‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 110 sur 336 · HoRiBR, Hisi. d'Innocent III, t. IV, p. l · texte numérisé non relu

HoRiBR, Hisi. d'Innocent III, t. IV, p. l

l'affranchissement de l'église i8i

à la même époque, en Allemagne, en s'inspirant plus directement des règles de Gluny, eut une action non moins militante et féconde. Repeuplé, en 1066, après cinquante ans d'abandon, par douze moines d'Einsielden, Hirscliau devint bientôt, sous la direction de l'illustre et saint abbé Guillaume, un des premiers établissements monastiques de l'Europe. « Quatre-vingt-dix-sept monastères, fondés ou réformés par des moines de Hirschau, et tous situés dans le sud de l'Allemagne, formèrent autour de la grande abbaye souabe une puissante et magnifique congrégation. Yingt-trois de ces maisons de Dieu devaient leur création à Hirschau; les soixante-quatorze autres déjà existantes furent régénérées par son action salutaire. Le saint abbé Guillaume, auteur de la plus grande partie de ces réformes et de ces fondations, réédifiait à la fois les édifices et les consciences monastiques, et, ne s'arrêtant pas là, il s'appliquait à établir un lien d'unité et de commune activité entre tous ces monastères* ». Hirschau était, dit-on, dans tout l'univers chrétien, la maison monastique qui comptait le plus de nobles parmi ses religieux.

Ce fut un noble seigneur, comme Guillaume de Hirschau et comme Jean Gualbert, qui fonda, en io84, l'ordre de la Chartreuse. L'ordre Mais l'institution de Bruno d'Hartenfaust eut un caractère tout dif- es Chartreux, férent des fondations ou des restaurations monastiques de son époque. Tandis que les autres fondateurs ou réformateurs donnaient à leurs religieux ou prenaient eux-mêmes une attitude plus ou moins militante, faisaient sortir les moines de leurs cellules pour les employer à la prédication, à la polémique, ou même aux négociations diplomatiques auprès des grands, le nouvel ordre s'écartera le plus possible de la vie active, pour s'adonner le plus possible à la pure contemplation. Son idéal sera de se rapproicher de cette vie éiémitique qui fut la première forme de la vie religieuse en Orient. Mais, pour éviter les inconvénients qui ne permirent pas à l'œuvre de saint Antoine de persister sous sa première forme ^, on tempérera la vie de la cellule par une certaine participation à la vie de communauté. « Dans notre ordre, dit le pieux Lansperge, vous avez les deux vies érémitique et cénobitique, et l'une et l'autre tellement tempérées par le Saint-Esprit, que tout ce qui, dans l'une ou dans l'autre, pourrait être un danger, n'existe plus ^. » u Le chartreux

I. MoMTALEMBERT, les MoiTies d'Occideut^ t. VI, p. 484-485. a. Voir Hisl. gén. de l Eglise, t, I, p. 485. 3. Lansperge, Enchiridion^ ch. xur.

est un cénobite au chœur, au chapitre, au réfectoire, en récréation. En dehors de ces réunions, il est ermite. La vie en cellule est le principal devoir du chartreux^. » A la porte de sa cellule expirent tous les bruits du monde extérieur.

Saint Bruno Le fondateur du nouvel ordre, « Maître Bruno «, comme le

(loda-iioi;. nomment les anciens documents, était né à Cologne, vers 1082, de la noble famille des Hartenfaust ; mais il était venu de bonne heure en France, où, suivant une tradition assez fondée, il aurait eu pour professeur Bérenger de Tours. Nommé écolâtre dans l'Eglise de Reims, il eut devant les yeux le triste spectacle des désordres de Tarchevêque de cette ville, Marnasses de Gournay, prélat simoniaque. D'après Guibert de Nogent, ce furent les scandales de l'hérésie et de

Sa vocation, la simonie qui déterminèrent le brillant professeur à se retirer, avec quelques clercs nobles du diocèse de Reims, dans la solitude la plus profonde^. Une lettre touchante de Bruno, écrite plus tard au prévôt de l'Eglise de Reims, semble confirmer cette hypothèse. « Te souviens-tu, lui dit-il, d'un entretien que nous eûmes dans le jardin attenant à la maison où tu recevais l'hospitalité ? Nous parlions des séductions de ce monde, et de ses biens périssables, et puis des joies de la gloire éternelle ; et, entraînés par le divin Amour, nous tîmes vœu de quitter ce siècle aux ombres fugitives, et de nous consacrer uniquement aux choses éternelles dans la vie monastique ^. »

Le retraite de Bruno au désert s'effectua comme par diverses étapes. Il se retira d'abord à Molesmes, sous la conduite de saint

U Chartreuse Robert, le futur fondateur de Gîteaux, et y revêtit l'habit bénédictin. (io84). gQj^ attrait pour la vie solitaire le porta à se joindre ensuite à deux disciples de saint Robert qui, ayant les mêmes attraits, avaient fait un essai de ce genre d'observance. Mais cette solitude ne lui parut pas encore assez profonde ; il se dirigea vers Grenoble, dontsaint Hugues, son ancien disciple, était évêque, et se fixa, avec six compagnons, dans un désert sauvage, appelé la Chartreuse. Il n'y élabora pas des

Sa retraite

au désert

de

ï.Dom AuTORE, dans le Dict. de théol de Vacant, au mot Chartreuse, t. II,

col- 3288. , QP-o

2. Guibert de Nogent, De vita sua, 1. I, ch. xi ; P. L., t. LLVl, col. Qùô

3. P. L., t. CLll, col. 4ao et s. Les Bollandistes ne regardent pas comme tondée la légende, immortalisée par le- pinceau de Lesueur, de l'épouvantable déclaration faite par un docteur damné. La biographie de saint Bruno, qui rapporte ce fait, suppose l'existence à Paris, en 1082, d'une université en plein exercice (P. L., t. GLU, col. 483). Cette biographie ne remonte donc pas au delà du xaie siècle.

L AFFR.\NGlItSSEMENT DE L EGLISE

règles écrites ; mais il y fixa les coutumes, que soq quatrième successeur, le vénérable Guigues, devait rédiger. Ces coutumes ont ceci de particulier, qu'on ne peut les rattacher, dans leur ensemble, ni à la règle de saint Basile, ni à la règle de saint Augustin, ni à la règle de saint Benoît, quoique le saint Fondateur ait tiré parti de chacune de ces règles. Un autre caractère particulier de ces coutumes, c'est que tout y est conçu de manière à favoriser la vie la plus solitaire, la plus silencieuse et la plus contemplative.

Désormais, tandis que l'armée des moines prédicateurs combattra pour le respect des saintes lois de l'Eglise, sous l'autorité suprême de la papauté, des groupes de moines contemplatifs seconderont leurs efforts par le suffrage d'une prière ininterrompue.

La règle cartusienne.

Quand saint Bruno se fixa, avec ses six premiers disciples, à la Chartreuse, la campagne reformatrice de Grégoire VII était entrée dans une nouvelle phase, sur laquelle il est nécessaire de revenir.

Les violentes résistances que les premières mesures prises pour la restauration des mœurs du clergé avaient rencontrées en Allemagne, en France et en Angleterre, avaient montré qu'en s'attaquant à l'incontinence et à la simonie, on n'avait pas encore atteint la racine du mal. Cette racine du mal, un observateur perspicace, le cardinal Ilumbert, l'avait déjà montrée, en io58, dans « l'investiture » laïque des dignitaires de l'Eglise.

On appelait investiture, dans la langue juridique du xi* siècle, la mise en possession d'une charge ou d'un bien quelconque. Cette investiture se faisait toujours, suivant un vieil usage, par la tradition symbolique d'un objet : d'une touffe de gazon ou d'une motte de terre, par exemple, pour la mise en possession d'un domain© ; d'une clef, pour la possession d'une maison. Pour la mise en possession d'un évêché ou d'une abbaye, les objets symboliques de la fonction étaient la crosse et l'anneau pastoral.

Par suite de situations juridiques que nous avons mentionnées plus haut^, des rois et des seigneurs, bienfaiteurs insignes d'une chapelle, d'une église, d'une cathédrale, avaient mis en possession.

La campagne

contre les

investitures

laïques.

Notion

de

'investiture.

Origine

des

investitures

laïques :

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