveau pape. Ses menées Toutefois, pour endormir la vigilance de Grégoire VII, il avait habihjpocntes. lement caché sa volte-face, promettant au pape de lui amener des troupes pour pacifier le midi de l'Italie. Grégoire paraît n'avoir pas vu d'abord la portée de ces menées hypocrites de Guibert, qui l'ont fait appeler par Bonizo un nouveau Caliliua ^,

La réforme du clergé romain.

Piien, d'ailleurs, n'était capable désormais de détourner Grégoire de l'œuvre de réforme à laquelle il avait, en acceptant le souverain pontificat, voué sa vie.

Avant même de réunir le synode de 107 4, et comme pour préluder aux lois par des œuvres, il avait, par sa personnelle intervention, coupé court à de nombreux abus, dont la ville de Rome et la basilique de Saint-Pierre étaient les théâtres. Quelques cardinaux eux-mêmes, dont l'esprit de lucre avait scandalisé les fidèles, durent se rendre à ses justes admonestations *.

Après le synode, Grégoire agrandit le champ de son zèle, chercha à faire accepter et appliquer ses décrets réformateurs dans les diverses nations.

I. MûRo:ci, Disionario di erudizione slorico-ecclesiastica^ Venezia, i84o, t. II, p. 191.

2 Jaffé, Mon, gregor , p, 20.

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