‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 109 sur 336 · Dom Gabrol, dans les Etudes^ 1910, t. GXXIV, p · texte numérisé non relu

Dom Gabrol, dans les Etudes^ 1910, t. GXXIV, p

2. VioLLET-LE-Duc, Dlcl. d' architecture, t. I, p. i3o et passim; Pignot, Hlsl. de Cluny, Z vol. in-80, Autun -Paris, 1868, t. II, p. 490-565. M. de Lasteyrie, sans nier que Cluny ait donné une grande impulsion à l'architecture, conteste qu'il ait créé une école spéciale (R. de La.stetrie, i A rchitectare religieuse en France à Vépoque romane, un vol. in-4°5 Paris, 1912, p. a35-a38). ^ i

3. Les moines de Cluny portaient, comme vêtements, en dessous, une chemise de ine, appelée étamine, et des fémoraux ou caleçons ; par-dessus, le scapulairc,}

laine

dont les deux bandes tombaient jusqu'à terre, et auquel était attaché le capuchon Le tout était recouvert de la coule ou froc. Les novices ne portaient pas de scapulaire, et attachaient le capuchon sur le froc. Ces derniers vêtements étaient noir»; de là le nom d« « moines noirs » donné par le peuple aux religieux de Cluny.

L'AFFRATiCHISSEMENT DE l'ÉGLISE 179

saient des maîtres, c'est un fait attesté par un nombre infini de documents ; mais Grégoire VII donna au grand ordre clunisien un rôle plus important encore que ne l'avaient fait ses prédécesseurs. Trois moines clunistes : Anastase, noble vénitien qu'il chargea d'une mission en Espagne, le pieux et savant Gérauld, qu'il créa cardinalévêque d'Ostie, et Odon, jeune seigneur champenois, qui, plus tard, fut pape sous le nom d'Urbain II, occupèrent le premier rang parmi ces infatigables légats, qu'il envoya propager et enraciner en Europe son œuvre réformatrice. Mais Grégoire VII accorda surtout sa confiance au vénérable Hugues. Même après saint Odon, saint Mayeul et saint Odilon, Hugues de Cluny, qui prit le gouvernement de l'abbaye en lo^g, trouva le moyen d'élever plus haut que tous ses prédécesseurs le rôle de son ordre.

Il était né en 1024, à Semur, en Bourgogne, d'une famille de Saint Hugues haute noblesse. Son père, le comte Dalmace, l'avait élevé pour le (loa^-nog). monde, tandis que sa mère, Aremberge, cultivait en lui ses dispositions natives pour la piété. A l'âge de quinze ans, Hugues sollicita et obtint son admission au monastère de Cluny. Il y apporta, avec les sentiments de la dévotion la plus tendre, la distinction suprême qu'il tenait de son éducation et de sa race. Il était, nous disent les contemporains, de haute stature et de beau langage. Il avait à peine atteint sa vingt-cinquième année, quand les suffrages unanimes de ses frères rélevèrent à la dignité abbatiale. Depuis lors, Hugues prit part à presque toutes les affaires importantes de l'Eglise. Aux conciles de Reims et de Mayence, il combattit courageusement la simonie et l'inconduite des clercs. Au concile de Rome, qui condamna Bérenger, il tint, quoique le plus jeune des abbés, la seconde place. Député en Hongrie par le pape Léon IX, pour y ménager la paix entre le roi André et l'empereur, il réussit dans cette délicate mission. Au concile d'Autun, en io55, il persuada à Robert II, duc de Bourgogne, de pardonner aux meurtriers de son fils. L'empereur Henri III, entre autres marques de son estime, le pria de tenir sur les fonts du baptême un de ses fils, le futur Henri IV. Sympathique aux princes et aux rois par sa haute sagesse et l'aménité de ses manières, il sut néanmoins leur faire entendre l'austère accent du reproche quand il les vit en défaut. Il écrivait à Philippe P% roi de France: « Ouvrez votre âme à la crainte de Dieu. Changez de vie, corrigez vos moeurs. La mort se présente sous toutes sortes de formes, et il est terrible de tomber aux mains du Dieu vivant. >) A Guillaume le Conquérant, qui

Nouyelles

ton gréga lions

religieuses.

L'abbaye de

Vallombreuse

en Italie.

L'abbaye

de Hirschau

en Allemagne.

lui proposait de payer « au poids de l'or » les moines qu'il enverrait en Angleterre, il osait répondre : « Très cher seigneur, que sert à l'homme de gagner l'univers, s'il vient à perdre sou âme ? A aucun prix je ne veux vendre la mienne. Or ce serait la vendre, que d'envoyer, pour de l'argent, un seul de mes frères là oii je suis convaincu qu'il se perdrait*.» Grégoire VII n'entreprit jamais une œuvre importante sans consulter Hugues de Gluny ; il n'éprouva aucune peine profonde sans épancher son cœur dans celui de ce fidèle ami. Il le considéra, en quelque sorte, comme son légat permanent en France 2.

Cependant, à côté du grand ordre de Cluny, et s'inspirant du même esprit de réforme, des congrégations nouvelles se constituaient, prêtes à donner à leur tour à la papauté les auxiliaires dont elle aurait besoin. Grégoire Vlï vit grandir durant son pontificat les jeunes congrégations de Vallombreuse en Italie et de Hirschau en Allemagne, et, à la veille de quitter ce monde, il put bénir, comme le prélude d'une nouvelle régénération de vie chrétienne, la fondation par saint Bruno de l'ordre des Chartreux.

En loSg, à quelque distance de Florence et de Camaldoli, dans une riante vallée, pleine de bois et d'ombre, Jean Gualbert, seigneur de Pistoie, avait fondé un ermitage, qui, en se développant, devint l'abbaye de Vallombreuse. Mais le saint fondateur ne se borna pas à rétablir dans son couvent l'austérité primitive de la règle de saint Benoît : il travailla avec ardeur à extirper, autour de lui, la lèpre de la simonie.

Les longues et pénibles luttes qu'il eut à soutenir, à ce sujet, avec l'évêque Pierre, de Florence, dont la conduite laissait à désirer, venaient de se terminer, quand Grégoire VII monta sur le trône apostolique, par la déposition du prélat prévaricateur. Jean Gualbert mourut peu de temps après ; mais son esprit se perpétua dans son ordre, qui devait donner à l'Eglise douze cardinaux, plus de trente évêques, plus de 100 religieux canonisés ou béatifié», et presque autant d'écrivains de mérite ^.

Le monastère de Hirschau, fondé, ou plutôt restauré à peu près

Page 1